Archives de l’auteur : Moret Jean-Charles

À propos Moret Jean-Charles

Fondateur de l'Association Pro Forteresse Co-fondateur de l'Association Fort Litroz

Engins guidés DCA BLOODHOUND BL-64

Bloodhound: des engins guidés DCA pour l’espace aérien supérieur
Fin 1999, on a retiré du service le système d’interception DCA BL-64, Bloodhound, commandé en 1961 et remis à la troupe en 1964. Le système d’armement avait été modernisé au début des années 80 et il aurait dû être maintenu en service quelques années encore. La mesure qui a été prise s’explique avant tout par la pression entraînée par les restrictions budgétaires. Elle est liée au programme Progress pour Armée 95, programme d’optimisation. La mission des BL-64 peut être reprise partiellement par les avions de combat F/A-18.

Le 3 octobre 1942, pour la première fois un missile guidé est tiré avec succès; cela se passe à la station expérimentale Peenemünde de la Wehrmacht allemande. Il s’agit d’un V 2, arme grâce à laquelle l’Allemagne entend «répondre» aux contre-offensives alliées. Voilà dix ans qu’un groupe de scientifiques dirigé par Wernher Braun travaille à la mise au point de missiles expérimentaux à carburant liquide. Cependant, l’imposant projectile de 14 m de long et d’un poids de 12 t n’est pas concluant; les développements des Britanniques dans le domaine des radars, malgré leur caractère peu spectaculaire, sont plus importants. Dans le même temps, les Allemands travaillent également sur des engins antiaériens sol-air, le «Wasserfall» et le «Taifun», le second étant plus petit que le premier.

La Suisse renforce son système de DCA terrestre

En 1946, les entreprises suisses Oerlikon et Contraves se lancent dans le développement d’un système d’engins guidés DCA. Aux USA, les systèmes sol-air Nike et Terrier sont opérationnels en 1955; les Britanniques travaillent sur plusieurs missiles sol-air.

Trois ans plus tard, le chef des troupes d’aviation et de DCA constitue un groupe de travail engins guidés qui est chargé d’étudier le problème des engins guidés DCA, en collaboration avec la division technique de guerre et d’autres services. Les systèmes américains et britanniques sont déjà l’objet de toutes les attentions.

Dans son message du 30 juin 1960 concernant l’organisation de l’armée (organisation des troupes), le Conseil fédéral insiste sur la nécessité d’adapter nos moyens en matière de DCA aux impératifs de la conduite moderne de la guerre. Le 14 juillet 1961, suit le message concernant le renforcement de le DCA terrestre.

1961, analyse des dangers

Le Conseil fédéral se rend bien compte que l’on ne dispose alors d’aucun moyen capable de détruire en vol un missile intercontinental. De plus, il est difficilement envisageable de combattre des missiles de moyenne portée. Mais dans de nombreux cas, leurs rampes de lancement se trouvent dans le rayon d’action de nos avions. Bien que l’importance des armes nucléaires ne soit plus à démontrer, il ne faut pas s’attendre avec certitude à leur engagement dans le contexte d’un conflit armé en Europe.

De plus, en admettant l’éventualité d’un conflit, il est vraisemblable qu’il y ait des attaques aériennes sur des centres, des sites industriels, des voies de communication, contre l’armée elle-même, ses dépôts et installations. On ne peut concevoir d’évacuer les populations civiles des grandes agglomérations du Plateau. Un agresseur potentiel lancera des opérations terrestres en coordination avec des attaques aériennes. La destruction des installations électriques priverait notre pays de ses principales sources d’énergie. Des attaques ayant pour cibles des barrages et des voies de communication auraient des conséquences catastrophiques. Il est concevable qu’un conflit dans lequel notre pays se verrait impliqué, puisse se limiter à une guerre aérienne. L’aviation et la DCA doivent être en mesure de défendre efficacement notre espace aérien, quel que soit le degré d’escalade du conflit. Pour compléter le dispositif, on peut concevoir des mesures passives, telles que la protection aérienne (=protection civile).

La protection des forces combattantes contre des attaques aériennes et la préservation du réseau de voies de communication sont des objectifs prioritaires aux yeux de la conduite militaire. Pour ce faire, on exige des moyens de défense aérienne permettant une rapide concentration du feu et qui se complètent. A cette époque, seuls les Hunter sont adaptés à des missions de chasse; ils seront bientôt remplacés par des formations Mirage. La DCA terrestre incombe aux unités DCA existantes. Ce sont les groupes DCA lourde qui sont chargés de la défense du territoire. Les canons 7,5 cm dont ils sont équipés n’ont pas connu d’amélioration notoire depuis leur mise en service. Ils doivent être complétés par des engins guidés DCA. Seuls ces derniers sont à même de combattre efficacement des avions d’attaque équipés de missiles ou de bombes et volant à une altitude pouvant aller jusqu’à 20’000 mètres.

Bloodhound et DCA calibre moyen

Le Conseil fédéral propose l’achat du Bloodhound fabriqué par la British Aircraft Corporation. Deux groupes d’engins guidés DCA doivent être équipés de deux batteries. Les engins guidés doivent pouvoir être engagés jour et nuit; leur état de préparation à l’engagement est proche de 100%; leur probabilité d’atteinte ne dépend pas des risques représentés par un conflit aérien; c’est la même centrale que celle des avions de chasse qui dirige leur engagement, également lorsque la communication est interrompue.

Pour l’espace aérien moyen, on propose enfin l’acquisition d’un canon automatique de moyen calibre et guidé électroniquement. Le choix du type de canon n’est pas encore arrêté. Le 13 décembre 1961, les Chambres fédérales décident l’acquisition du Bloodhound (pour 300 millions de francs) et d’un système DCA calibre moyen (247 millions de francs). Il n’y aura pas de dépassement de crédit et l’achat du système BL-64 se fait sans grand problème. Entre 1964 et 1968, 68 unités de feu sont livrées avec triple dotation en missiles; les constructions et les installations sont réalisées entre 1963 et 1967. Le brigadier Rudolf Meyer est responsable du projet; dès la fin de l’année suivante, c’est le brigadier Antoine Triponez qui prend la relève; en 1963, le colonel EMG Hermann Schild participe également au projet.

Les étapes marquantes dans l’acquisition du Bloodhound

13.12.61 Deux groupes d’engins guidés DCA Bloodhound comprenant le matériel d’instruction, les accessoires, les pièces de rechange et la munition (300 millions)

26.9.63 Crédit additionnel pour des constructions et des installations (80 millions)

1968 Crédit destiné au contrôle du système (12 millions)

3.10.74 Simulateur d’engagement engins guidés (5,7 millions)

5.10.83 Fusées de lancement supplémentaires Bloodhound (65 millions)

Ce qui s’appelait à cette époque la division des aérodromes militaires construit dans le plus grand secret six positions d’engins guidés sol-air. Les énormes éléments de construction en provenance de Grande-Bretagne sont transportés de nuit par route; ils sont assemblés dans les zones désormais interdites au public et accessibles uniquement sur présentation d’un laissez-passer. Un conseiller d’Etat chef du département militaire qui s’en vient visiter «sa» position d’engins guidés, s’en voit interdire l’accès par des travailleurs d’origine italienne: il n’est pas en possession du laissez-passer requis! C’est le Service des aérodromes militaires qui est chargé d’entretenir les positions d’engins guidés, de gérer le matériel et de surveiller les installations.

Instruction de la troupe

La formation du personnel d’instruction est dispensée en Suisse et en Grande-Bretagne en 1962 – 1963. L’année suivante a lieu la première école de recrues sur le système d’engins guidés DCA BL-64. Son commandant est le colonel EMG Otto Svoboda. Il est secondé par les majors EMG Hans-Rudolf Schild et Mario Petitpierre, le capitaine EMG Henri Criblez et les adj sof Werner Bissig, Anton Hug, Alfred Kögel et Werner Siebenmann. On charge des fusées de manipulation; on ne voit pas encore d’armes actives.

Cette même année 1964, la première unité de feu BL-64 est prise en charge en présence du chef du DMF Paul Chaudet, de Jakob Annasohn, chef de l’état-major général et du divisionnaire Etienne Primault, commandant des troupes d’aviation et de DCA. En 1965 débute la transition des groupes DCA lourde 40 et 41 sur la nouvelle arme. L’année suivante, les positions de Lucerne et d’Argovie sont prêtes à l’engagement. En 1967, le régiment d’engins guidés DCA 7 est constitué; son premier commandant est le colonel Svoboda. Ce régiment est issu du régiment DCA 4. Le préparation opérationnelle des positions de Fribourg, Zoug, Zurich et Soleure suit en 1968.

