Archives de l’auteur : Moret Jean-Charles

À propos Moret Jean-Charles

Fondateur de l'Association Pro Forteresse Co-fondateur de l'Association Fort Litroz

Char américain A4M1 Sherman en Moselle

Lors d’un voyage en France, plus précisément en Moselle, au bord d’une route, près d’un petit village, nous nous sommes arrêtés afin de voir en détail les restes d’un char Sherman ayant combattu lors de l’avance alliée en 1944-1945.

Ce char était incorporé dans une unité française et a terminé sa carrière à l’endroit ou il se trouve actuellement. Vous remarquerez les nombreux impacts d’obus et le blindage traversé à plusieurs endroits. Il paraît fort probable que l’équipage n’a pas survécu à ces impacts.

Remarquez particulièrement les deux impacts sur la tourelle.

Char américain A4M1 Sherman en Moselle

Lors d’un voyage en France, plus précisément en Moselle, au bord d’une route, près d’un petit village, nous nous sommes arrêtés afin de voir en détail les restes d’un char Sherman ayant combattu lors de l’avance alliée en 1944-1945.

Ce char était incorporé dans une unité française et a terminé sa carrière à l’endroit ou il se trouve actuellement. Vous remarquerez les nombreux impacts d’obus et le blindage traversé à plusieurs endroits. Il paraît fort probable que l’équipage n’a pas survécu à ces impacts.

Remarquez particulièrement les deux impacts sur la tourelle.

Char américain A4M1 Sherman sur la place de Montfaucon – Argonne

Le M4 est certainement le modèle de char de la seconde guerre mondiale le plus connu avec le char Tigre. C’est avec le char Sherman que le général Patton a libéré la France. Sa silhouette caractéristique en fait le symbole de l’US Army.

L’installation de ce Sherman a pour objectif  de rappeler que le village a été libéré à deux reprises par les troupes américaines commandées par le général Patton : en novembre 1918 il arriva à la tête d’un char Renault ; en août 1944 le général était à bord d’un char Sherman.

Le char Sherman mis a disposition par le Musée des blindés de Saumur, a été entièrement rénové. La prochaine étape sera d’installer à ses cotés un char Renault de 1918.

Pegasus Bridge (Normandie)

Il s’agit d’un pont basculant du type Scherzer. Initialement construit en 1935, l’original a été remplacé par un nouveau pont similaire mais plus long en 1994 (afin d’accroitre la largeur praticable du canal et inauguré lors du cinquantième anniversaire du débarquement de Normandie). La longueur de la travée basculante est de 45,70 m. Le pont porte la route départementale D 514.

L’ancien pont, qui avait déjà été rallongé et dont le plancher avait été retiré, reste visible au Musée de l’Aspeg Pegasus Bridge & Batterie de Merville situé entre le canal et l’Orne.

Il doit ce surnom à un commando de la 6th Airborne Division (6e division aéroportée britannique) qui portait le nom et l’emblème du Pégase et qui était chargé de sa prise sous les ordres du major John Howard dans la nuit du 6 juin 1944.

Les soldats, amenés par trois planeurs Horsa le 6 juin 1944 à minuit vingt, réussirent à se poser à environ deux cents mètres du pont sans se faire remarquer par l’armée allemande. Trois autres planeurs portaient un autre commando qui devait prendre le deuxième pont sur l’Orne. Chaque planeur était composé d’environ trente hommes. Pendant cette opération, Herbert Denham Brotheridge, fut le premier soldat allié mort au combat le jour J et quatorze furent blessés.

Le piper Bill Millin a participé à la prise du pont, armé de sa seule cornemuse écossaise, parmi les renforts débarqués à Sword Beach. Des soldats alliés auraient traversé le pont au son de son instrument  peu après 12 h, le feu entre les soldats britanniques et allemands cessant, puis reprenant à son passage au son de Blue bonnets over the border. Cet épisode, ainsi immortalisé par le film Le Jour le plus long, n’est pas réellement confirmé par Bill Millin qui aurait à peine eu le temps de commencer à jouer à la fin de la traversée. C’est le pont Euston 2 chevauchant l’Orne, deux cents mètres plus loin, qui aurait été franchi au son de sa cornemuse.

