Archives de l’auteur : Moret Jean-Charles

À propos Moret Jean-Charles

Fondateur de l'Association Pro Forteresse Co-fondateur de l'Association Fort Litroz

Ossuaire de Douaumont – 1914-1918 (Bataille de Verdun)

Ossuaire de Douaumont (Bataille de Verdun)

 Le monument fut conçu après la bataille de Verdun à l’initiative de Mgr Charles Ginisty, évêque de Verdun. Il abrite un cloître long de près de 137 mètres avec des tombeaux pour environ 130 000 soldats inconnus, allemands et français, indéfectiblement entremêlés. En face de l’ossuaire se trouve un immense cimetière composé de 16 142 tombes individuelles de soldats français, dont un carré pour 592 soldats musulmans de l’Empire colonial[].

La bataille de Verdun est une bataille de la Première Guerre mondiale qui eut lieu du 21 février au 19 décembre 1916 près de Verdun en France, opposant les armées française et allemande. Conçue par le général Erich von Falkenhayn, commandant en chef de l’armée allemande, d’après la version qu’il en donna dans ses Mémoires, comme une bataille d’attrition pour « saigner à blanc l’armée française »[3] sous un déluge d’obus dans un rapport de pertes de un pour deux, elle se révélera en fait presque aussi coûteuse pour l’attaquant : elle fit plus de 714 231 morts, disparus ou blessés, 362 000 soldats français et 337 000 allemands, une moyenne de 70 000 victimes pour chacun des dix mois de la bataille[]. On peut noter que selon les travaux historiques récents, notamment ceux de l’historien allemand Holger Afflerbach, l’objectif allemand était plus simplement de prendre le saillant de Verdun, la version d’une bataille d’attrition étant une justification inventée après coup par Falkenhayn pour masquer son échec.

C’est la plus longue et l’une des batailles les plus dévastatrices de la Première Guerre mondiale et de l’histoire de la guerre. Verdun apparaît comme le lieu d’une des batailles les plus inhumaines auxquelles l’homme se soit livré : l’artillerie y cause 80 % des pertes, le rôle des hommes y consiste surtout à survivre – et mourir – dans les pires conditions sur un terrain transformé en enfer, tout cela pour un résultat militaire nul.

Elle se termina par un retour à la situation antérieure. Elle n’en constitue pas moins une grande victoire défensive de l’armée française, jugée a posteriori par les Allemands comme de même nature que la victoire de l’armée rouge dans la bataille de Stalingrad. Parallèlement, de juillet à novembre, l’armée britannique ainsi que l’armée française seront engagées dans la bataille de la Somme, tout aussi sanglante. De plus, du 4 juin au 20 septembre, l’armée russe sera engagée dans l’offensive Broussilov, la plus grande offensive sur le Front de l’Est de l’armée russe de toute la guerre qui contraindra l’état-major allemand à retirer des divisions sur le front de l’Ouest pour les envoyer à l’Est, ce qui contribuera à alléger une partie de la pression allemande sur Verdun.

Alors que, côté allemand, ce sont pour l’essentiel les mêmes corps d’armée qui livreront toute la bataille, l’armée française fera passer à Verdun, par rotation, 70 % de ses Poilus, ce qui contribua à l’importance symbolique de cette bataille et à la renommée du général Pétain qui en commanda la première partie. C’est au général Nivelle que revint le mérite de l’enrayement définitif de l’offensive allemande (juinjuillet 1916), puis de la reconquête du terrain perdu entre octobre et novembre 1916 avec la récupération du fort de Douaumont, aidé en cela par son subordonné le général Mangin.

Verdun sera, comme la Somme, une terrible leçon que certains théoriciens militaires allemands sauront comprendre. L’immobilité du front, malgré les moyens engagés, est due à l’absence de moteur : en 1940, soumise au feu motorisé des Panzers, Verdun tombera en 24 heures.

Contexte militaire au début de l’année 1916

Le jeu des alliances contractées par les différents États en Europe entre 1879 et 1912 avait entraîné la division des puissances européennes en deux blocs à la veille de la guerre : l’Empire allemand, l’Empire austro-hongrois et l’Italie étaient regroupés au sein de la Triple-Alliance; la France, le Royaume-Uni et l’Empire russe formaient quant à eux la Triple-Entente.

Néanmoins, à la suite de la signature du Pacte de Londres, le 4 septembre 1914, les Alliés parvinrent à faire quitter la Triplice (contraction du terme « Triple Alliance ») à l’Italie.

Au déclenchement des hostilités, les puissances centrales se trouvent donc encerclées à l’ouest par les forces anglo-françaises et à l’est par les troupes russes. La stratégie adoptée par le haut-commandement allemand, afin de lui éviter de combattre sur deux fronts simultanément, préconise une offensive massive en France. L’objectif est de prendre Paris à l’intérieur d’un délai de sept semaines pour ensuite développer un effort complet contre les armées russes, plus longues à mobiliser. La première phase de l’offensive allemande, sous le commandement du général von Moltke, est une réussite totale : la poussée a permis l’occupation de la quasi-totalité du territoire belge et d’une bonne partie du nord-est de la France. Ce n’est qu’à partir de la fin du premier mois des hostilités que l’avancée allemande commencera à s’essouffler, alors que le 25 août 1914 von Moltke retire le corps de réserve de la Garde et le XIe corps d’armée du front occidental pour parer une offensive russe en Prusse-Orientale. Ce ralentissement de la progression allemande permet au haut-commandement français de se réorganiser et de placer la 6e armée, nouvellement créée, sur l’aile droite du front, aux environs de Paris. Le 4 septembre 1914, le général Joffre, avisé que le flanc gauche de l’offensive allemande, en continuant sa route vers le sud, devient à découvert, saisit l’occasion et ordonne à Gallieni, commandant de l’armée de Paris, d’attaquer. S’ensuivit la bataille de la Marne, où les forces anglo-françaises repoussèrent les armées allemandes le long de l’Aisne. À la suite de la contre-attaque française, les deux belligérants tenteront réciproquement de déborder le flanc de leur adversaire par le nord, ce sera la course à la mer. Finalement, le front se stabilise sur une ligne faisant 750 km, de la mer du Nord à la Suisse, en passant par Nieuport, Compiègne, Reims, Verdun et la région de Nancy. Les armées s’enterrent. La guerre de mouvement est terminée. Un conflit que tous croyaient ne devoir durer que quelques semaines s’annonce plus long que prévu[].

Durant l’année 1915, le nouveau commandant en chef des forces allemandes, von Falkenhayn, souhaite concentrer son attention sur le front oriental. L’état-major allemand, après les difficiles batailles sur l’Yser et à Ypres à la fin de l’année 1914, prend conscience que toutes les percées sur le front occidental ne pourront avoir lieu, dans la guerre nouvelle, qu’au prix de pertes immenses. La décision est donc prise de profiter de la position du front, lequel est presque totalement en territoire ennemi, pour y conserver une position généralement défensive. Le haut-commandement peut ainsi tenir ce front avec des unités en moins, lesquelles seront redéployées à l’est en vue d’une importante offensive. Le plan de Falkenhayn mise sur la faible densité défensive du front russe et sur les problèmes logistiques de l’armée pour pousser le tsar Nicolas II à signer une paix séparée. En février 1915, une première offensive en Prusse-Orientale, menée par le maréchal von Hindenburg obtient des succès limités. Ce n’est qu’à partir du 2 mai qu’une nouvelle offensive, menée cette fois-ci par le maréchal von Mackensen, permettra la poussée décisive : sur un front de 160 km, les troupes russes sont bousculées de toute part ; le 22 juin la Galicie est libérée. Le 13 juillet, la Grande Retraite se poursuit alors que le commandement allemand est réunifié sous les ordres de Falkenhayn. Quant l’offensive s’arrête le 19 septembre, les forces allemandes occupent Varsovie, Novogeorgievsk, Brest-Litovsk et Vilnius, mais elles n’ont jamais été capables d’encercler les troupes russes, qui se dérobaient toujours vers l’arrière.

Sur le front occidental, les forces anglo-françaises, malgré l’arrivée de nouvelles troupes, connaissent la défaite en Artois et en Champagne. Les tentatives de percée se terminent en combats locaux sans importance stratégique. Alors que ces offensives font entre 310 000 et 350 000 morts dans les rangs français[6], elles n’arrivent pas à ralentir le déplacement des troupes allemandes vers l’est. La guerre sera non seulement longue mais aussi meurtrière[].

C’est au cours de l’hiver 19151916 que les états-majors adverses préparent leurs plans de campagne pour l’année à venir. Après plus d’une année complète d’expériences, les commandements commencent à ajuster leurs stratégies en fonction des conditions de la guerre de positions moderne : la stratégie qui sera adoptée chez tous les belligérants sera celle de la guerre d’usure. Dans les formes nouvelles du combat qui émergent, le rôle du soldat s’efface de plus en plus devant celui du matériel.