A7351 et A7352 – Ouvrages d’artillerie – Halsegg (SZ)

Dans les années 1980, l’Armée construit deux positions pour canons de 10,5 cm sur affût à levier, chaque position équipée de 2 canons. Les deux positions constituent une batterie. Ces deux constructions sont uniques, car le but était de tester les futures installations et structures des BISONS de 15,5 cm, pièces lourdes à très longue portée destinées à la forteresse, construites par la suite. Le deuxième ouvrage a été transformé en musée en mémoire du général Henri Dufour.

Afin que ces ouvrages ne soient pas seulement un site expérimental, les canons tiraient sur le lac de Zürich, plus particulièrement sur la digue qui traverse le lac à la hauteur de Rapperswil, de façon à pouvoir engager ces prototypes dans la défense du secteur en cas de tentative de franchissement du Lac de Zürich.

Cet ouvrage peut être visité: www.schweizerfestungen

Source : ch/festungen.htm#Halsegg

Ligne antichars en granite du Col du Julier (Grisons)

Cette ligne antichars située sur le Col du Julier (Grisons) présente une particularité singulière: l’armée a utilisé les matériaux trouvés sur place et les obstacles sont constitués par des blocs de granite pyramidaux solidement implantés dans le sol. La résistance des obstacles à un char de bataille est renforcée par un chaînage en béton armé qui lie tous les blocs sous le sol.

C’est vraiment étonnant d’arriver par la route sur ce barrage et de découvrir cet ouvrage très particulier. A l’endroit où la ligne antichars coupe la route, celle-ci était barrée par une barricade antichars: des puits verticaux ménagés dans la chaussée permettaient de dresser des rails avait métalliques qui formaient une barricade infranchissable par un blindé. Le matériel nécessaire au montage était entreposé dans une baraque en béton située à proximité.

Après la fin de la guerre froide, les puits ont été supprimés afin de faciliter la circulation routière.

Plusieurs ouvrages d’infanterie situés sur les hauteurs voisines défendaient cette barricade antichars par leurs feux croisés.

 

 

Système FLORAKO

Les sites du système  FLORAKO, pour l’essentiel, sont installés dans les anciens sites FLORIDA.

FLORAKO  effectue les tâches suivantes: surveillance de l’espace aérien, sécurité aérienne militaire, alerte lointaine et conduite de l’engagement.

FLORAKO est bien sûr en mesure de répondre à des besoins spécifiquement militaires: que ce soit au niveau du repérage, de la poursuite et de l’identification d’objets volants non coopérants, de la conduite de moyens de défense aérienne (avions, missiles et canons) ou de la protection du système lui-même.

Sous-systèmes: FLOres, RAlus, KOmsys et Lunas-EZ

Les sous-systèmes de FLORAKO sont au nombre de quatre:

  • FLOres (FLOrida-Radar-ErSatz) remplace les radars FLORIDA par des radars de surveillance à grande portée, en raison des conditions topographiques suisses particulières.

–    RAlus (RAdar-LUftlage-System) constitue le nouveau système de présentation de la situation aérienne: analyse des données de toutes les sources, présentation sur écran, en liaison avec la sécurité aérienne civile.

–    KOmsys (KOMmunikation-SYStem) autorisera les communications radio et les transmissions de données par le même réseau.

  • Lunas-EZ (LuftNAchrichtensystem EinsatzZentralen) rassemble système d’acquisition de renseignements aériens et centrales d’engagement, c’est-à-dire l’interface entre FLORAKO et l’utilisateur militaire.

Au sommet d’une montagne de Suisse, des installations FLORAKO sont visibles. Vous trouverez ci-dessous quelques photos qui vous permettront de juger de l’importance de ces installations.

Fort de Bard – Vallée d’Aosta

Situé à l’entrée de la vallée d’Aoste, le verrou glaciaire formé par la gorge et le rocher de Bard constitue un passage obligé sur la route du Petit et du Grand-Saint-Bernard. On ne peut rêver meilleure position de barrage naturelle car le promontoire barre littéralement la vallée, ne laissant qu’un étroit passage par où s’engouffrent la route et la rivière.

Histoire du fort

Etant donné sa position stratégique pour contrôler le transit transalpin, le rocher de Bard a vraisemblablement été fortifié dès les temps les plus reculés. Il est probable que les Romains y avaient déjà installé un poste militaire sur la voie des Alpes reliant l’Italie du Nord à la Gaule, car le site permet de contrôler deux des principaux cols alpins reliant la Méditerranée à l’Europe occidentale : le Petit et le Grand-Saint-Bernard.

Au 5e siècle apr. J.-C., le roi ostrogoth Théodoric fait fortifier la cluse et y installe une garnison pour contrôler le passage et barrer la route aux Francs. Dès l’époque carolingienne, la cluse acquiert une nouvelle importance pour contrôler le passage des marchandises et des pèlerins qui transitent entre l’Italie et l’Europe nord-occidentale. En témoigne l’érection d’un monastère et d’un hospice sur le col du Grand-Saint-Bernard, à plus de 2573 m d’altitude. Au 11e siècle, la région passe progressivement sous le contrôle de la Maison de Savoie qui cherche à s’étendre et à contrôler les divers passages transalpins des Alpes occidentales.

En 1661, le duc Charles-Emmanuel  concentre à Bard les forces armées du Duché  de Savoie installées en Vallée d’Aoste, pour prévenir toute invasion française en direction du Piémont. Vu l’importance de la position pour le Duché de Savoie, les défenses de la forteresse sont considérablement agrandies et renforcées  aux 17e et 18e siècles.

L’épisode militaire le plus célèbre dont le fort fut le théâtre est le siège de 1800 par le premier consul Napoléon Bonaparte. A l’aube du 14 mai, les 40 000 hommes de l’Armée de réserve de Napoléon franchissent depuis la Suisse le col enneigé du Grand-Saint-Bernard (2573 m d’altitude) pour surprendre l’armée austro-piémontaise installée dans la plaine du Pô. L’affaire fait grand bruit car nul ne l’attend à cet endroit et à cette saison. Elle stupéfie l’Europe entière par son audace et fait comparer l’exploit de Napoléon au franchissement des Alpes par Hannibal. L’opération, fort délicate vu la saison très précoce, est menée de main de maître malgré les énormes quantités de neige qui encombrent la montagne et le froid qui règne en altitude. Les canons sont démontés, les affûts hissés à dos, les tubes de bronze placés dans des troncs d’arbres évidés qui sont traînés à la force du bras sur la neige.

La progression des troupes française est rapide jusqu’au verrou de Bard, mais là elles sont bloquées par la garnison autrichienne qui défend le fort sous les ordres du capitaine Von Bernkopf. Le verrou, solidement défendu, résiste à un siège de 14 jours et ne tombe que parce que Napoléon a finalement l’idée de faire contourner la position par les hauteurs pour la prendre à revers. Von Bernkopf finit par capituler le 1er juin, mais avec les honneurs de la guerre.

Exaspéré par cette résistance inattendue, Napoléon fait raser le « vilain castel de Bard ». Quelques jours plus tard, il surprend et bat les Austro-Piémontais à la bataille de Marengo.

Le fort actuel (1830-1838)

Ce fut Charles-Félix, craignant une nouvelle agression de la part des Français, qui fit remettre le fort en état. Il confia le projet à l’ingénieur militaire Francesco Antonio Olivero. Celui-ci fit raser les vestiges des anciennes fortifications de façon à tout reprendre à zéro. La construction s’échelonna de 1830 à 1838.

La nouvelle forteresse créée à Bard par Olivero forme l’une des fortifications les plus puissantes érigées en Europe durant la première partie du 19e siècle. L’ensemble impressionne par la puissance qu’il dégage et par le nombre de bouches à feu qu’il comporte et qui en font une véritable « muraille de feu » barrant la vallée.

La forteresse comprend en effet quatre ouvrages distincts, superposés sur plusieurs niveaux, qui couvrent tout le flanc occidental de la colline, face à la principale direction d’attaque.

L’ouvrage inférieur (ouvrage Ferdinand) domine directement la Doire Baltée dont le cours forme une coupure supplémentaire ceinturant le pied du rocher.  Il comporte deux étages et présente un plan en tenaille. Il est dominé par l’ouvrage Mortai qui abritait jadis une impressionnante série de batteries de mortiers sous casemate et qui fut ensuite transformé en entrepôt. Une énorme poudrière lui est accolée. Le troisième niveau défensif est constitué par l’ouvrage Vittorio qui présente également un tracé tenaillé. Enfin, le sommet du rocher est couronné par l’ouvrage Charles Albert  qui épouse les contours de la colline et qui forme, à lui seul, une formidable forteresse de hauteur dominant la gorge. Les différents ouvrages sont reliés par une large rampe à canon extérieure, superbement restaurée, qui dessine une succession de virages en épingle à cheveux sur le flanc de la colline.