Le café Gondrée, situé à 20 m du Pegasus Bridge où se trouvaient Thérèse et Georges Gondrée, est la première maison de France continentale à avoir été libérée. Ce café est inscrit au titre des monuments historiques depuis 1987 (puis 1993). La plaque commémorant l’authenticité de cet événement a été inaugurée en juin 1954. Cependant, l’historien Norbert Hugedé, affirme dans son ouvrage dédié à l’opération Deadstick que c’est la maison située en face et appartenant à Louis Picot qui a été contrôlée la première lors des combats. La maison Gondrée n’aurait ouvert ses portes aux soldats alliés qu’au petit matin du Jour J.

L’ensemble du site Pegasus Bridge (pont et ses abords), à cheval sur les communes de Bénouville et Ranville a été inscrit en 1972 puis classé en 2010 en tant que site naturel classé. En 2006, 11 parcelles pour un total de 10,5 ha ont été affectées au conservatoire de l’espace littoral et des rivages lacustres.

Peu avant la mise en place du nouveau pont à bascule en 1994, des travaux ont été nécessaires pour l’entretien des berges du Canal de l’Orne. Un canon antichar, situé à proximité du pont et appartenant à l’ancien point d’appui allemand codé Widerstandsnest 13 (abrégé en Wn 13), a été déplacé d’une dizaine de mètres pour l’éloigner de la berge. Il n’est plus aujourd’hui à son emplacement initial.

 

LES CANONS GÉANTS DE 80 cm « GUSTAV » et « DORA »

Le mythe de la Ligne Maginot, réputée imprenable et indestructible, poussa les Allemands à concevoir un canon suffisamment puissant pour percer ses formidables défenses. Le résultat final fut les monstrueux canons de siège « Gustav » et « Dora » qui constituent les pièces les plus lourdes jamais conçues sur rail et dont le calibre atteignait 80 cm (voir les photos à la suite du texte).

Leur histoire débute en 1935, lorsque le Heereswaffenamt (HWA) demanda à la firme Krupp quelles caractéristiques devait avoir un canon pour battre en brèche la Ligne Maginot, comme l’avaient fait les obusiers Krupp de 42 cm contre les fortifications de Liège en 1914.  Les experts de Krupp proposèrent des solutions balistiques pour des canons de différents calibres (70, 80 ou 100 cm).

En 1936, Hitler renouvela la question lors de sa visite aux usines Krupp et on lui soumit les mêmes propositions. Comme le Führer s’enquérait de la faisabilité d’un tel projet, on lui répondit que cela posait certes des difficultés mais que ce n’était pas impossible. Flairant une bonne affaire et connaissant le goût maladif de Hitler pour les projets titanesques et démesurés, le baron Gustav Krupp von Bohlen und Halbach fit établir aussitôt des plans techniques pour un canon de siège géant de 80 cm. Ceux-ci furent soumis au HWA en 1937 et Krupp reçut très vite commande de 3 pièces.

Les travaux débutèrent dès l’été 1937, dans la perspective de livrer le premier canon dans le courant du printemps 1940. Le défi technique était e taille.

Krupp conçut deux types de projectiles de 80 cm pour son canon géant :

  • L’obus de rupture anti-béton, pesant 7’100 kg, qui permettait de battre en brèche n’importe quelle position fortifiée jusqu’à 38 km de distance, en utilisant une charge de 2’100 kg.
  • L’obus explosif de 4’800 (kg), propulsé par une charge explosive de 2’240 kg et dont la portée atteignait 47 km.

On a de la peine à imaginer l’ampleur du défi technique que cela représentait, tant les chiffres sont énormes. Pour rendre les choses plus parlantes, cela équivalait à expédier à une quarantaine de kilomètres un obus pesant le poids d’un autobus chargé de 40 passagers, en utilisant une charge propulsive équivalente au poids d’une grosse limousine Mercedes !  Rien de moins ! Cela impliquait de concevoir un canon d’une taille colossale, à côté duquel les mortiers de 42 cm utilisés durant la première guerre mondiale feraient figures de modèles réduits… Et comme si le défi n’était pas assez compliqué, il fallait que ce canon fût mobile pour pouvoir se déplacer facilement d’un point à l’autre du front, en fonction des nécessités opératives.