Forts de leurs succès offensifs en Russie, les généraux allemands se questionnent sur la marche à donner aux opérations pour l’année 1916. Von Falkenhayn reste sceptique quant à l’opportunité de poursuivre l’offensive sur le front oriental. La campagne précédente a démontré que la stratégie adoptée par le haut-commandement russe empêchera les forces allemandes de réussir toute manœuvre d’encerclement. De plus, il craint les effets pervers d’un engagement trop profond en Russie : les distances séparant le front de l’état-major et la déficience des moyens de communication en Russie pourraient entraîner les troupes allemandes dans une situation identique à celle de la Grande Armée napoléonienne un siècle plus tôt.

C’est donc sur le front occidental que l’armée allemande devra prendre l’initiative. Le général Falkenhayn est toutefois conscient que les méthodes qui ont assuré le succès en Russie ne peuvent mener qu’à la faillite en France. À l’ouest, le front est tenu bien plus solidement par les effectifs anglo-français, toujours plus nombreux. La France et le Royaume-Uni, grâce au crédit octroyé par les financiers américains et au contrôle des mers, ne sont pas confrontés aux problèmes d’approvisionnement que connaissent l’Empire russe et les puissances centrales. Un réseau développé de chemins de fer permet au haut-commandement français de déplacer rapidement troupes et matériel sur tous les endroits du front. Devant cet état de fait, Falkenhayn choisit d’adopter une stratégie tout à fait novatrice : au lieu de tenter une rupture sur un endroit particulier du front, il décide d’amener l’armée française au bout de ses ressources matérielles et morales. Par une suite ininterrompue d’attaques répétées, il souhaite user l’ennemi dans son ensemble.

Du côté des forces de l’Entente, la priorité devient l’organisation concertée des forces sur les deux fronts afin de fixer les troupes des puissances centrales en position. Entre les 6 et 8 décembre 1915, une conférence interalliée à Chantilly adopte le principe d’une offensive simultanée, entreprise « avec le maximum de moyens » sur les fronts occidental, italien et russe. Contrairement au plan allemand, le but de l’offensive est encore ici de créer une percée dans les lignes ennemies. Toutefois, les moyens, eux, seront les mêmes : l’avancée des soldats sera précédée à chaque fois par une gigantesque préparation d’artillerie répartie sur plusieurs jours. Le nouveau credo des forces anglo-françaises est celui du général Foch : « L’artillerie “conquiert le terrain, l’infanterie [l’]“occupe”[]. » Toutefois, la coopération entre les différents alliés demeure très déficiente ; seuls les Français et les Britanniques réussissent à élaborer un plan commun. Les états-majors prévoient d’engager conjointement, autour du 1er juillet, une attaque massive sur un front de 70 km dans le secteur de la Somme. La date choisie avait le double avantage d’être située à la fois dans la période où l’industrie devait fonctionner à son plein rendement et où l’armée russe devait elle aussi engager une offensive[].

Sceptique à propos de la stratégie de l’Entente, où le haut-commandement anglo-français ne semble jamais envisager la possibilité d’une offensive allemande à l’ouest, le général russe Mikhail Alekseïev prophétise que « l’adversaire n’attendra pas que Joffre ait achevé ou non sa préparation ; il attaquera dès que les conditions du climat et l’état des routes le lui permettront[]. »

Contexte socio-économique au début de l’année 1916

Avec la fin de la guerre de mouvement dans les derniers jours de novembre 1914, les États belligérants doivent revoir complètement l’organisation des opérations militaires. Malgré la mobilisation générale des troupes, la guerre n’avait été jusque-là qu’une affaire militaire. Dans la perspective d’un conflit de courte durée, les armées des différents belligérants disposaient d’un stock d’approvisionnement suffisant pour couvrir leurs besoins durant les premières semaines de la guerre. Avec l’enlisement du conflit, la victoire ne reposera désormais plus uniquement sur le jeu des forces militaires : elle dépendra aussi désormais des capacités de l’industrie nationale, de la disponibilité du crédit, de la liberté du commerce, de l’état de l’opinion publique et de l’unité politique du pays. Alors que les tranchées sont creusées tout le long du front, outre le soldat, c’est toute la société qui s’enlisera dans le conflit ; la guerre devient totale.

À la fin de la campagne de 1914, tous les belligérants sont confrontés aux mêmes difficultés économiques. Durant les premiers mois du conflit, l’activité économique avait presque cessé complètement : la mobilisation avait retiré un très grand nombre d’hommes des usines et des champs, le commerce était paralysé parce que l’armée avait réquisitionné les principales voies de communication et le matériel roulant. Cette crise laissait la majorité des non-mobilisés sans emploi : alors que les taux de chômage en France et en Allemagne s’établissaient respectivement à 4,5 % et à 3 % en juillet 1914, ceux-ci grimpent à 43 % et à 22,5 % dès le mois d’août. Avec l’enlisement du conflit et la baisse rapide des stocks des armées, les nations en guerre, en plus de relancer leur commerce et leur industrie, doivent s’assurer de subvenir aux besoins de la troupe et de ceux restés à l’arrière. Dans les conditions de la guerre moderne, le simple jeu des intérêts individuels ne peut permettre de surmonter rapidement l’état de crise dans lequel l’ensemble de la société est plongé. Peu à peu, l’État prendra donc en charge lui-même le développement de la production et de la distribution des biens ; l’interventionnisme économique atteindra des sommets nouveaux, se rapprochant d’un « communisme de guerre ».

Si tous les États sont confrontés aux mêmes problèmes, ils ne disposent toutefois pas des mêmes moyens pour les surmonter. Les Empires centraux, encerclés par les pays de l’Entente, sont soumis à d’importantes pressions économiques. Pays essentiellement industrialisé, l’économie allemande repose en grande partie sur l’importation de matières premières en provenance de Lorraine et de Russie et sur l’exportation de produits manufacturés vers cette dernière. Avec le conflit, le commerce avec ces deux régions est totalement arrêté. Soumis au blocus maritime imposé par la Royal Navy, le commerce allemand tentera de se réorganiser avec les pays demeurés neutres, mais l’influence des pays de l’Entente ainsi que la rareté du crédit et des devises étrangères limiteront grandement ce mouvement. Durant les premiers mois de la guerre, sous la pression de l’industrie, le gouvernement allemand crée plusieurs Offices destinés à rationner l’usage des matières premières et à planifier la production en fonction des besoins de guerre. Les ressources des territoires occupés sont employées afin d’alimenter l’effort de guerre allemand. De leur côté, les industriels se regroupent en spécialités et organisent la répartition de la main-d’œuvre. Malgré tous ces efforts, l’économie allemande sera, à différents degrés, tout le long du conflit, en perpétuel état de pénurie. La menace économique et ses conséquences sociales seront un des grands déterminants de l’attitude générale adoptée par l’Allemagne tout au long du conflit. Consciente de l’urgence, elle sera amenée à faire preuve d’une grande agressivité pour éviter l’étouffement économique. La stratégie adoptée sera celle des luttes d’usure pour presser les nations ennemies vers la paix et de la guerre sous-marine à outrance afin de contrebalancer les effets du blocus.

Pour le commandement français, dirigé par le général Joffre, la guerre de mouvement reste d’actualité. Le chef des armées prête toute son attention à la préparation d’une offensive importante sur la Somme. Il faut percer, reprendre la guerre de mouvements et en finir.

Pour le commandement allemand, en la personne du général von Falkenhayn, chef de l’état major impérial, ce n’est pas tout à fait la même façon d’aborder le problème. Effectivement, il faut en finir avec ce conflit, car pour lui, l’Angleterre cherche à asphyxier les empires centraux dans une guerre d’usure. Mais pour cela il faut rendre la guerre coûteuse aux Anglais par une nouvelle méthode, la guerre sous-marine, et surtout il faut détruire les forces françaises : « les forces de la France seront saignées à mort… que nous atteignions notre objectif ou non »[]. Pour des raisons de stratégie et de fierté nationale, l’Armée Française ne peut reculer et devrait donc s’accrocher à défendre tout objectif sous le feu allemand. D’après la version que von Falkenhayn donne de son plan dans ses Mémoires après la guerre, le but est d’engager une bataille au ratio de pertes favorable à l’armée allemande, et donc de décourager la France pour obtenir l’arrêt des combats.

Le site de Verdun est finalement choisi pour de multiples raisons :

  • Tout d’abord, c’est une position stratégique importante car elle se trouve à proximité immédiate des usines d’obus de BrieyThionville et du complexe ferroviaire de Metz[];
  • Le saillant de Verdun est entouré par les forces allemandes de trois côtés, qui bénéficient d’un réseau logistique de voies ferrées performantes, alors que, du côté français, Verdun ne peut être approvisionné que par une mauvaise route et une ligne de chemin de fer à voie étroite.
  • Les forts du complexe défensif de Verdun sont vétustes, et Joffre a dégarni le secteur, laissant moins de 300 pièces d’artillerie et des unités à faible valeur combattante, ce qui devrait permettre aux Allemands de prendre l’avantage en première partie de bataille.