Pour donner une idée de la puissance des fortifications de Bard, il suffit de mentionner que l’ouvrage sommital Charles Albert comporte à lui seul 176 locaux de service donnant sur une grande cour d’honneur intérieure, de vastes écuries (au sud), plusieurs poudrières, une prison souterraine, ainsi que des magasins et ateliers (à l’est).

En tout, le fort comprend 283 locaux et pouvait abriter une garnison permanente de 416 hommes, ou même le double si on mettait des paillasses à même le sol. Les entrepôts pouvaient contenir des munitions et des vivres pour trois mois. L’armement comptait une cinquantaine de bouches à feu de gros calibre, avec des embrasures tournées dans les quatre directions, mais principalement vers la vallée d’Aoste (débouché des cols du Petit et du Grand-Saint-Bernard).

La fin du 19e siècle marqua le début du déclin du fort de Bard qui devint d’abord un bagne, puis un dépôt de munitions.

Le fort de Bard aujourd’hui, un pôle culturel

Abandonné par le domaine militaire en 1975, le fort a été racheté en 1991 par la région autonome de la vallée d’Aoste qui l’a entièrement restauré de fond en combles, avec l’aide financière de l’Union européenne. Ouvert au public depuis 2006, il abrite désormais le Musée des Alpes et accueille des expositions thématiques temporaires. On y trouve également une cafeteria, un restaurant,  un hôtel, ainsi que des salles de conférences pour des séminaires ou des colloques. A terme, il intégrera également un Musée des frontières, un Musée du Fort, une médiathèque, un espace musical et un théâtre en plein air.

On y accède par trois funiculaires successifs qui permettent de gagner le fort sommital.

Précisons enfin que la visite extérieure des fortifications jusqu’à la porte du fort sommital est en libre accès, seuls les musées étant payant. N’hésitez donc pas à vous y arrêter.

Comment y accéder

Situation : Italie du Nord, entre Verrès et Ivrea, à l’entrée de la vallée d’Aosta.

Ouvert au public toute l’année (sauf le lundi). La montée au fort est gratuite. Seuls l’accès aux musées est payant.

Accès : autoroute du Mont-Blanc. Sortie Verrès, puis suivre la direction « Bard ».

Parking souterrain dans le rocher au pied du fort (départ du funiculaire montant au fort).

L’ouvrage d’artillerie du Four à Chaux – Lembach – Bas Rhin

L’ouvrage du « Four à Chaux » est situé en Moselle, à 1 km au sud de la localité de Lembach, en bordure de la D65. Il fait partie du secteur fortifié des Vosges, dont il constitue le maillon le plus oriental, à la limite du secteur fortifié de Haguenau. Il s’agit d’un ouvrage d’artillerie à 8 blocs (2 blocs entrées, 3 blocs d’artillerie et 3 blocs d’infanterie) qui présente un plan de masse compact, loin des interminables galeries qui caractérisent la plupart des grands ouvrages de la Ligne Maginot. Il ne possède ni magasin M1, ni traction électrique, mais sa visite est particulièrement intéressante du fait de certaines particularités qui lui sont propres, notamment le fameux plan incliné ascendant qui vaut, à lui seul, le détour…

Le secteur fortifié des Vosges en bref

La partie centrale du secteur fortifié des Vosges s’appuie sur une zone boisée, traitée initialement comme zone de destructions et ne nécessitant pas de fortifications importantes. A l’origine ne sont prévus que trois petits ouvrages équipés de lance-bombes, une casemate (Rothenburg) et 9 blockhaus. Les projets initiaux sont cependant très vite remaniés pour faire place, en 1931, à la construction d’une ligne de 33 casemates légères et de blockhaus adaptés au relief tourmenté et particulièrement vallonné de la région. Le secteur comprend 2 parties distinctes :

  1. Au niveau de l’aile ouest du secteur, qui offre un terrain moins accidenté, l’obstacle principal est constitué par le Schwarzbach, ruisseau aménagé en zone d’inondation défensive par la réalisation de 12 barrages-écluses destinés à faire monter le niveau des eaux. Le cours de la rivière est battu par 13 casemates, plus une casemate d’artillerie MOM à chaque extrémité dont l’action se recoupe et que complète la couverture de la tourelle de 75mm modèle 33 de l’ouvrage du Grand-Hohékirkel, établi à l’extrémité occidental du secteur.
  2. L’aile orientale prend en compte l’aspect beaucoup plus vallonné du relief et s’appuie sur une casemate et une série de 17 blockhaus établis sur les hauteurs. Malgré la nature du terrain, cette partie de la Ligne Maginot est particulièrement faible, même si elle bénéficie en contrepartie de l’appui de feu des tourelles de l’ouvrage d’artillerie du Four-à-Chaux, implanté à l’extrémité orientale du secteur.

Du projet à la réalisation

Le premier projet établi en décembre 1930 prévoyait deux casemates mixtes (infanterie / artillerie) et deux tourelles d’artillerie (81 et 135 mm). Les 2 casemates ont finalement été supprimées et remplacées par une tourelle de 75 (bloc 2). Au 2e cycle, l’ouvrage aurait dû recevoir une deuxième tourelle de 75 modèle 32 R qui n’a  jamais été réalisée.

La construction

 La construction du Four-à-Chaux s’échelonna sur cinq ans (1930 – 1935). Malgré les études géologiques et hydrologiques menées préventivement, il fallut parer à divers imprévus : nappes d’eau souterraines, sources, etc. La découverte d’un puits artésien dans la partie inférieure de l’ouvrage, près de l’usine, permit toutefois d’alimenter directement celui-ci en eau potable, cas exceptionnel dans la Ligne Maginot. Plusieurs percements furent effectués simultanément pour avancer plus rapidement. Un train électrique à batteries d’accus était chargé d’évacuer les déblais.

L’ouvrage est enterré de 20 à 25 m dans le roc. L’épaisseur des murs varie entre 1,20m (blocs d’entrées) et 3,50m ( blocs de combat). L’ouvrage était conçu pour résister aux obus de 160mm (entrées) et de 420mm (blocs de combat). En outre, le béton des parois des entrées et le plafond des blocs de combat est doublé intérieurement par des plaques métalliques destinées à éviter la projection d’éclats de béton en cas de bombardement. Extérieurement, les angles vifs sont réduits au strict minimum pour faire ricocher les obus sur les superstructures et offrir ainsi moins de prise aux projectiles.

 Les entrées

Comme tous les ouvrages importants de la Ligne Maginot, le Four-à-Chaux comporte 2 entrées séparées, aménagées à contre-pente pour les défiler des tirs directs et qui pouvaient se protéger mutuellement.

L’entrée des hommes (EH, bloc 29) est située au même niveau que la caserne souterraine, cas exceptionnel dans la Ligne Maginot. Elle est défendue par deux cloches GFM et par un créneau de façade armé d’un jumelage de mitrailleuse (JM) qui peut être remplacé par un canon antichar 47 (AC47) suspendu à un rail plafonnier. Le sas d’entrée, long de 80 mètres, est délimité par 2 portes blindées de 1 tonnes.

L’entrée munitions est plus vaste, pour permettre le  déchargement des véhicules et le transbordement du matériel et des munitions sur des wagonnets. Elle s’ouvre au fond d’un étroit vallon sinueux qui offre une bonne dissimulation et une excellente protection. Un créneau JM/AC 47 et 2 cloches GFM assurent sa protection. Elle est défendue par 2 portes blindées de 6 tonnes, protégée par un créneau de défense intérieur, qui sont défilées chacune derrière une courbe et séparées par  une galerie de 100m de longueur qui sert de sas.

Cette entrée principale permet de gagner de plain pied l’usine souterraine de l’ouvrage (centrale électrique) et de rejoindre le pied du plan incliné reliant le niveau inférieur au niveau supérieur.

La caserne souterraine

La caserne est située près de l’entrée hommes, nettement en retrait par rapport aux blocs de combat dont les plus proches sont situés à 400 m de distance. Il s’agit d’une volonté délibérée pour permettre au soldat de se reposer dans le calme, à l’écart du bruit de la bataille martelant les blocs de combat. La cuisine est équipée de matériel ultra-moderne pour l’époque, fonctionnant à l’électricité (autocuiseurs, marmites, fours, cafetières automatiques, etc.). En revanche, aucun réfectoire n’est prévu, si bien que la garnison doit manger sur les lieux de travail, dans les couloirs ou dans les chambres de repos.

Les chambres de la troupe comprennent 24 lits disposés sur 3 étages tandis que celles des sous-officiers comptent 16 lits établis sur 2 étages. Les officiers ont droit à plus d’égard (1 à 4 lits sur 1 ou 2 étages). Du point de vue sanitaire, les concepteurs ont calculé 1 robinet pour 12 hommes, 1 douche pour 100 hommes, 1 WC à la turque pour 40 hommes. La caserne comprend également un petit quartier sanitaire qui comporte une salle d’opération, une salle de stérilisation, une pharmacie et un ensemble de salles de soins et de désinfection.