Vu le poids et les dimensions gigantesques du canon, il était évidemment impossible de le déplacer d’une seule pièce, ni même en deux ou trois parties… L’affût à lui seul mesurait plus de 12 m de large, ce qui impliquait de le scinder en deux, à la fois verticalement et horizontalement, pour permettre son transport par voie ferrée. Il ne tenait pas sur une seule voie ferrée, si bien qu’on imagina finalement de l’installer sur deux trains de bogies disposés en tandem et immobilisés sur deux voies ferrées parallèles !

Les parties constitutives du « monstre » furent donc dessinées de façon que chacun d’elles puisse être démontée et transportée par chemin de fer, sans dépasser le tonnage maximal toléré par le matériel roulant et les ouvrages d’art.

Seuls les bogies supportant la plate-forme de base, étaient tractés le long des voies ferrées. Tout le reste de la plate-forme, de l’affût et de la superstructure était démonté et acheminé séparément, de même que le berceau et le tube. Des wagons plats furent spécialement construits pour ce type de transport.

Chaque canon était servi par une unité comptant 1’720 hommes, placée sous le commandement direct d’un général.

A cet incroyable caravansérail s’ajoutait, pour chaque canon :

  • les trains de munitions,
  • les trains de voyageurs transportant les servants,
  • un train transportant le magasin de pièces détachées,
  • un train équipé d’une grue géante pour le montage et le démontage de la pièce,
  • deux trains hérissés de canons de Flak pour la défense antiaérienne du « monstre »,
  • un train transportant la compagnie d’infanterie chargée de la protection de la pièce et de la sécurisation du périmètre.

Mise en batterie du canon

L’emplacement choisi pour le tir correspondait toujours à une courbe du réseau ferroviaire, de façon à permettre le pointage en avançant ou en reculant la pièce le long de la voie ferrée.

En arrivant, la première chose que faisait l’unité était d’aménager la position en installant quatre voies parallèles dans le virage : les deux voies situées le plus à l’extérieure servaient à déplacer la grue géante et étaient également utilisées pour approcher les trains de munitions et de pièces détachées.  Les voies intérieures accueillaient les 2 trains de bogies destinés à supporter le canon, qui étaient acheminés séparément et immobilisés côte à côte dans la courbe. On installait ensuite la plate-forme de base qui permettait de relier les boggies et de les solidariser. Puis on procédait au montage de l’affût, du berceau et du canon, grâce à la grue géante qui permettait de lever les divers éléments, de les mettre en place et de les assembler. Une fois l’affût monté, on installait le porte tourillond, le berceau portant les tourillons, et enfin le manchon. La partie arrière du tube était ensuite insérée dans le manchon, puis on procédait à la fixation de la partie avant qui était bloquée en position par d’énormes boulons d’acier. Chacun  des éléments du tube pesait plus de 100 tonnes. La dernière étape était l’assemblage des éléments de la culasse, puis l’installation du bloc de culasse. Le montage  de la pièce prenait du temps et il fallait compter plusieurs semaines avant que le canon soit prêt à tirer.

Une fois achevé, l’ensemble mesurait 42,97 m de long et 12 m de large, pour un poids total de 1’350 tonnes. La longueur du tube atteignait 32,48 m…

Une fabrication plus compliquée que prévu

En fait, en mai-juin 1940, les 3 canons géants commandés par Hitler étaient loin d’être achevés car la firme Krupp s’était heurtée à des difficultés techniques imprévues, dues essentiellement au gigantisme du projet. Si bien que la Ligne Maginot fut contournée par les Allemands sans l’assistance qu’aurait put fournir les trois monstres de 80 cm.

Selon certaines sources, Hitler aurait d’ailleurs eu des paroles très dures pour la direction de Krupp après l’achèvement de la campagne de France, ajoutant qu’il avait impérativement besoin de ces canons pour lancer l’assaut contre la forteresse britannique de Gibraltar s’il obtenait de Franco l’autorisation d’acheminer des troupes à travers l’Espagne. Le projet avait été baptisé « opération Félix » et aurait dû être appuyés par les Brandebourgeois et les Fallschirmjäger,  mais le Führer n’obtint jamais la permission du Caudillo.