Des travaux historiques récents, notamment ceux de l’historien allemand Holger Afflerbach, mettent en doute la version donnée par von Falkenhayn. Selon eux, il s’agit d’une justification imaginée après-coup. La bataille aurait plus classiquement eu pour objectif la prise du saillant de Verdun et c’est seulement l’échec allemand qui aurait conduit von Falkenhayn à imaginer de justifier son plan par un objectif d’attrition de l’armée française. À l’appui de cette thèse, on peut notamment signaler que les commandants d’armée allemands à Verdun ont nié avoir eu connaissance d’un plan ayant comme objectif une simple attrition[].

Enfin, il est clair que les Allemands mettent en œuvre leur plan d’attaque plus rapidement que les Français. Sinon, la confrontation aurait très certainement eu lieu sur la Somme[].

État de la défense de Verdun début 1916

C’est un saillant des lignes françaises, cerné de tous les côtés, la Meuse compliquant la défense du secteur. Dans le saillant, se trouve une double ceinture de forts dont ceux de Douaumont et de Vaux. Mais depuis la destruction des fortifications de Liège, Namur et Maubeuge par les obusiers allemands, le commandement français ne croit plus aux places fortes. Les canons des forts de Verdun sont retirés par décret du 5 août 1915, diminuant ainsi très fortement leur capacité opérationnelle[]. Joffre a besoin de ces canons pour l’offensive qu’il projette dans la Somme. De même, les garnisons occupant les forts sont réduites bien souvent à quelques dizaines de combattants, voire moins. Le système de défense est lui aussi parfois ramené à une tranchée au lieu de trois, et les barbelés sont en mauvais état.

Pour ravitailler le secteur, il ne reste plus qu’un chemin de fer à voie étroite (le Chemin de fer meusien) reliant Bar-le-Duc à Verdun, la prise de Saint-Mihiel par les Allemands en 1914 coupant définitivement la ligne de chemin de fer à voie normale reliant Verdun à Nancy par Saint-Mihiel. Véritable tortillard, le Chemin de fer meusien est impropre au transport de matériel lourd. Parallèlement au Chemin de fer meusien se trouve une route départementale que Maurice Barrès appela « la voie sacrée »[]. Ce manque de voies de communication avec l’arrière rend encore plus fragile cette partie du front.

Préparatifs

Le général allemand Falkenhayn choisit donc Verdun pour sa vulnérabilité et aussi du fait qu’il n’aura pas à déplacer beaucoup de troupes. Comptant sur la supériorité allemande en artillerie lourde, il va employer la méthode du Trommelfeuer (roulement de tambour): Les canons ne tirent pas par salves mais en feu à volonté, ce qui effectue un pilonnage continu. La préparation d’artillerie devrait permettre de détruire les défenses du terrain à conquérir.

Les Allemands rassemblent face à Verdun quelque 1 225 pièces d’artillerie de tous calibres dont 542 obusiers lourds. En moyenne, on peut compter un obusier rapide de 210 mm tous les 150 m. Ils déploient 13 obusiers Krupp de 420 mm, 17 obusiers Skoda[] de 305 mm, 2 pièces de marine de 380 mm et les munitions en conséquence, environ 2 500 000 obus. Ils massent 72 bataillons d’infanterie dans des abris enterrés (Stollen)[].

Sur les vingt divisions affectées à l’opération, dix sont prévues pour la bataille proprement dite, les dix autres étant réservées pour une éventuelle bataille décisive sur un autre secteur dégarni en conséquence.

Tous ces préparatifs ne peuvent échapper à l’attention des défenseurs de Verdun qui ne manquent pas de rapporter le renseignement aux plus hautes instances militaires. Ainsi le lieutenant-colonel Driant, commandant des 56e et 59e bataillons de chasseurs, profite de sa qualité de parlementaire, membre de la commission de la défense nationale, pour attirer l’attention du commandement sur le secteur[].

Joffre envoie un détachement du génie, mais il est bien tard. Le général Herr, chef de la région fortifiée de Verdun, dit lui-même « chaque fois que je demande des renforts d’artillerie, le GQG répond en me retirant deux batteries ! »

Depuis la mi-janvier, les préparatifs allemands sont confirmés par le 2e bureau des services de renseignements français, par la reconnaissance aérienne qui prend des photographies inquiétantes et par des déserteurs Alsaciens et Lorrains[]. Joffre reste sourd à ces renseignements

L’apocalypse sur la rive droite de la Meuse

Le lundi 21 février 1916 vers 7 heures, un obus de 380 mm explose dans la cour du palais épiscopal de Verdun. C’est le début d’une bataille inhumaine — opération baptisée Gericht (tribunal) par les Allemands — qui dure dix mois et fait plus de 300 000 morts et 500 000 blessés[].

Un déluge de fer et de feu s’abat sur un front de quelques kilomètres (le bombardement est perçu jusque dans les Vosges, à 150 km). Deux millions d’obus — un obus lourd toutes les trois secondes — tombent sur les positions françaises en deux jours[].

Sur la partie centrale, de long de 15 kilomètres, les allemands installèrent 800 canons[].

À 16 heures, le même jour, 60 000 soldats allemands passent à l’attaque sur un front de six kilomètres au bois des Caures, croyant s’attaquer à des troupes à l’agonie, totalement désorganisées[]. Le 7e corps d’armée (Allemagne) commandé par le général Johann von Zwehl, le 18e corps d’armée (Allemagne) commandé par le général Dedo von Schenck et le 3e corps d’armée (Allemagne) commandé par le général Ewald von Lochow.

L’infanterie allemande effectue une progression limitée, aménage immédiatement le terrain afin de mettre l’artillerie de campagne en batterie. La portée ainsi augmentée, les canons allemands menacent directement les liaisons françaises entre l’arrière et le front.

Les forces françaises sont écrasées par cette pluie d’acier. Le lieutenant-colonel Driant trouve la mort le 22 février dans le bois des Caures. Avec lui, 1 120 hommes tombent. Il n’y aura que 110 rescapés parmi les 56e et 59e bataillon de chasseurs à pied[]. Sur le reste du secteur, les défenses sont broyées, disloquées, écrasées. En quelques heures, les massifs forestiers disparaissent, remplacés par un décor lunaire. Les massifs de Haumont, de Herbebois et des Caures sont déchiquetés, hachés, nivelés. Derrière le feu roulant, le 7e corps rhénan, le 18e hessois et le 3e brandebourgeois avancent lentement.

Le fort de Douaumont, qui n’est défendu que par une soixantaine de territoriaux, est enlevé dans la soirée du 25 février 1916 par le 24e régiment brandebourgeois. Ce succès fut immense pour la propagande allemande et une consternation pour les Français. Par la suite, 19 officiers et 79 sous-officiers et hommes de troupes de cinq compagnies différentes occupent Douaumont qui devient le point central de la défense allemande sur la rive droite de la Meuse. Par cette prise, les Allemands ne se retrouvent plus qu’à 5 km de la ville de Verdun, se rapprochant inexorablement[].

Malgré tout, la progression allemande est très fortement ralentie. En effet, la préparation d’artillerie présente des inconvénients pour l’attaquant. Le sol, labouré, devient contraignant, instable, dangereux. Bien souvent, la progression des troupes doit se faire en colonne, en évitant les obstacles.

Contre toute attente, les Allemands trouvent une opposition à leur progression. Chose incroyable, dans des positions françaises disparues, des survivants surgissent. Des poignées d’hommes, souvent sans officiers, s’arment et ripostent, à l’endroit où ils se trouvent. Une mitrailleuse suffit à bloquer une colonne ou la tête d’un régiment. Les combattants français, dans un piteux état, résistent avec acharnement et parviennent à ralentir ou à bloquer l’avance des troupes allemandes.

Un semblant de front est reconstitué. Les 270 pièces d’artillerie françaises tentent de rendre coup pour coup. Deux divisions françaises sont envoyées rapidement en renfort, le 24 février 1916, sur ce qui reste du front. Avec les survivants du bombardement, elles arrêtent la progression des troupes allemandes. Joffre fait appeler en urgence le général de Castelnau à qui il donne les pleins pouvoirs afin d’éviter la rupture des lignes françaises et une éventuelle retraite des troupes en catastrophe. Le général donne l’ordre le 24 février de résister sur la rive droite de la Meuse, du côté du fort de Douaumont, au nord de Verdun. La progression des troupes allemandes est ainsi stoppée grâce aux renforts demandés par Castelnau jusqu’au lendemain, jour de la prise du fort de Douaumont.

C’est la fin de la première phase de la bataille de Verdun. Manifestement, les objectifs de Falkenhayn ne sont pas atteints. Un front trop limité, un terrain impraticable et la hargne du soldat français semblent avoir eu raison du plan allemand.