L’usine

 La centrale électrique est installée à l’emplacement du magasin M1. Jusqu’en 1940, elle comportait 4 groupes électrogènes actionnés par des moteurs Sulzer développant chacun 160 ch, qui entraînaient des alternateurs d’une puissance unitaire de 120 Kw. Un dispositif de synchronisation permettait d’utiliser deux groupes simultanément. Ces groupes ont été démonté par les Allemands et expédiés vers une destination inconnue (sous-marins ? Mur de l’Atlantique). Ils ont été remplacés, en 1953, par les groupes actuels actionnés par 2 moteurs Sulzer de 175 ch. Le courant électrique (440 V) est conduit à la sous-station où il est transformé pour l’éclairage. Seuls les moteurs actionnant les tourelles des blocs de combat fonctionnaient au courant continu (110 V) pour garantir une souplesse de rotation et de précision des moteurs. Une réserve de 120’000 litres de gas-oil  et 3’000 litres d’huile assuraient une autonomie de fonctionnement d’environ 3 mois à l’ouvrage.

Le plan incliné ascendant

Le plan incliné relie la partie inférieure de l’ouvrage (entrée munitions et usine électrique) au niveau supérieur regroupant la caserne et les blocs de combat. Toutes les munitions et le matériel devaient obligatoirement  transiter par cette longue rampe, au moyen d’une benne installée sur un chariot tracté sur rails par un système de treuil et de contrepoids. Cette installation, unique dans la Ligne Maginot du Nord-Est, constitue la principale originalité de cet ouvrage.

Le puits artésien

Situé à proximité de l’usine, le puits artésien de 214 m de profondeur découvert lors de la construction permettait de débiter 6000 litres à l’heure, à une température de 16°. Il alimentait 3 réservoirs autorisant une contenance totale de 150’000 litres, qui assurait à l’ouvrage une autonomie complète et illimitée, cas unique dans la Ligne Maginot .

Les magasins à munitions

L’ouvrage n’est pas équipé de magasin principal (M1), celui-ci ayant été supprimé pour des raisons budgétaires lors de la construction, de même que le 7e bloc de combat prévu originellement. Il existe des magasins à munitions (M2) au pied de chaque bloc. Leur capacité varie selon l’importance du bloc. Elles permettaient le stockage des réserves de munitions. Les tourelles disposent d’un troisième magasin (M3), situé près de la pièce et destinées à l’alimentation directe de celle-ci. Leur capacité de stockage est d’environ 600 obus.

Les blocs de combat

L’ouvrage comporte 6 blocs de combat disposés de manière rayonnante de façon à pouvoir se flanquer mutuellement et à former un périmètre défensif ramassé. Ces blocs sont équipés de l’armement suivant :

Bloc 1 : 1 tourelle de 135 et 2 cloches GFM.

Bloc 2 : 1 tourelle de 75 modèle 32 R, 1 cloche M et 1 cloche GFM.

Bloc 3 : 1 tourelle de 81 et 1 cloche GFM.

Bloc 4 (casemate d’infanterie Est) : 2 cloches M, 1 cloche GFM, plus une cloche observatoire VDP.

Bloc 5 : tourelle de mitrailleuses, 1 cloche GFM.

Bloc 6 (casemate d’infanterie et de flanquement Ouest) : 1 créneau JM/AC 47, 1 créneau JM, 1 cloche M, 1 cloche GFM, 1 cloche observatoire VDP.

 

Abréviations :

GFM = guêt/fusil-mitrailleur.

M = mitrailleuse.

JM =  jumelage de mitrailleuses.

AC 47 = canon antichar 47mm.

Description du bloc 2

On y accède par un sas chargé de maintenir le bloc en surpression permanente, pour faciliter l’évacuation des gaz de tir et empêcher la pénétration d’éventuels gaz de combat. Il permet de rejoindre le magasin M2 du bloc qui comprend 3 salles de stockage. Un monte-charge et un escalier relient ce niveau inférieur  aux installations de la tourelle (20m de dénivelé).

Le bloc proprement dit comprend 3 étages superposés.

Le 1er étage comprend 2 chambres de repos pour l’équipage desservant la tourelle, le bureau du commandant de bloc, un W.C., ainsi que le mécanisme de contrepoids permettant l’élévation et l’éclipse de la tourelle.

Le 2ème étage comporte les magasins M3 destiné à l’alimentation directe de la pièce, la citerne à eau, ainsi que les puits d’accès aux cloches, protégés par une dalle en béton armé de 3,5 m d’épaisseur et 1,5m de terre.

Le 3ème étage, que l’on atteint par une échelle,  abrite le canon de 75mm et la chambre de tir où travaillaient 2 à 3 canonniers.

L’ensemble de la tourelle en acier pèse environ 100 tonnes (partie mobile). Elle est équipée de petits ascenseurs à munitions, d’une gaine d’évacuation des douilles et d’un dispositif de rotation sur 360°.

La résistance acharnée du Four-à-Chaux en mai-juin 1940

Fausses alertes

Les troupes de forteresse furent mobilisées à trois reprises avant la déclaration de guerre. Une première fois au printemps 1938, lorsque l’annexion de l’Autriche au IIIe Reich (Anschluss) provoqua un premier regain de tension international; une seconde fois en automne de la même année, lorsque Hitler annexa unilatéralement les Sudètes au détriment de la Tchécoslovaquie, et enfin 6 mois plus tard (mars 1939), lorsque le Führer décida d’envahir la Bohème. Pour l’équipage du Four-à-Chaux, l’organisation de la vie dans l’ouvrage ressemblait à celle qui prévalait à bord des navires de la Marine, sauf qu’ici elle se déroulait sous terre.

La quatrième mobilisation (24 août 1939), engendrée par l’invasion de  la Pologne par les troupes allemandes, fut suivie par les longs mois d’attente de la « drôle de guerre ». Début septembre, la population des villages situés en avant de la Ligne Maginot est évacuée en Haute Vienne. Au début janvier 1940, l’équipage du  Four-à-Chaux reçoit la visite du premier ministre anglais Winston Churchill. L’attente  continue, pénible et démoralisante car l’ennemi que l’on attendait ne vient pas.

Première escarmouches

 Le 18 janvier, l’ouvrage ouvre le feu pour la première fois : la tourelle du bloc 2 tire 80 obus de 75. L’objectif est le village allemand de Nothweiler où est stationnée une unité du génie allemand. Le 17  mars, l’équipage est surpris par une alerte au gaz « moutarde », des grenades au gaz ayant explosé près du bloc 6. Le Four-à-Chaux reste en alerte toute la nuit. Le 10 mai, Hitler déclenche son offensive à l’ouest et lance ses troupes à l’assaut de la Hollande, de la Belgique et du Luxembourg. Dans un premier temps, les troupes allemandes semblent concentrer leurs efforts sur le Bénélux, dans une tentative pour tourner la Ligne Maginot. Mais c’est un piège mortel tendu par Hitler, dans lequel s’engouffrent les Alliés franco-britanniques. Le Führer lance alors ses blindés à travers les Ardennes, pourtant réputées impraticables par l’Etat-Major français, et perce à Sedan, selon les meilleures principes du Blitzkrieg. Le front français est enfoncé et les Panzer divisions se ruent massivement vers Abbeville et la Manche, en un long mouvement de faucille destiné à refermer le piège sur les forces franco-britanniques aventurées en Belgique. Il en résultera le désastre de Dunkerque…

Dans la région des Vosges, plusieurs accrochages ont lieu. Le 12 mai, les Allemands se ruent à l’assaut du pose d’observation de la Schaufelshalt à Wingen et s’en emparent malgré l’intervention du bloc 2 du Four-à-Chaux, il est  vrai au prix de lourdes pertes…

Le 13 mai, tôt le matin, des combats violents ont lieu au Litschhof, où les troupes d’intervalles sont rapidement encerclées par les Allemands. Suite à une demande d’appui de feu faite par le capitaine Faure au Hochwald Est, le bloc 2 du Four-à-Chaux intervient également, causant par ses tirs des pertes importantes aux Allemands. Le 18 mai, on signale qu’un ouvrage fortifié de la Ligne Maginot est tombé sous les coups de l’ennemi dans le secteur fortifié de Maubeuge, faisant 107 morts parmi les défenseurs. L’offensive allemande se précise sur le front nord et nord-est.