Un premier tube fut achevé à la fin de 1940 et testé au banc de tir au début de 1941. L’affût n’ayant pas été fabriqué tant que le canon n’était pas prêt, sa fabrication requit l’essentiel de l’année 1941. Si bien que ce n’est qu’au début 1942 que le premier canon fut terminé. Baptisé « Gustav », en l’honneur du prénom du baron Krupp, il fut aussitôt acheminé vers la côte de la mer Baltique et remonté sur le polygone de Rügenwalde pour procéder aux premiers essais de tir. Hitler tint à y assister personnellement et se montra très impressionné par le gigantisme du colosse d’acier et par son énorme puissance de feu. Gustav Krupp le présenta à Hitler en déclarant qu’il s’agissait là de sa contribution personnelle à l’effort de guerre.

Un second canon géant fut achevé en 1942. Il fut baptisé « Dora », du nom de l’épouse d’Erich Müller, le dessinateur en chef de la firme Krupp. Quant au troisième, la construction des ses éléments ne faisait que débuter.

« Gustav »

Dès la fin des tirs d’essai à Rügenwalde, « Karl » fut démonté et acheminé vers le front de l’Est pour participer au siège et à l’écrasement de Sébastopol, en Crimée. Il prit position à Bakhchisary, à 16 km au nord de la place forte russe, et tira 48 projectiles sur la place assiégée. Sa réussite la plus spectaculaire fut le tir d’un obus de rupture de 7 tonnes sur un magasin à munitions de la baie de Severnaïa, qui s’enfonça profondément dans le terrain, perça la voûte de maçonnerie et provoqua l’explosion générale de la position, causant de très sévères pertes aux Soviétiques…

Après la chute de Sébastopol, « Gustav » fut démonté et ramené à l’usine Krupp d’Essen pour procéder à un ré-usinage du tube. En comptant les tirs d’essai et de réglage, ainsi que les obus tirés à Sébastopol, la pièce avait tiré plus de 300 coups et était complètement usé…

« Dora »

Dès son achèvement en 1942, « Dora » fut également dirigé sur le front de l’est et acheminé vers Stalingrad, où il devait contribuer à l’écrasement de la cité pour hâter sa chute. Il est impossible de reconstituer son parcours sur place et de déterminer dans quelle mesure il participa effectivement au siège, vu le caractère lacunaire et souvent contradictoire des documents. Il est toutefois certain qu’il n’y resta pas longtemps et que les Allemands le retirèrent assez vite, car il n’y était déjà plus lorsque les Armées soviétiques prirent au piège la VIe armée du général von Paulus, en novembre 1942. Il aurait été impossible de le démonter et de le déplacer dans un délai si court s’il avait encore été sur place lorsque l’Armée rouge lança l’attaque.

Selon certains témoignages, « Gustav » aurait ensuite été envoyé à Leningrad à la fin 1942, pour pilonner la cité et hâter sa chute. L’un des deux canons géants aurait également été employé lors du soulèvement de Varsovie, en 1944, pour écraser les insurgés. En fait, il semblerait que les témoignages en question aient confondus les deux canons géants avec les mortiers géants autopropulsés « Karl » de 60 cm, à qui il faut probablement attribuer ces deux actions.

En 1943, « Gustav » et « Dora » furent à nouveau expédiés sur le polygone de Rügenwalde, pour procéder à des tirs de réglage et d’exercice.

Puis ils disparurent définitivement et on perd totalement leur trace jusqu’en mai 1945, lorsque la 3e Armée U.S. découvrit des parties de « Gustav » en Bavière. Des éléments de « Dora » furent mis au jour par la suite près de Leipzig, et des parties du troisième canon géant, qui ne fut jamais achevé, furent saisis dans l’usine Krupp d’Essen et sur le terrain d’expérimentation de Meppen, appartenant également à la firme Krupp. Ces fragments épars étaient incomplets et très insuffisants pour reconstituer un canon. On ignore ce que les parties manquantes sont devenues…

Le mystère qui entoure la fin de ces canons géants demeure toujours d’actualité, et il est probable que ce voile ne sera jamais totalement levé. Du point de vue technique, ces « monstres » furent une véritable prouesse industrielle. En revanche, leur valeur en tant qu’armes est très discutable car ils furent une perte de temps, d’argent et de moyens qui auraient sans doute été plus profitables ailleurs. Chaque canon coûta la bagatelle de 7 millions de Reichsmark ! Avec cette somme, on aurait pu construire 56 chars Tiger I qui auraient sans doute causé beaucoup plus de pertes et de soucis aux Alliés…

Données techniques :

Type                     canon lourd géant

Catégorie             artillerie de siège

Calibre                  80 cm

Constructeur       Krupp (Essen)

Conception          1937

Fabrication           1941-42

Mise en service   1942

Poids total            1’350 tonnes

Longueur totale   42,97 m

Largeur totale      12,00 m

Longueur tube     32,48 m

Portée                   38 km avec l’obus de rupture / 47 km avec l’obus explosif

Munitions             – un obus de rupture anti-béton de 7’100 kg.