Le commandement français réagit

Le 25 février 1916, Joffre décide de l’envoi à Verdun de la IIe Armée, qui avait été placée en réserve stratégique, et dont le général Pétain était le commandant depuis le 21 juin 1915. À la suite des recommandations du général de Castelnau[], il lui confie le commandement en chef du secteur de Verdun.

C’est dans l’hôtel où il se trouve avec sa maîtresse que Pétain est averti de son affectation par son ordonnance, qu’il rejoint aussitôt.

Philippe Pétain est un fantassin de formation, qui n’ignore pas que « le feu tue », comme il le répète sans cesse. Pour lui, la progression de l’infanterie doit s’effectuer avec l’appui de l’artillerie. L’année précédente, la justesse de sa tactique a été démontrée. Il est économe des efforts de ses hommes et veille à adoucir au maximum la dureté des épreuves pour ses troupes.

Dans un premier temps, le général Pétain réorganise la défense. Elle s’articule sur les deux rives de la Meuse, en quatre groupements: Guillaumat, Balfourier et Duchêne, sur la rive droite, Bazelaire, sur la rive gauche. Une artillerie renforcée dans la mesure des disponibilités couvre les unités en ligne. Les forts sont réarmés. Pour ménager ses troupes, il impose « le tourniquet ». Les troupes se relaient pour la défense de Verdun. En juillet 1916, 70 des 95 divisions françaises ont participé à la bataille[].

Dans un second temps, il réorganise la logistique. La seule voie de ravitaillement possible consiste en une voie ferrée sinueuse doublée d’une route départementale. La route ne fait que sept mètres de large et se transforme en bourbier dès les premières pluies. Sur ces 56 km de piste, il fait circuler une succession ininterrompue de camions roulant jour et nuit.

Cette artère vitale pour le front de Verdun est appelée « La Voie sacrée » par Maurice Barrès. Il y circule plus de 3 000 camions, un toutes les quinze secondes. 90 000 hommes et 50 000 tonnes de munitions sont transportés chaque semaine.

Des carrières sont ouvertes dans le calcaire avoisinant. Des territoriaux et des civils empierrent en permanence la route. Des milliers de tonnes de pierres sont jetées sous les roues des camions qui montent et descendent du front. Les deux files font office de rouleau compresseur et dament les pierres.

Un règlement draconien régit l’utilisation de cette route. Il est interdit de stationner. Le roulage se fait pare-chocs contre pare-chocs, de jour comme de nuit. Le flot ne doit s’interrompre sous aucun prétexte. Tout véhicule en panne est poussé au fossé.

La voie ferrée existante est une voie métrique. Elle est intensément exploitée à partir du matériel roulant d’origine (celui du « Petit Meusien mais comme cela ne suffit pas, l’armée utilise aussi des locomotives, voitures et wagons en provenance de toute la France. Alors que le réseau n’est pas dimensionné pour absorber un tel trafic, aucun accident n’est à déplorer. Dans le même temps, les sapeurs construisent une nouvelle voie de chemin de fer, à voie normale cette fois, pour desservir Verdun : la ligne 6 bis. Construite en un temps record, elle contribue à la victoire française en évitant les transbordements en particulier[29].

Enfin, il réorganise l’artillerie. L’artillerie lourde restante est récupérée. Un groupement autonome est créé et directement placé sous ses ordres. Cela permet de concentrer les feux sur les points les plus menacés. Ces changements apportés à cette partie du front font remonter le moral de la troupe qui sent en Pétain un véritable chef qui les soutient dans l’effort et la souffrance.

Pour la première fois depuis le début de la guerre, l’aviation intervient de manière véritablement organisée avec la création de la première grande unité de chasse, chargée de dégager le ciel des engins ennemis, et de renseigner le commandement sur les positions et les mouvements de l’adversaire : « Je suis aveugle, dégagez le ciel et éclairez-moi », leur dira-t-il. Les Allemands sont arrêtés à quatre kilomètres de leurs positions de départ, avance très faible eu égard aux moyens qu’ils ont engagés.

Les combats se livrent sur les deux rives de la Meuse

Le Kronprinz supplie Falkenhayn d’attaquer la rive gauche pour faire taire les canons français. Les Allemands attaquent autour du Mort-Homme, du côté de la rive gauche, du bois des Bourrus, du bois de Cumière et du bois des Corbeaux. Puis ils attaquent sur la rive droite autour du fort de Vaux, de la Côte du Poivre et d’Avocourt. Ce sont à chaque fois des boucheries pour les deux camps. En ces lieux, tant du côté français qu’allemand, ces hommes ont fait preuve tout à la fois de courage, de désespoir, de sacrifice et d’abnégation.

Sur ces positions, les armées françaises et allemandes sont impitoyablement usées et saignées à blanc. Nombreuses sont les unités qui doivent être entièrement reconstituées à plusieurs reprises ou qui disparaissent.

Le 6 mars 1916, les Allemands pilonnent et attaquent le Mort-homme sur la rive gauche. Mais le feu français les arrête. Cette « bataille dans la bataille » va durer jusqu’au 15 mars. Au cours de ces 10 jours, le secteur est transformé en désert. Les combattants des deux bords y connaissent toutes les souffrances.

Simultanément, le 7 mars, les Allemands lancent une offensive sur la rive droite, à partir de Douaumont. Cette partie du front fut le secteur le plus durement touché de la bataille. Le fort de Souville (aujourd’hui totalement en ruine), l’ouvrage de Thiaumont (totalement rayé du paysage), l’ouvrage de Froideterre (qui a bien résisté, bien que les différents organes du fort ne soient pas reliés par des souterrains) permirent à l’armée française de s’accrocher sur la dernière position haute dominant la ville de Verdun. Le village de Fleury-devant-Douaumont fut le théâtre de combats particulièrement intenses, il fut pris et repris seize fois. Mais les Allemands n’iront pas plus loin. Ce village, qui fait aujourd’hui partie des huit villages fantômes de France (qui ont un maire, mais n’ont plus d’habitants), a représenté l’avance extrême de l’armée allemande devant Verdun.

Le saillant de Verdun se transforme en une innommable boucherie où la sauvagerie l’emporte sur toute sorte de compassion.

Le fer, le feu et la boue forment la triade infernale composant la vie du « poilu », mais aussi celle du « Feldgrau » allemand.

Pétain réclame des renforts à Joffre. Mais ce dernier privilégie sa future offensive sur la Somme. Cela fait dire à Pétain « Le GQG me donne plus de mal que les Boches ».

La 11e division bavaroise investit, le 20 mars, la cote 304 qui couvrait de son feu le Mort-Homme. Malgré ces succès, l’offensive générale allemande sur les deux rives de la Meuse est arrêtée par les Français. « Les assauts furieux des armées du Kronprinz ont partout été brisés. Courage… on les aura ! » dira Pétain.

Au début de la bataille les effectifs français étaient de 150 000 hommes. En avril, ils s’élèvent à 525 000 hommes. Cette concentration humaine sur une si faible surface pourrait expliquer dans une certaine mesure le bain de sang que constitue Verdun. Cependant, les Allemands étant arrêtés, Joffre veut quelqu’un de plus offensif pour diriger la bataille. Il nomme Pétain chef du groupe d’armées Centre et le général Nivelle à Verdun.

Ce dernier charge le général Mangin de reprendre le fort de Douaumont. La bataille s’engage par six jours de pilonnage du fort par les Français. L’infanterie prend pied sur le fort le 22 mai, mais en est chassée le 24.

Durant ce temps, 10 000 Français tombent pour garder la cote 304 où les Allemands sont accrochés sur les pentes.

L’artillerie, pièce maîtresse de ce champ de bataille, est toujours en faveur du côté allemand avec 2 200 pièces à ce moment-là pour 1 800 pièces côté français. On dirait que Verdun agit comme catalyseur. Les belligérants ne semblent plus pouvoir renoncer et sont condamnés à investir de plus en plus de forces sur ce champ de bataille qui a déjà tant coûté.

Falkenhayn reprend l’offensive sur la rive droite de la Meuse. Sur un front de six kilomètres, les Allemands sont à quatre contre un. Ils mettent les moyens pour emporter la décision qui tarde depuis si longtemps. À trois kilomètres au sud-est de Douaumont se trouve le fort de Vaux. Il est défendu par une garnison de 600 hommes. L’eau, les vivres et l’artillerie sont en quantité insuffisante. Après une intense préparation d’artillerie, le 1er juin 1916, l’infanterie allemande se lance à l’attaque du fort. Le 2 juin, elle pénètre dans l’enceinte. Toutefois, il faut encore « nettoyer » la place. Les combats se livrent couloir par couloir. Il faut gazer la garnison pour la réduire. Une expédition de secours est anéantie le 6 juin. Finalement, le commandant Raynal, chef de la place, capitule car les réserves d’eau à l’intérieur du fort sont tombées à zéro. Les honneurs sont rendus par l’ennemi aux défenseurs de la place, tous les soldats allemands ainsi que les officiers se sont mis en rangs et ont salué les soldats français, sortant du fort au-delà de l’épuisement.