Les Allemands à l’assaut de la Ligne Maginot

Les 14 et 15 juin, la Wehrmacht déclenche une offensive amphibie sur le Rhin, qui est franchi le 15, tandis que la 1ère allemande, venant du nord, lance une attaque frontale contre tout le secteur de la Ligne Maginot qui s’étend de Sedan jusqu’à Longuyon, dans la trouée de la Sarre, la région des Basses Vosges (région de Bitche à Lembach). Craignant l’encerclement,  l’Etat-Major français décide le repli général de l’armée française sur une ligne de défense arrière et le retrait des troupes d’intervalles chargées d’appuyer et de défendre les ouvrages de  la Ligne Maginot (14 juin).  Ce repli des troupes d’intervalles se fait  malheureusement dans des conditions particulièrement difficiles, à pied faute de moyens de transports, si bien qu’une  grande partie de ces unités tombent rapidement aux mains des Allemands dans les Vosges. Affaiblie par ce retrait, la Ligne Maginot subit alors de plein fouet l’assaut allemand ! Forte de 20 divisions, la Wehrmacht lance la 27e Division à l’assaut du secteur fortifié de Longuyon, la 11e Division contre celui de la Sarre, la 246e Infanterie Division contre celui de la Lauter. De son côté, le secteur fortifié des Vosges est attaqué par la 215e Infanterie Division.

Les 15, 16 et 17 juin, les premières patrouilles allemandes signalées au col de Gunsthal sont prises à partie par le bloc 2 du Four-à-Chaux. Le 18, une batterie d’artillerie allemande 75 FK 16 repérée au nord-ouest de Lembach ouvre le feu sur le bloc 5 mais elle est bientôt anéantie par la tourelle de 135 du bloc 1. De son côté, le bloc 5 de l’ouvrage voisin du Hochwald tire des obus de 75 sur un groupe d’infanterie repéré au même endroit. Dans l’après-midi, les blocs 12, 13 et 14 du Hochwald tirent sur le nord-ouest du village de Lembach où les Allemands s’étaient réfugiés. Plusieurs maisons sont détruites.

Echec de l’artillerie lourde allemande

Entre-temps, la 215e Infanterie Division a reçu des renforts qui permettrons de museler les ouvrages fortifiés : il s’agit de 4 pièces 88 FLAK et de l’artillerie lourde comprenant 1 canon de 355mm et 1 canon de 420mm. La mise en batterie de ces pièces lourdes, qui pèsent respectivement 78 tonnes et 155 tonnes, s’avère toutefois plus difficile que prévu. Le terrain détrempé par les pluies provoque des enlisements et des embouteillages. Finalement, tout est prêt le 19 juin et, tôt le matin, un ballon d’observation s’élève dans le ciel pour permettre le pointage des pièces. Les lourdes pièces entament leur tir contre le Four-à-Chaux et le Hochwald mais ne parviennent pas à atteindre leur cible. Malgré tous les efforts déployés, les Allemands ne parviendront pas à régler correctement leurs pièces de 355 et 420mm. De leur côté, les casemates de La Verrerie, Markbach, Nagesthal, Gunsthal, Windstein  sont pilonnées durant 2 heures.

La Luftwaffe déverse un déluge de fer et de feu sur l’ouvrage

A 9h30, c’est la Luftwaffe qui prend la relève. Des nuées de Stukas apparaissent dans le ciel ; plongeant en piqué dans le hurlement sinistre de leurs sirènes, ils déversent leurs lourdes bombes sur les casemates. Craignant un assaut imminent de l’infanterie allemande, les défenseurs de celles-ci sollicitent aussitôt les tirs de protection du Four-à-Chaux et du Hochwald Ouest qui causent des pertes à l’ennemi.  A 10 heures, le Petit-Ouvrage de Lembach qui soutenait les casemates des alentours est pris à parti par 27 Stukas. A 12h15, l’observatoire du Col de Wieb signale 30 Stukas au-dessus du Four-à-Chaux ! Malgré les tirs de protection du Hochwald sur les avions, le bloc 6 du Four-à-Chaux est touché : on déplore des dégâts à l’extérieur comme à l’intérieur et un officier est blessé. A 14 heures, les bombardiers en piqué s’en prennent au bloc 2. Des tirs de D.C.A. sont déclenchés par le Hochwald Ouest. A 15h, 17h, 18h et 20h, des bombes de gros tonnages pleuvent sur les superstructures du Hochwald. Le Four-à-Chaux déclenche à son tour un tir de D.C.A. sur les Stukas. A 16h30, c’est au tour de l’ouvrage du Schoenenbourg d’être bombardé. A 18 heures, le bloc 6 du Four-à-Chaux réussit à détruire une voiture allemande sur la route de Mattstall. Vers 19 heures, le Capitaine Faure, commandant de l’artillerie du Four-à-Chaux, demande l’intervention du bloc 13 du Hochwald. Les obus de 135mm sifflent vers le village de Lembach. De 22 heures à 4 heures du matin, le bloc 12 du Hochwald expédie 400 obus fusant de 75 sur le réseau de rails du Four-à-Chaux où des Allemands ont été repérés. Vers 20  heures, Woerth et Haguenau sont occupés par les Allemands. La 215e Infanterie Division déplore des lourdes pertes.

Le 21 juin, le Four-à-Chaux, le Petit-Ouvrage de Lembach ainsi que 20 casemates et blockhaus, toujours invaincus, passent au secteur fortifié de Haguenau qui poursuit opiniâtrement la lutte. Le 24 juin à 8h20, le Four-à-Chaux tire sur 3 soldats allemands à bicyclette qui sont également pris pour cibles  par le P.O. de Lembach. Dix minutes plus tard, le bloc 6 ouvre le feu sur 3 camions allemands dont la progression a été bloquée par une barrière antichar sur la route de Woerth. Les 3 véhicules sont détruits et seuls deux survivants en réchappent. A17h00, le bloc 2 tire ses ultimes obus sur la route de Pechelbronn. En effet, l’armistice entre en vigueur quelques heures plus tard, le 25 à 0h35 !

Le Four à Chaux ne se rend pas !

Pourtant, la garnison du Four-à-Chaux ne se rend pas et continue à résister dans l’ouvrage jusqu’au 1er juillet. Finalement, il fallut un ordre écrit du commandement français pour que les ouvrages invaincus acceptent de faire leur reddition aux Allemands, après leur avoir causé des pertes sévères…

Désarmés, mais fiers de leur résistance victorieuse, ils prirent le chemin de la captivité en direction de Haguenau, sous les démonstrations de sympathie de la population alsacienne ; partout, les gens offraient à boire au soldat, parfois allant jusqu’à leur distribuer sans compter des seaux entiers remplis de vins ! Lors de la sortie de la troupe de l’ouvrage du Four-à-Chaux, le 1er juillet 1940, un jeune soldat originaire de Lembach fut salué d’un tonitruant « Heil Hitler » par les soldats allemands. Plein d’esprit, et pas intimidé pour un sou, il eut la présence d’esprit de leur rétorquer : « Entschuldigung mein Soldat, ich kann den Führer nicht heilen, ich bin ja nicht Arzt ». Ce qui peut se traduire par : « excusez-moi mon soldat, je ne puis guérir le Führer, je ne suis pas médecin » (Heil peut en effet être interprété comme l’impératif du verbe heilen signifiant « guérir »).

L’ouvrage du Four-à-Chaux durant l’occupation : l’opération « TAIFUN »

Dès le 1er juillet 1940, les Allemands occupent  l’ouvrage. Vu qu’ils na plus aucune utilité stratégique pour l’occupant, les Allemands démontent les 4 groupes électrogènes de l’usine pour les expédier vers une destination inconnue. Peut-être ont-ils été réinstallés dans des sous-marins ou sur le Mur de l’Atlantique. Après avoir également récupéré l’armement, les Allemands utilisent le Four-à-Chaux pour expérimenter la mise au point d’une méthode d’attaque pour la prise de fortification. Cette opération, conduite par la 3e compagnie du Pionier-Lehr-Bataillon de Cologne, est baptisée du nom de code « Taifun » (Typhon). Il s’agit de mettre en oeuvre une méthode particulière visant à prendre un ouvrage par la mise hors combat des occupants à l’aide d’ondes de pression.

La technique expérimentée au Four-à-Chaux se déroulait en 2 temps et comportait 2 phases distinctes :

  1. Soutenue par l’artillerie et l’aviation, une unité commando de choc attaque d’abord un bloc à l’aide de lance-flammes et de charges explosives pour mettre hors combat ce poste et y pratiquer à l’aide d’un charge creuse une ouverture de 10 à 20 cm dans le béton. Une fois cet objectif atteint, le commando se retire sans chercher à pénétrer à l’intérieur.
  2. Ce n’est qu’à ce moment qu’entre en action le groupe spécialisé « TAIFUN », qui procède à l’injection dans le poste de combat d’un gaz éthylénique destiné à former, en se combinant à l’oxygène de l’air, un mélange excessivement explosif. On procède alors, depuis l’extérieur, à la mise à feu électrique du mélange qui déclenche une formidable explosion destinée à tuer les rescapés encore vivants et à détruire les portes blindées reliant le poste aux galeries de l’ouvrage. En principe, à la première injection de gaz devait suivre une ou plusieurs autres en vue de la mise hors de combat progressive de l’ensemble de l’ouvrage.