– un obus explosif de  4’800 kg.

Charge                  2’100 kg pour l’obus de rupture / 2’240 kg pour l’obus explosif.

Nombre                3 unités, dont deux achevées (« Gustav » et « Dora »).

 

Pont métallique américain sur la Meuse à Vacherauville

En 1945 la France était saignée à blanc et de nombreuses destructions étaient à réparer d’urgence afin de rétablir le fonctionnement normal de la nation.

Sur la Meuse, près de Vacherauville, un pont enjambant la Meuse était détruit. Pour le remplacer, on a prélevé un élément d’une jetée d’un des deux ports artificiels établis en Normandie par les alliés.

Il est remonté sur la Meuse et c’est le seul élément connu, dit-on,  qui existe encore de ces ports artificiels.

Il est très difficile à trouver et il faut se renseigner dans un village de la région, sans quoi vous ne le trouverez jamais !!

A577 LE FORT D’ARTILLERIE DE VALLORBE / PRÉ-GIROUD

Situation générale

Achevé en 1940, l’ouvrage suisse de Pré Giroud se trouve dans le massif du Jura, au-dessus de la localité de Vallorbe. Il est installé à flanc de montagne, face à la trouée du col de Jougne et au débouché du tunnel ferroviaire du Mont-d’Or, qu’il avait mission de barrer. Il occupe donc une position frontale face à la frontière française, sur l’un des rares axes de pénétration qui permettent de franchir la chaîne du Jura depuis la Franche-Comté voisine. Cette situation en font une position idéale pour un fort d’arrêt isolé.

Mission

La mission de l’ouvrage était multiple:

 Barrer la trouée de Jougne face à la France, de façon à interdire l’utilisation de cet axe routier par des colonnes motorisées ou blindées cherchant à pénétrer sur le territoire suisse depuis la Franche-Comté.

  1. Battre le débouché du tunnel ferroviaire du Mont d’Or, de façon à empêcher toute utilisation de la ligne de Chemin de Fer Paris –Dijon – Lausanne par un agresseur potentiel, quel qu’il soit.
  2. Soutenir la défense du secteur frontalier et interdire la route de la vallée de Joux.
  3. Protéger les barrages anti-chars et les ouvrages minés installés sur les principaux axes de pénétration dans ce secteur frontière.
  4. Harceler l’ennemi dans les intervalles pour l’obliger à disperser ses moyens et affaiblir ainsi son effort principal.

Un fort d’arrêt isolé articulé sur 3 niveaux

L’ouvrage de Pré-Giroud est conçu comme un fort d’arrêt isolé. Il occupe une position frontale et dominante, face à la direction d’attaque potentielle.

Il comporte 6 casemates répartis en éventail dans le terrain et étagées dans la pente. Ces casemates forment un périmètre défensif cohérent en forme de triangle. Ce triangle, dont la base est tournée face à la pente (direction de l’ennemi), est délimité par un réseau de barbelés  qui entoure ce qu’on appelle la « zone de mort ». La partie du terrain située à l’intérieur de cette zone est en effet battue par le feu croisé d’au moins deux casemates, de façon à interdire toute infiltration d’infanterie. Elle permet aux blocs de combat de se flanquer mutuellement et de protéger les embrasures des pièces, situées au centre du périmètre.

A cela s’ajoutent 3 fortins d’infanterie indépendants, implantés à l’extérieur du périmètre et dispersés aux 3 angles du triangle ainsi défini. Leur mission était d’assurer la protection à distance de l’ouvrage. Contrairement aux 6 casemates, ces fortins n’étaient pas reliés au fort mais entourés par une double rangée de barbelés.

Les 6 casemates principales sont reliées par un réseau de galeries souterraines qui communiquent également avec les organes vitaux de l’ouvrage (caserne, salle des machines, magasins à munitions). Toutes les installations sont souterraines et creusées dans le roc de la montagne, selon le principe généralisé en Suisse. Seule les rares parties exposées affleurant du sol (embrasures de tir) sont protégées par une masse couvrante de béton. Le reste est totalement invisible.