Les Allemands sont tout près de Verdun dont ils peuvent apercevoir les spires de la cathédrale. Falkenhayn croit la victoire à sa portée. Le 18 juin 1916, il fait bombarder le secteur avec des obus au phosgène. Mais les 70 000 Allemands doivent attendre, l’arme à la bretelle, que le gaz se dissipe pour attaquer. Ce temps précieux est mis à profit par les forces françaises pour renforcer la position. Lorsque l’assaut recommence, le 23 juin, il réussit à occuper la crête de Fleury. Puis les Allemands repartent à l’assaut le 11 juillet après une préparation d’artillerie de trois jours visant le fort de Souville. Ce dernier est écrasé par les obus de très gros calibre car il est le dernier arrêt avant la descente sur la ville de Verdun. Néanmoins, l’artillerie de 75 lointaine ainsi que des mitrailleurs sortis des niveaux inférieurs du fort de Souville portent un coup d’arrêt définitif aux vagues d’assaut allemandes. Une cinquantaine de fantassins allemands parviennent quand même au sommet du fort mais ils sont faits prisonniers ou regagnent leurs lignes : le fort de Souville était définitivement dégagé le 12 juillet dans l’après-midi. Souville marque donc l’échec définitif de la dernière offensive allemande sur Verdun en 1916.

Le sort de la bataille bascule

Le 1er juillet 1916 au matin, les Alliés ont attaqué sur la Somme (Bataille de la Somme). Les Russes avancent sur le front oriental. Les Italiens font reculer les Autrichiens. Des troupes et de l’artillerie ont été prélevées sur le front de Verdun. Ces conditions compliquent la situation du commandement allemand pour continuer les opérations à Verdun.

Le 11 juillet, Falkenhayn lance l’offensive de la dernière chance. Elle est bloquée par le fort de Souville, à trois kilomètres de la ville de Verdun. À ce moment, les Allemands perdent l’initiative.

Du 21 au 24 octobre les Français pilonnent les lignes ennemies. Écrasés et gazés par des obus de 400 mm, les Allemands évacuent Douaumont le 23 octobre. Les batteries ennemies repérées sont détruites par l’artillerie française.

Puis, le 24 octobre, trois divisions françaises passent à l’attaque sur un front de sept kilomètres. Douaumont est repris et 6 000 Allemands sont capturés.

Le 2 novembre, le fort de Vaux est évacué par les Allemands. À la mi-décembre, les troupes allemandes sont refoulées sur leurs positions de départ.

Bilan

C’est une guerre de position, les pertes ont été considérables, pour un gain en territoires conquis nul. Après 10 mois d’atroces souffrances pour les deux camps, la bataille aura coûté 378 000 hommes (62 000 tués, plus de 101 000 disparus, et plus de 215 000 blessés, souvent invalides) aux Français, 337 000 aux Allemands. 60 millions d’obus (une estimation parmi d’autres, aucun chiffre officiel n’existe[]) y ont été tirés, dont un quart au moins n’ont pas explosé (obus défectueux, tombé à plat, etc.[] et 2 millions par les allemands le 21 février 1916. Si l’on ramène ce chiffre à la superficie du champ de bataille, on arrive à 6 obus par mètre carré[]. Ainsi, la célèbre cote 304, dont le nom vient de son altitude, 304 mètres, ne faisait plus que 297 mètres d’altitude après la bataille. Du fait du résultat militaire nul, cette bataille, ramenée à l’échelle du conflit, n’a pas de conséquences fondamentale[].

Le symbole de Verdun

La résistance des combattants français à Verdun est relatée dans le monde entier. La petite ville meusienne, surtout connue pour le traité de Verdun signé en 843, acquiert une réputation mondiale. Cette victoire défensive est considérée par les combattants comme la victoire de toute l’armée française, dont la plus grande partie du contingent a participé aux combats. Sur les 95 divisions de l’armée française, 70 y ont participé. « Verdun, j’y étais ! » affirment, avec un mélange de fierté et d’horreur rétrospective[], les poilus qui en sont revenus. Pour la nation tout entière, Verdun devient le symbole du courage et de l’abnégation.

Tiré de Wikipedia / http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr.

 

La base aérienne américaine de Thulé – Groenland

La base de Thulé

La base aérienne de Thulé se situe à 1500 km du pôle nord. Elle a été construite dans les années 1940 par les Américains puis largement agrandie dans les années 1950. Cette base a longtemps constitué un enjeu géopolitique majeur pour le Danemark et les États-Unis et comporte de nombreuses installations d’observation et de détection mais également une piste de 3000 mètres qui accueille environ 2600 vols militaires et internationaux par an.

La genèse de la base de Thulé

En 1941, le Danemark était occupé par l’Allemagne et l’ambassadeur danois aux États-Unis, en désaccord avec l’occupant, autorisa les Américains à établir des bases aériennes au Groenland. Il s’agissait de protéger la partie nord de l’Atlantique contre le danger des sous-marins allemands. Les Américains sont restés au Groenland et ont obtenu l’accord du Danemark pour défendre sa possession.

Le point de Thulé a été choisi car il situé sur la côte nord-ouest du Groenland, dans une zone qui le met à l’abri des glaces dérivant dans le couloir maritime. Il constitue le point le plus favorable au point de vue climatique et qui soit le plus proche du pôle nord.

Extension

Lors de la guerre froide, le Groenland et la base de Thulé prennent une importance géopolitique majeure. La base militaire américaine est agrandie et devient une véritable enclave de l’armée américaine. Une piste de trois kilomètres de longueur et de plusieurs centaines de mètres de largeur a été construite pour accueillir les avions les plus modernes. Celle-ci nécessitait de nombreuses installations pour permettre son fonctionnement : postes de navigation, de météorologie, radar, ateliers de réparations ainsi que d’énormes réservoirs. L’ancien lit d’un glacier a été choisi pour y établir la piste et une ville a été construite de part et d’autre, face à la mer. On y trouve tous les services nécessaires au fonctionnement de la base ainsi que ceux permettant au personnel et aux familles de vivre dans l’isolement complet de la zone arctique.

La situation géographique de Thulé a permis d’acheminer une partie du matériel de construction de la base par cargo. Mais dès que les routes maritimes ont été fermées par l’enclave hivernale, le transport s’est fait par voie aérienne et d’énormes engins furent chargés dans des avions. Le sol, profondément gelé en hiver, était réchauffé grâce à des canalisations d’air chaud. Par contre, en été, il était refroidit afin d’éviter qu’il ne se ramollisse et que les constructions ne s’affaissent. La base a été construite afin de pouvoir résister aux pires conditions météorologiques possibles, soit des températures pouvant descendre jusqu’à -73°C et des vents pouvant souffler jusqu’à 320 km/h. C’est pourquoi les bâtiments ne touchent pas le sol. Le vent peut circuler et le permafrost se conserve, assurant la solidité de Thulé. Si ce n’était pas le cas, le dégel générant eau et boue rendrait la circulation problématique. Les tuyaux ne pouvant pas être enterrés sont isolés et chauffés.

Implications pour les Inuits

Une population locale de 187 inuits vivant de façon traditionnelle de la chasse et de la pêche a été contrainte de quitter ses terres et de s’exiler à Qaanaaq, à 150 km au nord. Concentrés dans une région moins étendue et moins giboyeuse, les Inuits ont souffert de surpopulation et ont dû peu à peu renoncer aux revenus de la chasse aux phoques et de la pêche à la baleine pour dépendre de l’aide sociale danoise.

Structures et utilisations

La base de Thulé est secrètement transformée en base pour bombardiers. L’armée américaine y teste également le fonctionnement de ses armes ainsi que leur résistance au froid.

En 1954, un mât radio de 378 mètres de haut est construit pour les transmissions télex grandes ondes. A l’époque, il s’agissait de la troisième construction humaine la plus haute.

En 1956-57, des bombardiers américains décollent de Thulé avec pour mission d’inspecter les défenses soviétiques.

La construction de Camp Century démarre en 1959. Thulé, situé à 240 km a été la principale base de soutien pour la création de cette base militaire souterraine. Elle fonctionna de 1959 à 1967 et son objectif était l’acheminement de 600 missiles nucléaires au plus près de l’URSS grâce à des tunnels creusés sous la calotte glaciaire. Le projet fut abandonné mais a permis l’obtention des premières calottes de glace analysées.

Dans les années 1960, l’armée américaine a investi plus de cinq milliards de dollars afin de transformer Thulé en base ultra-moderne de détection. Un radar faisant partie du réseau « Ballistic Missile Early Warning System » a été construit en 1961. Son rôle est de détecter une attaque de missile balistique survolant la région polaire de l’hémisphère nord. Durant cette période 10 000 personnes travaillent à Thulé.

A partir de 1965, les activités de Thulé baissent et beaucoup moins de personnes vivent et travaillent sur place.