Ces essais se révélèrent particulièrement concluants. Ainsi, la tourelle mobile du bloc 1 fut éjectée de son encuvement lors d’un exercice avec injection très importante d’un mélange éthylène-oxygène. Le reste du bloc ne vaut guère mieux et présente un univers sinistre de désolation. Tout est broyé, déchiqueté, pulvérisé ! Les dégâts occasionnés au bloc 1 sont tels que le poste tout entier dut être abandonné et isolé du reste de l’ouvrage lors de la remise en état qui intervint après la guerre. Pour se faire une idée de la violence obtenue par ces explosions en lieu clos, il suffit de rappeler que des pressions supérieures à 40 atmosphères furent enregistrées lors de certains essais !

L’après-guerre

Le reste de l’ouvrage est réparé par l’armée française durant les années 1950, sous la pression et avec l’aide financière des Américains qui estiment que le rétablissement de la Ligne Maginot peut constituer un obstacle et une ligne de résistance efficace en cas de déferlement des troupes du Pacte de Varsovie sur l’Europe occidentale. Entre autres, la tourelle de 81 est remplacée par celle qui était destinée en 1940 à l’ouvrage de Plan-Caval, dans les Alpes Maritimes.

Appartenant à l’Armée de l’Air (base aérienne 901 de radars de Drachenbronn) au moins jusqu’en 1999, l’ouvrage est ouvert aux visiteurs depuis 1983 (plus de 40’000 visiteurs chaque année), grâce aux efforts du Syndicat d’initiative de Lembach. La visite comprend notamment l’entrée hommes, la caserne, le PC, le bloc 2 (tourelle de 75), le fameux plan incliné, l’usine, un petit musée et, finalement, l’entrée des munitions…

 

 

 

 

A8389 Lance-mines de 8,1 cm au Col du Gothard

Cet ouvrage est pratiquement invisible si vous passez le col du Col du Saint-Gothard. Il est situé un peu en-dessus de l’ancienne route et beaucoup d’automobilistes passent à proximité sans le remarquer.

Son aménagement est extrêmement sophistiqué : local de combat, ventilation chauffage, dortoir, cuisine, sanitaires, réfectoire, soute à munitions, alimentation électrique. Ordinairement, les lance-mines de 8,1 cm sont incorporés à de gros ouvrages d’artillerie, mais ne sont pas conçu pour être totalement indépendants. C’est le cas ici.

L’ouvrage a une particularité : ils a été nécessaire de concevoir une sortie spéciale pour l’hiver, car la sortie normale est alors recouverte par plusieurs mètres de neige et inutilisable. On a donc conçu un genre de cheminée en bois permettant à l’équipage de sortir même au cœur de l’hiver.

A6069 Ouvrage de l’Organisation secrète suisse P26

Nous avons eu le privilège, il y déjà quelques temps, de visiter un ancien repaire de l’organisation secrète suisse P26, mise en place par la Suisse durant la guerre froide pour lutter contre un éventuel occupant du pays, en l’occurrence les forces soviétiques et du Pacte de Varsovie.
Ce lieu secret, situé quelque part dans une forêt de Suisse orientale, semble être une cabane forestière ou un hangar bien innocent. L’ouvrage est complètement vide et l’on ne voit que les locaux et les installations. Une fois passé la porte du hangar d’entrée (accessible à un camion), un puits vertical dans le sol permet de descendre les charges dans la partie souterraine de l’ouvrage. Le personnel descend sous terre par une rampe d’escaliers, dans la paroi duquel est fixé un transporteur électrique pour charges lourdes ou encombrantes.

Une fois arrivé 20 mètres plus bas, un réseau de galeries part dans toutes les directions et se ramifie pour desservir les différents locaux de la cache secrète de la P26: salle de théorie, magasins de stockage d’armes, de munition et d’explosifs, dépôts de vivres et de matériels divers. Une petite cuisine permet de préparer des repas chauds. Les installations techniques, groupe électrogène, système de ventilation, assècheur d’air, filtres antigaz et à poussières radioactives, sont très modernes et insonorisés.

Les photos en annexe vous donneront une bonne idée des aménagements de ce type qui sont dissimulés sous terre un peu partout en Suisse.

La P26 (Projekt 26) était une organisation armée secrète suisse sans base légale, qui avait quelques contacts avec le réseau européen Staybehind mis en place durant la guerre froide par l’OTAN, la CIA américaine et le MI6 britannique. Son rôle était d’organiser une résistance en cas d’invasion par l’Union Soviétique et les forces du Pacte de Varsovie. La P26 a été créée sans que le parlement suisse et le Conseil fédéral soient mis au courant, mais a pourtant été financée par des fonds publics. Il existait des réseaux secrets similaires dans une bonne partie des pays d’Europe occidentale, comme par exemple le réseau GLADIO en Italie.

Bien que la lumière n’ait jamais été complètement faite sur l’organisation P26, une étude universitaire publiée en novembre 2009 prétend que la P26 ne faisait pas directement partie du réseau Staybehind, mais avait des relations étroites avec le MI6 britannique.

L’existence de la P26 a été révélée dans le cadre du scandale des fiches en Suisse en 1990, lorsqu’une enquête administrative a été rendue publique. Cependant, une grande partie du rapport est aujourd’hui encore tenue secrète pour une durée totale de 30 ans.

Le 18 avril 1990, durant les travaux d’investigation sur le scandale des fiches et la P26, Herbert Alboth est assassiné dans son appartement à Liebefeld près de Berne. Cet homme avait dirigé la P26 pendant « quelque temps » et avait écrit au conseiller fédéral Kaspar Villiger le 1er mars 1990, proposant de faire toute la lumière sur les armées secrètes. Il ne semble pas qu’il ait glissé tout seul sur sa savonette…

La P26 a stocké des armes et des munitions dans aux moins 7 lieux tenus secrets en Suisse : l’un d’eux, révélé au public, était situé à Gstaad dans l’Oberland bernois. Certains membres de l’organisation ont suivi des cours de formation auprès du MI6 en Angleterre. Au total, cette organisation para-étatique clandestine, comprenait 400 personnes triées sur le volet, effectif appelé à doubler en cas d’urgence, qui auraient eu pour tâche de mettre en place des réseaux de résistance à travers tout le pays.

En plus des actions de renseignement et de résistance en cas d’invasion, elle devait mettre en œuvre un plan d’évacuation du gouvernement suisse en direction de l’Irlande. Plusieurs immeubles en Irlande furent achetés dans cette optique. Albert Bachmann participa à la création de cette armée secrète et à l’achat des terrains en Irlande.

La P26 a été dissoute le 21 novembre 1990. On ignore bien évidemment si elle a été remplacée!

Le fusil d’assaut 57 ou Sturmgeweht 57

L’officier en tenue camouflée ne quittait pas des yeux les dix transports de troupes blindés qui serpentaient un peu plus bas dans la vallée. « Maintenant c’est bon ! Vas-y ! » Le jeune grenadier appuya sur la mise à feu et la montagne trembla. Une partie de la paroi se détacha entraînant dans le vide deux blindés. Une centaine de soldats giclèrent des véhicules épargnés et essayèrent de se déployer. Mais la crête au-dessus d’eux s’illumina. A cinq cents mètres, chaque Sturmgewehr marquait des points. Quelques grenades à fusil bien placées achevèrent de semer la déroute chez l’ennemi. Un officier qui essayait de réagir fut atteint d’une balle entre les deux yeux. Une fois de plus l’extraordinaire précision du fusil d’assaut 57 avait fait merveille.

On décroche ! Nébulogène ! hurla l’officier. Les grenades explosèrent et la fumé s’accrocha aux rochers, permettant aux grenadiers de montagne de se replier. Une vingtaine de soldats venaient de retarder une compagnie d’infanterie blindée ennemie en lui causant de lourdes pertes. Cela grâce à un excellent entraînement, mais aussi à un excellent fusil : le Sturmgewehr 57 ou fusil d’assaut 57 (Fass 57).

 

Le Fusil du citoyen soldat

Ce petit récit est bien sûr purement fictif. Mais en cas de guerre sur le territoire de la Confédération, il est sûr que des faits semblables se produiraient des centaines de fois, brisant le moral des assaillants et le rendant vulnérable aux grosses contre-attaques qui ne manqueraient pas de suivre de telles actions.