Armement

 Les casemates d’artillerie (armement 1939-1945)

Seules les casemates C1, C2 et C3, situées au milieu du périmètre, étaient dotées de pièces d’artillerie. La mieux armée était la casemate centrale (C2), qui possédait 1 canon de calibre 7,5 cm modèle 1939 à culasse semi-automatique (destiné au pilonnage du secteur frontière et des axes de pénétration), plus un canon anti-chars de 4,7 cm à culasse semi-automatique et un poste d’observation. Les deux autres casemates latérales (C1 à l’est, C3 à l’ouest) n’étaient armées que d’un canon de calibre 7,5 cm modèle 39 à culasse automatique. Le canon de 4,7 cm a été remplacé plus tard par une pièce antichars de calibre 9 cm.

Les casemates d’infanterie (armement 1939-1945)

La défense rapprochée du triangle de la « zone de mort » était assurée par le feu croisé de 3 casemates d’infanterie (M1, M2, M3), implantées à la base et au sommet du triangle de mort. Les blockhaus M1 et M4 possédaient chacun 1 mitrailleuse 11 de calibre 7,5 cm à refroidissement à eau, 1 poste d’observation et une sortie de secours. Les deux autres casemates (M2 et M3) étaient équipées pareillement, mais sans poste d’observation.

Les fortins de protection extérieurs

L’armement des 3 fortins situés à l’extérieur de la zone de mort (achevés en 1941) comprenait 2 mitrailleuses 11 par ouvrage, soit un total de 6 armes.

Toutes ces armes étaient installées sur des affûts de forteresse à embrasure minimum, équipés de panorama permettant le tir sans visibilité (nuit, brouillard, neige, fumée, etc.). Les cibles étant prédéfinies et numérotées sur ces panoramas, il suffisait de placer l’index de l’arme sur le point choisi pour que le canon soit pointé exactement vers le but désiré !

Concept et construction

Le fort a été conçu par le bureau fédéral des constructions à Berne (BBB) entre 1935 et 1936. La construction, amorcée en 1937 a été achevée en 1939 pour le fort, en 1941 pour les fortins indépendants extérieurs. D’après le témoignage de soldats ayant servi dans l’ouvrage en 1940, les essais des pièces de calibre 7,5 cm eurent lieu alors que les Allemands étaient déjà parvenus au poste frontière de Jougne!

Durant toute la mobilisation, l’ouvrage demeura sous la responsabilité et le contrôle direct de la compagnie couverture frontière volontaire, rebaptisée ensuite compagnie garde de fortification 1, stationnée à Vallorbe, qui assura tout au long de la guerre l’entretien de l’ouvrage entre les périodes d’occupation.

La caserne et la salle des machines

La caserne et la salle des machines, creusées profondément dans le sous-sol, sont situées dans la zone de l’ouvrage équipée d’une protection collective. A l’intérieur de ce périmètre protégé, l’air était ventilé et maintenu constamment en surpression par rapport à l’extérieur, pour éviter toute infiltration venant du dehors. L’étanchéité de la zone était assurée par des sas munis de portes étanches spéciales, conçues ingénieusement par le major Willy Elfer. Le cas échéant, en cas d’incendie ou d’attaque par les gaz de combat, l’air était filtré avant d’être diffusé dans les locaux, pour éviter l’intoxication de la garnison.

La caserne souterraine, prévue pour l’effectif d’une compagnie, comprend 2 réfectoires pour 60 et 40 hommes, 3 dortoirs pour 103 hommes, une cuisine avec dépendance, une infirmerie avec salle d’opération, un bureau (commandant) et un poste de commandement. Un central téléphonique assure les communications avec l’extérieur et entre les différentes parties de l’ouvrage.

La salle des machines abrite 2 groupes électrogènes diesel-électriques (garantissant l’autonomie énergétique du fort), le système de ventilation collective, les batteries de filtres (CO pour le monoxyde de carbone, C pour la lutte contre les toxiques de combat) et un petit atelier permettant les réparations de fortune.