L’accident de Thulé

Le 21 janvier 1968, un B-52 américain s’écrase sur la banquise à proximité de la base de Thulé. Il transportait quatre bombes à hydrogène lorsqu’un incendie intérieur a contraint l’équipage a effectuer un atterrissage d’urgence à Thulé. Lors du crash, trois bombes ont explosé entraînant une contamination radioactive, alors que la quatrième n’a jamais été retrouvée. Les États-Unis et le Danemark lancent une importante opération de nettoyage, réquisitionnant pour cela des Inuits qui ont été exposés aux radiations. Nombre d’entre eux sont morts des suites de leur contamination tandis que d’autres ont développé des maladies plusieurs années après l’accident. Cet événement ajouté au déplacement de population lors de l’extension de la base a encore accentué le ressentiment des Inuits vis à vis des Américains.

Aujourd’hui…

Une des principales fonctions de la base est de faciliter la recherche et l’exploration de l’arctique. Thulé a souvent été comparée à une base lunaire : en hiver elle est totalement isolée, recouverte de neige et de glace et plongée dans la nuit totale. En été, le port est ouvert pour une durée de six semaines et les navires s’y rendent pour fournir le ravitaillement extérieur nécessaire à la survie des habitants. Il y a environ 1000 personnes sur place, essentiellement de nationalité américaine, canadienne et danoise, dont le rôle est de détecter les missiles pouvant être lancés contre le Canada et les États-Unis. Ils fournissent également des informations à la NASA lors des lancements de satellites ou de navettes spatiales.

Source : Wikipedia – Le Groenland.fr.

A59 Démolition du fortin (novembre 2008)

D’importants travaux concernant la création d’une nouvelle usine de production hydroélectrique imposent l’élargissement de la route qui passe devant l’ouvrage antichars A59 à la Madeleine-Châtelard. La démolition, en novembre 2008, de ce petit ouvrage de 30 m2 a pris deux semaines avec les moyens modernes utilisés. Il est intéressant de noter que dans la dalle de couverture de l’ouvrage (1,20 m d’épaisseur), des rails de chemin de fer constituaient la base de celle-ci, à environ 10 cm de la surface inférieure. D’autre part, le pot d’embrasure est impressionnant par sa dimension pour un petit ouvrage, et par son poids: environ 1800 kilos ! Des trois ouvrages frontières qui existaient durant la guerre, il n’existe désormais plus que le A60 qui constituait une position d’arme bétonnée pour une mitrailleuse.

 

A59 Fortin antichars La Madeleine

Au départ de la route de Châtelard-Giétroz, un bloc de rocher contourné par la route: c’est l’ouvrage antichars. Celui-ci est de petite taille, environ 5m par 6 mètres. Il est totalement camouflé en rocher et maçonnerie. Le dessus de la dalle de l’ouvrage est couvert d’éboulis. Il est vraiment difficile, même pour des visiteurs attentifs de savoir qu’il s’agit d’un ouvrage antichars. Son embrasure de tir est située dans l’axe de la route internationale et par celle-ci on distingue le poste de douane à  700 mètres. Il était équipé d’un canon antichars de 9 cm de forteresse sur affût à pivot. La ventilation était assuré par un système manuel.

Il a été démoli pour effectuer un élargissement de la route (voir sujet « Démolition fort de la Madeleine – Châtelard).

Ferry à Rjukan-transport eau lourde-Norvège

« SF Hydro » était un ferry à vapeur norvégien conçu pour le transport de wagons de chemin de fer près de Tinnsjø dans le Telemark. Le ferry, exploité entre Maël et Tinnoset entre 1914 et 1944, reliait les deux chemins de fer Rjukanbanen et Tinnosbanen. Cette ligne de chemin de fer a été utilisée pour le transport des matières premières et des engrais de l’usine Norsk Hydro à Rjukan jusqu’au port de Skien, où elles étaient ensuite transbordées sur bateau pour l’exportation.
Le 20 février 1944, ce Ferry a été la cible d’une opération de sabotage exécutée par la résistance norvégienne au profit des Services secrets britanniques, quand des combattants de la résistance ont coulé le bateau dans les profondeurs du fjord de Tinnsjø afin d’empêcher l’armée d’occupation allemande de transférer en Allemagne les réserves d’eau lourde produte à l’usine Norsk Hydro.

Le ferry « SF Hydro »

Les ferries de chemin de fer exploitent, dans la région, une ligne de 30 kilomètres (19 miles) reliant Tinnosbanen à Rjukanbanen. Outre des passages, chaque ferry de la compagnie peut transporter douze wagons, transportant principalement des engrais, du nitrate de potassium et de l’ammoniac, tous produits à l’usine Norsk Hydro de Rjukan.
« SF Hydro » était le deuxième navire livré pour le service de la ligne, le navire initial « SF Rjukanfos » avait été livré en 1909, mais s’est vite révélée trop petit pour le service. Hydro a été commandé à Akers Mek Verksted le 19 Juillet 1913.

Le ferry « SF Hydro » était plus grand que son prédécesseur, avec une longueur de 53 mètres (174 pi) et une capacité de transport de 493,6 tonnes brutes. Comme tous les ferries de chemin de fer, le pont de chargemen était équipé de deux voies ferrées parallèles, qui se rejoignent à l’avant pour permettre l’embarquement et le débarquement des wagons. La longueur totale des voies était de 80 mètres, ce qui permettait de transporter douze wagons pour un poids total de 300 tonnes, ainsi que 120 passagers. Il était équipé de deux moteurs à vapeur, chacun de 190 kW (250 ch), lui assurant une vitesse de croisière de 8 noeuds (15 km/h).

La production d’eau lourde, un enjeu stratégique pour le IIIe Reich

L’occupation allemande de la Norvège (1940-1945) au cours de la Seconde Guerre mondiale a provoqué des opérations massives de la résistance norvégienne et des Alliés contre les forces d’occupation du Troisième Reich dans la région de l’usine stratégique de Vemork, près de Rjukan.
En février 1940, avant l’occupation, de la région de Vestfjorddalen, les quais d’embarquement ont été interdits au public. Les forces d’invasion allemandes atteignent Rjukan un mois après le début l’invasion de la Norvège. Les ferries ont été camouflés et en Janvier 1941 le manque de charbon a obligé les bateaux à vapeur à utiliser du bois en remplacement.

Un des sous-produits à Rjukan était la production d’eau lourde, un élément clef dans la mise au point d’armes nucléaires où il est utilisé comme modérateur. L’usine d’hydrogène Hyro Norsk de Vemork était le plus important producteur d’eau lourde au monde à l’époque. En 1939 la société allemande IG Farben, possédant 25% des parts de Norsk Hydro, a demandé l’autorisation d’importer cinq litres d’eau lourde en Allemagne. Ce fut refusé en raison de l’absence d’une licence d’exportation. En 1939-40 la production de Vemork était de 20 kilogrammes par an, en 1942, la production avait augmenté à 20 kilogrammes par jour.

La première tentative de stopper la production par le mouvement de résistance fut l’opération menée en octobre 1942, qui a échoué quand les Allemands ont capturé les partisans. Pour diminuer les risques de sabotage, dès le le 7 Avril 1942, les Allemands limitèrent le transport de passagers de Ingolfsland Station à Rjukan uniquement aux soldats, aux policiers, aux travailleurs de l’usine et aux écoliers. Tous les wagons remplis d’ammoniac furent dès lors entreposés dans un tunne,l sous bonne garde.

Le 16 Novembre 1943, l’United States Army Air Forces tenta de bombarder l’usine d’hydrogène de Vemork. L’attaque fit 21 victimes civiles, mais ne réussit pas à endommager l’usine d’eau lourde, car les sept étages du bâtiment tétaient construits en béton armé qui résista à l’effet de souffle.

Après ce bombardement, les Allemands décidèrent d’arrêter la production d’eau lourde de Rjukan et de transférer au cœur de l’Allemagne le reste de l’hydroxyde de potassium servant à distiller l’eau lourde. La résistance norvégienne eut vent de ce plan et entreprit d’entreprendre une action pour couler le ferry « SF Hydro » chargé du transport.

20 Février 1944: le sabotage du « SF Hydro »

Le samedi 19 Février 1944, le directeur de l’usine Hydro Norsk informa  la direction du chemin de fer qu’un wagon transportant de l’hydroxyde de potassium serait chargé le lendemain à bord du ferry de Maël à 9h04 pour qu’il soit déchargé à Tinnoset à 11h35, après deux heures et demi de trajet sur le fjord. Le wagon transportait 39 barriques, dont 5 barils de 70 kg (150 lb) qui devaient être déchargés à Notodden. Les wagons furent transférés de Rjukan et chargés à bord du ferry le samedi. Un seul gardien devait monter la garde à bord du wagon durant la nuit précédant le départ.