L’armée de milice helvétique est la plus importante d’Eu­rope avec 650 000 hommes mobilisables en trois jours et connaissant parfaitement bien le terrain. Même s’il va bientôt être remplacé par une arme plus moderne, le Sturmgewehr 57 est un des artisans principaux de cette politique de défense. Il ne faut pas oublier que la Confé­dération est truffée de sociétés de tir et que déjà, bien avant son service militaire, l’adolescent Suisse est déjà en contact avec les armes à feu et à l’occasion de s’entraîner au sein de sa société de tir régionale prémilitaire. Une fois qu’il a effectué son service militaire, le citoyen suisse garde en permanence chez lui son fusil d’assaut 57 et un chargeur de dix cartouches. Il est de plus astreint certains week-end à des séances de tir obligatoires et, de ce fait, restera toute sa vie lié à son arme,

Du climat subtropical au froid polaire des glaciers

Dans les années cinquante, l’état-major suisse émit un concours pour une arme moderne pouvant tirer en rafa­les et qui pourrait remplacer le mousqueton modèle 31, le fusil mitrailleur et la mitraillette. Ce fut le modèle Fass 57 de la célèbre firme S1G (Schweizerische Industriegeselschaft) de Neuhausen am Rheinfall qui remporta le concours. La S1G avait réussi à produire une arme dotée d’une grande puissance de feu tout en restant simple et maniable comparée au mousqueton. Ces trois conditions ne pouvaient alors être remplies par aucune des autres armes testées, et c’est pourquoi le produit de la SIG fut choisi non sans avoir subi d’éprouvants tests compara­tifs. L’arme fut notamment essayée dans les climats sub­tropicaux des grands lacs de la frontière italienne et dans les froids polaires des grands glaciers qui recouvrent le pays. En 1960, les premiers exemplaires arrivaient dans les écoles de recrues et l’année suivante le Sturmgewehr 57 entrait en service dans les unités,

Le fusil d’assaut 57 est une arme se rechargeant d’elle même par l’effet du recul. Il peut être engagé avec des munitions de 7,5 mm pour les distances jusqu’à 600 m ;

comme arme antichar tirant des grenades performantes à charge creuse à fusil pour les distances jusqu’à 100 m ;

comme mortier tirant des grenades d’acier à fusil et des grenades nébulogènes à fusil jusqu’à 250 m en tir à tra­jectoire tendue et jusqu’à 400 m en tir à trajectoire courbe ;

pour le combat à l’arme blanche.

Les Suisses ont un langage coloré et emploient nébulogène à la place de fumigène, De même, le levier de tir et de sûreté placé sur la poignée pistolet est marquée de trois lettres, à savoir S ; sûreté ou safe, E : Einschusse ou coup par coup et M ; curieusement mitraille pour désigner le tir automatique.

Quoique très longue, l’arme à un aspect classique avec une courte caractéristique, un peu du type MG 34, une boite de culasse, un chargeur lisse de 24 coups et un canon démesuré muni d’une bande ventilée. Un bipied rétractable assure la stabilité de l’arme lors du tir auto­matique. Ne vous fiez cependant pas à cette apparence un peu rétro, c’est une arme des plus redoutables.

A côté de la détente normale, la détente d’hiver est utili­sée pour le tir avec moufles et en particulier lors d’enga­gements des grenades à fusil en trajectoire courbe. Lors­que la détente d’hiver est abaissée, elle actionne la détente au moyen du tenon de détente d’hiver. Lorsqu’un soldat suisse termine sa période annuelle, il rentre chez lui avec son Sturmgewehr, mais doit néan­moins aller régulièrement au stand de tir de sa commune pour s’entraîner. Or, le tir en automatique est interdit sur ces stands. Le constructeur y a pensé et a placé sur la poi­gnée pistolet un petit arrêtoir de tir en rafales mobiles. Dès qu’il va quitter la caserne, le soldat place le coté peint en blanc de cette petite pièce vers l’extérieur du fusil, blo­quant ainsi le dispositif de détente de manière à ce que seul le coup par coup soit possible. Lorsque l’arrêtoir de tir en rafales est engagé du coté noir, le tir automatique est de nouveau possible.

Le dispositif de visée comprend un dioptre et un guidon qui se rabattent et un dispositif de visée pour tir nocturne adaptable. Le dispositif de visée permet de tirer de 100 à 640 m environ.

Le chargeur, comme nous l’avons dit plus haut, contient 24 cartouches de 7,5 mm, une munition très puissante, trop puissante même selon les critères actuels. Chaque soldat suisse emporte avec lui cinq chargeurs. Un char­geur spécial de 6 cartouches propulsives pour grenades à fusil existe. Pour éviter de tragiques méprises, il est peint en blanc et doté d’un système de blocage empê­chant le tir en automatique.

Fonctionnement

Lorsque l’arme est prête au tir, la culasse est fermée et verouillée. Le ressort de fermeture pousse avec sa pointe la came conductrice de la culasse vers l’avant ; la tête de culasse et le coin de la came conductrice sont donc pous­sés l’un dans l’autre et le coin, avec ses surfaces de gui­dage, pousse de côté les deux galets de verrouillage dans les contreforts. Dans cette situation, le chien et le levier de percussion sont tendus.

Le départ du coup s’effectue de la manière suivante : à la suite de la pression sur la détente, le chien est libéré. Sous la pression du ressort de percussion, il frappe le levier de percussion et celui-ci le percuteur, Le percuteur de son côté frappe l’amorce de la cartouche qui fait enfin partir le coup,

Le déverrouillage de la culasse s’effectue de la manière suivante : la pression des gaz provenant de la combus­tion de la poudre pousse d’une part le projectile et agit d’autre part sur la crosse par l’intermédiaire du culot de la douille, de la tête de culasse, des galets de verrouillage et de la boite de culasse. En même temps, la force qui s’exerce sur les galets de verrouillage agit également sur le coin de la came conductrice. Cette dernière glisse en arrière, les galets de verrouillage sortent de leurs contre­forts et la came conductrice tire la tête de culasse en arrière. La culasse ne s’ouvre pas avant que le projectile ait quitté le canon et toute la culasse glisse de ce fait en position arrière.

Pendant le recul de la culasse, l’éjecteur glisse le long de la rainure courbe de guidage. Il est tourné à droite et éjecte la douille. La came conductrice repousse le chien jusqu’à ce qu’il soit engagé à nouveau et le dispositif de détente ainsi que le ressort de fermeture sont tendus. Le ressort du magasin pousse la cartouche suivante devant la tête de culasse.

Pendant la course de la culasse vers l’avant, la cartouche suivante est saisie et poussée dans la chambre. De ce fait, l’index de charge est levé et sort visiblement de la boite de culasse. L’arme est à nouveau prête au tir.

 

Démontage de campagne

En Suisse, patrie de la propreté, les armes sont huilée et nettoyée de manière parfaite, et pour cela, il faut bien sûr démonter son Sturmgewehr 57. On commence par retirer le chargeur et la bretelle après s’être assuré que la cham­bre ne contenait plus de cartouche. Il faut ensuite enle­ver la crosse en pressant sur la sûreté de crosse et en tour­nant à gauche. La culasse sort tout de suite en la tirant vers l’arrière. On enlève ensuite la poignée de charge. La culasse sortie, avec la pointe de ressort de fermeture, on sort la goupille de la tète de culasse et on sépare la tète de culasse de la came conductrice. Il ne reste plus qu’à enlever le dispositif de détente en pressant des deux côtés l’axe de la boite de détente, Une fois chaque pièce bien nettoyée, on peut aller avec ses amis du stand de tir savourer une bonne fondue arrosée du fendant toujours exceptionnel.

Le remontage se fait bien sûr dans l’ordre inverse. Le fusil d’assaut 57 tire une cartouche de 7,5 mm pour fusil pesant 26,8 g. Cette cartouche très puissante perce 60 cm de bois de sapin à 5 m et 55 cm à 1200 m, Il existe également une cartouche propulsive 44 pour le tir de gre­nades, une cartouche lumineuse (traçante), une cartou­che de marquage (à blanc) et une cartouche de manipu­lation pour l’instruction.

 

Les grenades à fusil

L’armée suisse met un accent bien particulier sur le tir de grenades à fusil. Cette mini artillerie du fantassin peut dans un contexte bien particulier être utile. Il sera très difficile de détruire un char moderne avec ce type d’arme, mais pour l’équipage d’un char touché par une grenade à fusil, l’effet psychologique peut être désastreux et entraîner une perte de combativité. De plus, contre de l’in­fanterie à couvert encore la grenade à tir courbe demeure l’arme idéale.

Quatre types de grenades sont employés avec le Sturmgewehr 57 ; la grenade perforante à charge creuse 58 à fusil (antichar) ; la grenade d’acier 58 à fusil qui, lors de l’explosion, envoie, dans un rayon de 15 m au moins, deux éclats dangereux par m2 et dont le souffle est mortel dans un rayon de 4 m ; la grenade nébulogène 58 qui permet de couvrir un objectif ou un chemin de repli d’un brouil­lard artificiel pendant quelques minutes ; la grenade d’exercice 58 à fusil pour l’entraînement.