La défense du secteur durant la mobilisation

Durant la mobilisation, la défense du secteur frontière de la trouée de Jougne fut assurée par 2 bataillons frontière de fusiliers (Bat. fr. fus. 213 et 214) tandis que le fort de Pré-Giroud était occupé par la compagnie de forteresse 91 (Cp. fort. 91). Le dispositif était complété par un détachement de mineurs, par les Gardes frontière postés à Vallorbe, la Garde locale et un détachement de défense aérienne passive (D.A.P., précurseur de l’actuelle protection civile), plus quelques gendarmes.

Quelques dates marquantes

1937              : début de la construction du fort de Pré-Giroud.

1938              : les Allemands envahissent l’Autriche et la Tchécoslovaquie.

29 août 1939  : mise sur pied des troupes de protection frontière suisses.

30 août 1939  : le Conseil fédéral nomme le général Guisan à la tête de l’armée suisse.

2 sept. 1939   : mobilisation générale de l’armée suisse, en réponse à l’invasion de la Pologne.

10 mai 1940   : Hitler lance sa grande offensive contre le Benelux et la France.

12 mai 1940   : les panzers percent les lignes françaises à Sedan et se ruent vers la Manche.

26 mai 1940   : les tenailles de l’armée allemande se referment sur la poche de Dunkerque.

27 mai 1940   : visite du général Guisan à Vallorbe.

3 juin 1940     : les Allemands sont devant Paris.

15 juin 1940   : les Allemands arrivent en force à la frontière suisse de Vallorbe.

22 juin 1940   : la France humiliée et écrasée signe l’armistice avec les forces de l’Axe.

1941              : achèvement des petits fortins de protection extérieure du Fort de Pré-Giroud.

6 juin 1944     : les Alliés débarquent sur les plages de Normandie.

15 juin 1944   : mise sur pied des troupes frontière suisses. Pré-Giroud est en alerte !

27 août 1944  : les Allemands quittent définitivement la frontière de Vallorbe.

28 août 1944  : un détachement de F.F.I. remplace les Nazis à la frontière de Vallorbe.

12 sept. 1944 : arrivée à Vallorbe d’une jeep américaine portant un drapeau suisse.

24 avril 1945  : le maréchal Pétain est remis au général Koenig à la frontière de Vallorbe.

7 mai 1945     : capitulation officielle du IIIe Reich allemand.

1988              : le Fort de Pré-Giroud est la première fortification suisse à ouvrir au public!

 Pour en savoir plus :

Pourquoi une forteresse à Pré-Giroud Vallorbe ? ouvrage de M. André Jaillet édité en 1988 par la Fondation du fort de Vallorbe. 2ème édition 1993. Imprimerie Vallorbe S.A. 66 pages richement illustrées.

VISITES DU FORT DE PRÉ-GIROUD

Informations et réservations:

tél.       ++41 21 843 25 83

++41 21 843 22 62

contact@vallorbetourisme.ch

www.vallorbe.ch/tourisme/visite/fort

Comment y arriver:

Depuis la Franche-Comté: suivre la E23 / N57, direction Pontarlier – Lausanne, jusqu’à Vallorbe. Depuis Genève et Lausanne: Autoroute E23 / N1 en direction de Dijon, Besançon, jusqu’à Vallorbe.

Depuis Bern et Zürich: autoroute E25 / N1, direction Lausanne – Genève, puis E23 direction Dijon.

L’itinéraire d’accès est balisé et fléché depuis le centre du village de Vallorbe.

 

Les derniers revolvers d’ordonnance de l’armée suisse M. 1882 et 1882/1929

Des mécaniques robustes qui ont fait leurs preuves dans l’armée, la police, les douanes et le privé.

Le revolver 1872/1878 a été vendu à prix réduit à tous les officiers qui en ont fait la demande. Ces derniers sont loin d’être satisfaits, ils lui reprochent :

  1. a) poids trop considérable ;
  2. b) volume trop grand qui rend l’arme peu transportable ;
  3. c) recul trop violent, cause de déviation du projectile ;
  4. d) munition trop volumineuse et trop lourde

Pour remédier à ces inconvénients, la commission chargée de préaviser sur l’adoption d’un nouveau modèle a fait, depuis deux ans, des essais avec des revolvers de calibre réduit (9 mm), elle est convaincue qu’un revolver au calibre 7 mm pouvait remplir toutes les conditions de pénétration et de précision qu’on est en droit d’attendre d’une arme de guerre.