Le soir même, tandis que deux civils, Jon Berg et Oskar Andersen, gardaient le ferry Hydro, les  saboteurs Alf Larsen, Knut Lier-Hansen, Rolf Sørlie et Knut Haukelid firent irruption sur le quai des ferries après avoir découpé la clôture ceinturant le périmètre de sécurité. Ils montèrent à bord du navire mais furent découverts par l’un des deux gardes. Sans se démonter, Lier-Hansen indiqua au garde qu’il était un travailleur et qu’il désirait dormir à bord afin d’attendre le départ prévu le lendemain. Dans la nuit, les saboteurs pénétrèrent sous le pont et se dirigèrent vers la quille où ils passèrent 2 heures à placer 8,4 kg (19 lb) d’explosif plastique pour éventrer le navire et le faire sombrer au fond du fjord.  L’explosion ferait sauter un à deux mètres carrés de la coque, ce qui provoquerait une énorme voie d’eau. Une fois les explosifs posés, les saboteurs réussirent à quitter le navire sans être inquiétés. Larsen et Haukelid partirent pour la Suède tandis que Sørlie se retira à Hardangervidda.

Haukelid avait déterminé que l’explosion devait être assez puissante pour couler le navire, mais pas assez grave pour causer des pertes parmi les passagers et les membres d’équipage. La minuterie de la bombe avait été réglée pour que le navire sombre dans la partie la plus profonde du lac, mais suffisamment près du rivage pour permettre à tous les survivants d’avoir de bonnes chances d’être sauvés. Le temps était calme, avec une température était de 9°C sous zéro. Le 20 Février 1944, juste avant d’atteindre le phare de Urdalen, la bombe explosa. Le ferry chercha aussitôt à se rapprocher le plus possible du rivage, mais l’équipage ne réussit pas à desserrer tous les canots de sauvetage, et il n’y avait pas d’instructions à bord pour l’utilisation des gilets de sauvetage. Au moment où l’équipage quitta le pont, le navire avait déjà basculé à tel point qu’il était possible de marcher sur le flanc de la coque du ferry.  A 10h30, le « SF Hydro » coula comme une pierre et sa carcasse se posa sur le fond du fjord, à 430 mètres de profondeur. Les agriculteurs de toutes la région voisine du fjord sortirent immédiatement leurs bateaux et se portèrent à la rescousse de l’équipage et des passagers.

En tout, 18 personnes trouvèrent la mort suite à l’explosion et 29 autres survécurent au naufrage. Parmi les victimes, on dénombrait 8 soldats allemands, les 7 membres d’équipage du ferry et 3 civils. Parmi les sauveteurs norvégiens, quelques-uns  étaient d’avis de ne pas secourir les Allemands victimes du naufrage, mais cette attitude n’a pas prévalu et quatre soldats allemands ont été sauvés. Tous les passagers purent être sauvés, sauf un des douze passagers qui se retrouva bloqué sous le pont et mourut noyé. Huit jours après l’incident, le « SF Rjukanfos » se rendit sur le lieu du naufrage pour un service commémoratif.

De l’eau lourde à bord du ferry?

Au cours des années 1990, l’épave du « SF Hydro » a pu être localisée grâce à un mini-sous-marin. 600 kg d’eau lourde a été trouvée à bord, dans des bariques scellées, ne laissant aucun doute quant au fait que le ferry transportait effectivement une cargaison d’eau lourde le jour où il a été coulé. Deux de ces barils ont été récupérés, et l’un d’entre eux peut être vu à Norsk Industriarbeidermuseum de Vemork, Rjukan. L’analyse du contenu d’un baril étanche, récupéré lors de l’opération (baril n ° 26) a confirmé qu’ils contenaient de l’eau lourde.
La polémique entourant ce naufrage aurait du s’arrêter là. Mais depuis la fin des années 1990 et au cours des années 2000, plusieurs chercheurs allemands ont retrouvé, en Allemagne, des témoins et des documents qui semblent indiquer que la cargaison coulée le 20 février 1944 à bord du ferry ne constituait qu’une faible partie des réserves d’eau lourde stockées à Vemork. Selon ces témoignages, les Allemands auraient eu vent de la volonté de la résistance d’empêcher le transfert de l’eau lourde en Allemagne, En conséquence, les Allemands ne mirent pas tous les œufs dans le même panier et qu’ils réussirent tout de même à transférer en Allemagne de grosses quantités d’eau lourde produites à l’usine de Vemork, qui furent acheminées par camions jusqu’à des ports de la côte norvégienne…

Usine eau lourde Vemork – Norvège

En 1934, Norsk Hydro construit à Vemork, en Norvège, la première installation de production d’eau lourde commerciale, d’une capacité de 12 tonnes par an. Pendant la seconde guerre mondiale, les Alliés décidèrent de détruire l’usine afin d’empêcher l’Allemagne de développer des armes nucléaires.

En 1942, un raid de parachutistes anglais échoue dans cette mission, leur planeur s’écrasant près du site. Tous ses membres décèdent dans l’accident ou sont tués par les Allemands.

En février 1943, un groupe de douze agents britanniques est parachuté en Norvège ; le commando parvient à perturber la production pendant deux mois, en dynamitant les installations. Le 16 novembre 1943, les Alliés larguent plus de quatre cents bombes sur le site de production, incitant le gouvernement nazi à déplacer en Allemagne toute la production.

Le 20 février 1944, Knut Haukelid, un partisan norvégien, coule le bac convoyant l’eau lourde sur le lac Tinn (Tinnsjå en norvégien). Ce sabotage coûta la vie à quatorze civils norvégiens ; Contrairement à ce que les Alliés ont longtemps prétendu, les Allemands auraient en réalité eu vent de ce raid et auraient leurré les Alliés, l’essentiel de l’eau lourde ayant été évacuée en réalité par camions, si bien qu’elle parvint intact en Allemagne où elle fut pleinement intégrée au programme de développement d’armes atomiques et nucléaires alors en cours.

L’histoire du sabotage de l’eau lourde de Vemork a servi de fil conducteur au film Les Héros de Télémark produit en 1965 et interprété entre autres par  Kirk Douglas.

Histoire

En 1906, Norsk Hydro a lancé la construction de ce qui devait devenir le plus grand complexe hydro-électrique au monde. Après six ans de travaux, la centrale de 60 MW de Vemork, près du village de Rjukan, était la plus puissante au monde en 1911. Le coût du projet était si grand qu’il fallut obtenir des prêts en dehors de l’Europe. Les unités de production 1 à 5 furent construites par Voith et AEG, alors que les unités 6 à 10 furent construites par Escher Wyss et Oerlikon.

Le site devait alimenter en énergie le procédé Birkeland-Eyde. Plus tard, il fut modifié pour fabriquer l’eau lourde grâce à l’électrolyse de l’eauNorsk Hydro fit construire une unité pour fabriquer de l’eau lourde à haute concentration, mais n’a jamais motivé sa décision. La production commença en décembre 1934.

Sabotage

En 1940, le gouvernement français acheta le stock complet d’eau lourde de la Norvège. Les autorités allemandes avaient également offerts d’acheter le stock, mais le gouvernement norvégien avait reçu des informations sur un possible usage militaire et préféra le remettre à un agent français, qui le fit parvenir en contrebande en France via l’Angleterre. Après la défaite de la France, le stock fut remis aux Britanniques pour éviter que l’Allemagne nazie ne fasse main basse sur le précieux liquide stratégique.

Lors de l’occupation de la Norvège par les forces armées allemandes, durant la seconde guerre mondiale, plusieurs tentatives de sabotage furent commandées par le SOE britannique dans le but de freiner la progression du programme atomique allemand. Cinq attaques furent effectuées contre le site[] :

  1. Le 18 octobre 1942, des commandos norvégiens du SOE effectent une mission de reconnaissance (opération Grouse) pour préparer le raid de sabotage.
  2. En novembre 1942, le SOE lance l’opération Freshman, visant à saboter les installations. L’avion du commando s’écrase et les survivants sont capturés et exécutés par l’armée allemande.
  3. Le 28 février 1943, un commando norvégien détruit le bâtiment d’électrolyse de  Vemork à Rjukan, provoquant la perte de 500 kg d’eau lourde.
  4. Le 16 novembre 1943, l’armée américaine lance une  attaque aérienne sur Vermork, mais n’obtient pas de résultats significatifs.
  5. Le 20 février 1944, enfin, la résistance norvégienne parvient à couler le ferry D/F HYDRO qui emporte des barils d’eau lourde en Allemagne. C’est en réalité un leure, les Allemands ayant finalement pris soin d’évacuer l’essentiel de l’eau lourde par convoi terrestre.

En 2009, le site est classé musée industriel par la Norvège. L’une de ses expositions présente en détail les faits survenus pendant les missions de sabotage.