Une lunette permettant le tir jusqu’à 800 m et une lunette de nuit à infrarouge peuvent également être montées sur le fusil d’assaut 57.

 

Sur le terrain, défaut et qualité

Pour le terrain montagneux permettant des engagements à longue distance, le Sturmgewehr 57 était une arme par­faite. La précision est assurée à six cent mètres et la puis­sante munition traverse facilement un tronc de sapin. Une robustesse à toute épreuve lui permettait de supporter les chocs de la vie militaire. Mais cette arme exceptionnelle est très lourde (le Sturmgewehr 57 est le fusil le plus lourd du monde en service) et très encombrant. Il est difficile à caser dans un véhicule et sa longueur rend les prises de position et le tir difficiles. Le recul est relativement important, et quand on a dans les mains un Sturmgewehr, on peut dire qu’on a un réel  » fusil ». Cependant, à l’heure actuelle, de nouvelles techniques de construction et de nouveaux matériaux permettent la fabrication d’armes plus légères disposant de grandes capacités de tir. De plus les calibres se sont réduits et tous les pays essaient d’exporter leurs produits.

Techniquement, il n’y aurait pas de raison de remplacer le Fass 57. La précision de l’arme et l’efficacité de la car­touche satisfont pleinement aux exigences actuelles, Mais chaque Sturmgewehr 57 a déjà subi deux révisions tech­niques, ce qui est un maximum pour une arme de cette catégorie, Plus de 600 000 Sturmgewehr 57 furent cons­truits entre 1957 et 1983.

Exportation

La firme entreprit également la fabrication d’un Sturm­gewehr 57 en un calibre 7,62 OTAN plus vendable que le 7,5 Suisse. Cette arme baptisée SG 510-4 légèrement modifiée fut adoptée par les armées chilienne et aussi bolivienne.

Aussi, malgré toutes ces qualités, le Sturmgewehr 57 devrait être remplacé prochainement par le fusil d’assaut 90 en calibre 5,56 mm. Mais pendant quelques années, encore le fusil d’assaut 57 garnira les cheminées des citoyens soldats Helvétiques.

 

Données techniques

Arme et munition

Calibre : 7,5 mm (tolérance : + 0,05 mm)

Longueur du canon, y compris le tromblon : 690 mm

Longueur de la partie rayée du canon : 520 mm

Nombre de rayures : 4

Longueur du pas des rayures : 270 mm

Longueur de la ligne de visée : 635 mm

Longueur de l’arme sans baïonnette : 1100 mm

Longueur de l’arme avec baïonnette : 1300 mm

 

Cadence de tir

Tir coup par coup : jusqu’à 10 coups/mn

Tir coup par coup rapide : jusqu’à 60 coups/mn

Tir en rafales (cadence technique) : 450-600 coups/min

 

Grenades 58 à fusil, tir à trajectoire courbe : jusqu’à 3 coups/mn

 

Grenades 58 à fusil, tir à trajectoire tendue : jusqu’à 5 coups/mn

 

Poids

Arme complète, sans magasin : 5,700 kg

Magasin pour munition de 7,5 mm, vide : 0,250 kg

Magasin pour munition de 7,5 mm, rempli de 24 cart. : 0,900 kg

Gaine, vide : 0,800 kg

Gaine avec 4 magasins (96 cartouches) : 4,400 kg

Magasin blanc pour cartouches propulsives 44 pour fusil, vide : 0,230 kg

Magasin blanc pour cartouches propulsives 44 pour fusil, avec 6 cartouches : 0,325 kg

 

Munition de 7,5 mm

Vitesse initiale (Vo) : 750 m/s

Pression maximum des gaz : 3300 atm

 

Grenades 58 à fusil

Poids : 1,160 kg

Vitesse initiale (Vo) :  sans charge propulsive additionnelle : env. 35 m/s

avec charge propulsive additionnelle : env. 70 m/s

Portée maximum de tir en trajectoire courbe :

sans charge propulsive additionnelle : 125 m

avec charge propulsive additionnelle : 400 m

Fort Casso : le Petit Ouvrage de Rohrbach

Le Fort Casso s’inscrit dans un vaste programme de fortification nommé Ligne Maginot. Ce projet trouve ses origines au lendemain de la Première Guerre Mondiale. Suite à la victoire des alliés, la France retrouve l’Alsace et la Moselle, dès lors toutes les fortifications construites en 1871 et 1914 n’étaient plus en mesure de protéger correctement le territoire national. Dès le début des années 1920, le gouvernement et l’état-major se penchent sur le problème de la protection des frontières. Les missions de cette ligne de fortifications sont nombreuses : dissuader toutes tentatives d’attaque surprise de l’Allemagne ou de l’Italie, protéger les frontières avec un contingent limité (les pertes de la Grande Guerre provoquant un vide démographique inquiétant en cas de mobilisation) et servir de point de départ pour contre-attaquer en cas d’agression et ainsi éviter les destructions sur le territoire national, etc…

Construction

Le Fort Casso, ou « Petit Ouvrage de Rohrbach » est un ouvrage de seconde génération. Sa construction débuta en 1934, dura 4 ans et nécessita 6000 m³ de béton et 500 tonnes d’acier.  L’ouvrage est doté d’une cuisine, d’une usine électrotechnique, d’un vaste casernement et de moyens de communication modernes. Pour sa défense rapprochée, l’ouvrage dispose de plusieurs créneaux de tir dans les blocs de combat et de 6 cloches blindées et 2 tourelles à éclipse, le tout équipé de 32 armes automatiques et 8 canons antichar.

Mobilisations et combats

Les travaux à peine terminés, les premières alertes se succèdent. Le 20 septembre 1938, la crise des Sudètes provoque la mobilisation des troupes de forteresse. Pendant 10 jours la troupe sera placée en état d’alerte maximale. Le 1er octobre 1938, suite aux accords de Munich, la démobilisation est ordonnée. Le 13 mars 1939,  les Allemands attaquent la Tchécoslovaquie et la France mobilise à nouveau ses troupes pendant un mois. Le 21 août 1939, la mobilisation est à nouveau ordonnée suite aux menaces allemandes contre la Pologne. Le 1er septembre 1939, l’Allemagne attaque la Pologne et la France réagit en déclarant la guerre à l’Allemagne le 3 septembre. A partir de ce moment, les troupes de forteresse ne quitteront plus leur poste jusqu’à l’armistice en juin 1940.

Dès le début du conflit, la France souhaite agir pour soutenir son allié polonais et lance une offensive limitée dans la Sarre. L’équipage du Petit Ouvrage de Rohrbach voit ainsi passer les troupes françaises qui entrent en Allemagne et se retirent quelques semaines plus tard. A partir de là débute la Drôle de Guerre, période qui durera jusqu’au 10 Mai 1940.

L’Ouvrage restera dans une relative tranquillité jusqu’en mai-juin 1940. Suite à une percée allemande dans la trouée de la Sarre, les combats vont s’intensifier. Le 21 puis le 24 Juin 1940 le Haut-Poirier suivi du Welschhof, ouvrages quasi-similaire au Fort Casso, doivent se rendre. La Wehrmacht compte continuer sur cette lancée et attaque à plusieurs reprises l’ouvrage. Ces attaques soutenues par de l’artillerie seront à chaque fois repoussées grâce au soutien des canons de 75 mm du gros ouvrage du Simserhof.

Le 25 Juin à 00h35, l’armistice entre en vigueur et les hostilités cessent. L’ouvrage sera remis aux autorités allemandes quelques jours plus tard en parfait état de fonctionnement. Les troupes allemandes rendront les honneurs de la guerre à la troupe lors de leur sortie, reconnaissant ainsi la bravoure et le courage de ces hommes restés invaincus. A partir de là, la plupart des hommes seront dirigés vers l’un des nombreux camps de prisonniers de guerre situés en Allemagne.

Après la capitulation

L’armée allemande ne réutilisera pas le fort, ni en 1940 ni lors des combats les opposants aux forces alliées lors de la Libération à l’hiver 1944/45. Ce sera l’armée française qui maintiendra la fortification en état et qui rétablira la Ligne Maginot dans l’après-guerre. La Guerre Froide aidant, les ouvrages sont pour certains maintenus en état opérationnel, ou pour d’autres légèrement modernisés afin de résister aux nouveaux armements. Mais avec l’avènement de l’arme atomique, la fortification semble devenir désuète. Dès les années 1960, décision est prise de ne plus entretenir que quelques rares ouvrages, la majorité étant condamnée par l’Armée.

Depuis 1989, une poignée de bénévoles travaillent à la rénovation, à l’entretien et à la sauvegarde de ce magnifique ouvrage et de son patrimoine militaire…