 

 

 

 

 

A08 – Fortin infanterie canon ach 9 cm et PC bat -Bourg-St-Pierre

A8 Fort-Roc de Raveire – Bourg St Pierre

Secteur: Val d’Entremont, Bourg-Saint-Pierre

Situation: Roc de Raveire

Altitude: 1740 m

Type: souterrain

Construction: Béton armé

Affectation: position de barrage et PC

Catégorie: fortin d’infanterie

Effectif: 10 hommes

Mission: barrer la vallée et l’axe routier en amont du village de Bourg-Saint-Pierre

Armement: 1 canon d’infanterie 4,7 cm, remplacé par un canon antichars 9 cm modèle 1950

Embrasures: 1 embrasures de tir

Défense-

Infrastructures: logements intérieur

Camouflage-

Particularité-

Etat actuelCanon ach 9 cm en place.

A07 – Fortin Sarreire Ouest

Secteur: Val d’Entremont, Bourg-Saint-Pierre

Situation: Sarreire

Altitude: 1800 m

Type: souterrain

Construction: sous roc

Affectation: position de barrage

Catégorie: fortin d’infanterie

Effectif: 10 hommes

Mission: barrer la vallée et l’axe routier en amont du village de Bourg-Saint-Pierre

Armement: 1 canon d’infanterie 4,7 cm, remplacé par un canon antichars 9 cm modèle 1950, 2 mitrailleuses Mg 11, remplacées ensuite par 2 mitrailleuses Mg 51

Embrasures: 3 embrasures de tir

 

Défense

Infrastructures: logements intérieur et extérieur

Camouflage: –

Particularité

État

actuel vidé et désarmé

A06 – Fortin d’infanterie – Sarreire Est

Secteur: Val d’Entremont, Bourg-Saint-Pierre

Situation: Sarreire

Altitude: 1780 m

Type: souterrain

Construction: sous roc

Affectation: position de barrage

Catégorie: fortin d’infanterie

Effectif: 10 hommes

Mission: barrer la vallée et l’axe routier en amont du village de Bourg-Saint-Pierre

Armement: 3 mitrailleuses Mg 11, remplacées ensuite par 3 mitrailleuses Mg 51

Embrasures: 3 embrasures de tir

 

Défense

Infrastructures: logement intérieur

Camouflage: faux rocher en treillis modelé dissimulant l’accès et les embrasures

Particularité

Etat actuel: vidé et désarmé.

A6243 Fort d’artillerie de Reuenthal – Argovie

Deux Musées – Une seule histoire

Le fort d’artillerie de Reuenthal est situé dans le canton d’Argovie, à quelques 6 kilomètres de la centrale nucléaire de Leibstadt, pratiquement en face de la petite ville allemande de Waldshut. Construit peu avant le début de la 2ème guerre mondiale, cette important ouvrage d’artillerie a été démilitarisé à la fin des années 1980, du fait qu’il ne correspondait plus aux standards et à la doctrine militaire de l’époque, mais aussi pour des raisons d’économie.
Cheville ouvrière de la préservation de ce patrimoine militaire suisse, l’Association du Musée militaire de Reuenthal a pu entrer en possession de la fortification en 1989 et s’est lancée avec succès dans la restauration et la protection non seulement du fort d’artillerie, mais aussi d’une bonne trentaine d’autres ouvrages militaires, toblerones (obstacles contre les chars), casemates et abris d’infanterie, datant de la même époque.

En juin 2004, l’Association, honorée de la présence du Conseiller fédéral Christophe Blocher, a pu fêter l’ouverture du Musée militaire suisse de Full. Situé dans l’ancienne zone industrielle de la petite bourgade du même nom, le musée est à seulement 10 minutes de marche du fort d’artillerie de Reuenthal. Le bâtiment abrite sur plus de 10 000 m2 de nombreux blindés ou véhicules militaires suisses et étrangers. Il présente également une collection exceptionnelle d’armements provenant de l’ancienne fabrique suisse de matériel militaire Oerlikon-Bührle, notamment toute la gamme des canons DCA antiaériens.
C’est ainsi que se trouvent réunis sous la même égide, deux Musées idéalement complémentaires, offrant un témoignage concret de l’Histoire militaire suisse du 20e siècle.

Le Musée militaire de Full
Grâce à un important travail de recherches de fonds, à des dons et à l’engagement personnel de nombreux membres, l’Association a pu acheter une ancienne halle de fabrication sur le site d’une usine désaffectée. Des travaux de rénovation, d’adaptation et de mise aux normes ont été réalisés pour offrir au visiteur un vaste panorama de ce que fut l’armement durant le deuxième conflit mondial et son évolution durant la guerre froide.
Une partie importante de la surface est réservée à l’imposante collection dont le Musée est devenu le conservateur et le dépositaire, qui provient de la fabrique d’armements Oerlikon-Bührle.
Spécialisée dans le développement et la fabrication de canons antiaériens et d’armes de bord pour avions et navires de guerre, cette firme, de renommée mondiale, a gardé depuis 1920 un exemplaire de tous les prototypes construits, des pièces produites en série et des armes achetées à l’étranger en vue de procéder à des essais comparatifs.
La collection comprend également les esquisses et des plans de ces armes, ainsi que ceux d’équipements dont l’étude fut abandonnée.
L’exposition montre également, dans la halle principale et sur les différentes plate formesdes étages qui s’élèvent à travers le bâtiment, tout une série de véhicules blindés chenillés et sur pneu, tous spendidement restaurés et pour certains remis en état de marche.
Ainsi, le char Praga tchèque datant de 1939, commandé à douze exemplaires par l’Armée suisse juste avant la guerre et qui servit dans la Wehrmacht sous différentes formes jusqu’en 1945. Des exemplaires du char de combat russe T 34 et T 85 figurent à côté de véhicules de transports de troupes comme les chenillettes anglaise Bren Carrier et française Hotchkiss, de pièces d’artillerie de 150, de matériel de transmission, de camions et de la fameuse jeep américaine. Depuis l’automne 2004, une rampe de lancement d’un missile allemand V1, datant de 1944, trône également au milieu de l’exposition. Le clou du musée demeure toutefois le mythique char de combat KÖNIGSTIGER, récupéré dans les années 2000 dans les Ardennes belges, et qui a été entièrement restauré et remis à neuf!
Des armes plus modernes, tel le char suisse type 68, un Léopard 1 allemand ou encore une batterie DCA guidée par radar figurent en bonne place.
Attraction unique dans un Musée, le simulateur de conduite d’un tank permet au visiteur, après quelques indications, de se lancer sur un terrain virtuel au commande d’un char suisse modèle 60/88 et de se déplacer comme s’il était réellement au poste de pilotage du blindé.
Le « Bistro militaire », au rez de chaussée, offre boissons et petite restauration. Une boutique à proximité propose tout une palette de souvenirs, cartes postales, militaria, livres et modèles réduits.
Le samedi, les visiteurs peuvent assister aux évolutions de véhicules à chenilles et à pneus sur l’aire de la grande cour devant le Musée. A ne manquer sous aucun prétexte!

L’ouvrage d’artillerie de Reuenthal
Mis en chantier en 1937, l’ouvrage était destiné, en cas de conflit, a interdire le franchissement du Rhin par des forces militaires venant l’Allemagne, dans un secteur s’étendant jusqu’au canal d’Albruck-Doggern. Cette construction, motivée par des considérations d’économie locale, avait pour but de détourner les eaux du fleuve, laissant un lit asséché au bas de la ville de Leibstadt.
Deux canons d’artillerie de 7,5 cm sous abris pouvaient tirer à une distance d’environ 10 à 11 km afin de soutenir par leur feu les troupes d’infanterie engagées pour combler et défendre la brèche laissée ouverte par la disparition de la protection naturelle qu’offrait le Rhin. L’ensemble de la forteresse était et reste entouré d’un réseau de défense rapprochée constitué de fortins équipés de mitrailleuses, de réseaux de barbelés et d’obstacles anti-chars.

Entièrement autonome, le fort pouvait abriter l’effectif d’une batterie d’artillerie, soit environ 90 hommes, disposant de 2 groupes électrogènes, d’approvisionnement en eau indépendant, d’un bloc opératoire, d’une cuisine avec réfectoire et de locaux de stockage pour munitions et nourriture, sans oublier les dortoirs pour la troupe et l’installation de ventilation / filtration.
L’accès aux pièces d’artillerie, aux postes d’observation et aux emplacements de combat est assuré par de nombreux couloirs s’étendant sur près de 3 km, dont certains sont équipés de rails à écartement réduit pour permettre le transport de la munition sur de petits wagonnets.

La construction a été entièrement rénovée par les bénévoles de l’Association du Musée. Le fort, remis dans l’état où il se trouvait au début de la 2ème guerre mondiale, à retrouvé son armement ainsi que son équipement d’origine.
La dimension des locaux permet la présentation d’une rétrospective retraçant l’histoire de la fortification, grâce à des documents et à du matériel, celle des mouvements d’extrême-droite en Suisse pendant la guerre, ainsi qu’une collection d’armes légères. Des expositions temporaires sont régulièrement organisées sur un thème particulier.
Une taverne souterraine, la « Barbara » , accueille les visiteurs à plusieurs dizaines de mètres sous terre, dans une ambiance conviviale style guerre froide, offrant une cuisine simple et un grand choix de boissons.