Le colonel Rodolf Schmidt

Divers modèles furent construits sur ces bases dont les plus parfaits ont été présentés par le lieutenant-colonel Rudolf Schmidt qui étudie cette question depuis nombre d’années.

Rodolphe Schmidt est né à Bâle en 1832. Ses parents le destinaient à l’indus­trie de la soie, mais de bonne heure, il montra des aptitudes pour l’armurerie et la technique des armes à feu. Recrue d’in­fanterie en 1853, lieutenant en 1855, capi­taine de chasseurs en 1860, il s’occupait avec passion, soit dans ses services mili­taires, soit au civil, des questions de tir. En 1870 il est major d’infanterie, en 1871 major à l’état-major général, en 1876, lieu­tenant-colonel et en 1881, colonel d’infan­terie. En 1861, un travail de concours sur un nouvel armement de l’infanterie suisse avec un fusil de précision de petit calibre, le fit remarquer. Il obtint un premier prix et sa nomination comme contrôleur d’ar­mes en 1864 et en 1867 contrôleur en chef. A cette époque, il fut placé à la tête de la commission chargée d’étudier l’intro­duction du chargement par la culasse. Trois ans plus tard, sur son initiative, en 1871, la Fabrique fédérale d’armes était créée provisoirement et définitivement en 1875. Il en fut le premier directeur et de­meura en fonction 24 années, jusqu’en 1894. Pendant cette longue période, il a dirigé toutes les transformations aux­quelles donnèrent lieu l’armement de l’in­fanterie. Il a publié de nombreux ouvrages dont la valeur technique est incontestable, par exemple : « Le développement des ar­mes à feu, (Schaffhouse, 1869). Les ar­mes suisses à répétition, fusils, carabines, mousquetons (Baie, Genève, Lyon, 1873), Les nouvelles armes à feu portatives, avec atlas (Baie, Genève, Lyon, 1877), Les nou­velles armes à feu portatives (1889), etc. Il était un collaborateur à l’Allgemeine Militär Zeitung de Darmstadt (Allemagne). En 1880, il construit un revolver analogue au M. 1878, au calibre 9 mm, avec un per­fectionnement Abadie (breveté en 1877), soit le blocage du chien ; une porte de chargement complète ce modèle. Abais­sée, l’action du chien est suspendue, il reste en position de semi-armé et la pres­sion du doigt sur la détente fait tourner le barillet en amenant chaque chambre en face de la tige d’extraction. Cette arme est essayée par la commission fédérale mais cette dernière demande à tester un revol­ver avec un calibre encore plus petit. Sous la direction du colonel R. Schmidt ses ate­liers construisent deux revolvers au calibre de 7,5 mm dont l’un avec l’extracteur au­tomatique, système Krauser. Cet extrac­teur, mis en action par le chien, est placé du côté droit de l’axe du barillet. Après chaque départ du coup, la douille précé­dente est éjectée. Système ingénieux mais provoquant quelques inconvénients lors­que la douille adhère trop fortement dans la chambre, elle ne peut être extraite.

La deuxième arme est semblable au modèle 1880, mais au calibre 7,5mm. Après les essais, la commission doit choi­sir pour l’un de ces modèles, dans sa séance du 6 mars 1882 :

Le revolver Schmidt M. 1880 au cali­bre de 9 mm.

Le revolver Schmidt M. 1881 avec l’éjecteur système Krauser.

Le revolver Schmidt M. 1881 au cali­bre 7,5 mm.

Le revolver modèle 1882

Après les essais officiels, les résultats sont favorables à ce dernier revolver.

Ernest Krauser est contremaître ar­murier à la Fabrique fédérale d’armes de Berne (W + F) et avait présenté son éjecteur déjà en 1876 et R. Schmidt en avait dit le plus grand bien au Département mili­taire fédéral.

C’est le revolver Schmidt au calibre 7,5 mm qui est proposé par la commission sous la dénomination de « revolver modèle 1882. Le 5 mai 1882, le Conseil fédéral décide :

  1. – En modification partielle de sa décision du 27 décembre 1878 il accepte le modèle de revolver présenté par R. Schmidt, à six coups au calibre 7,5 mm comme arme d’ordonnance pour les offi­ciers des troupes non montées.
  2. – Le Département militaire est au­torisé à céder ce revolver aux officiers non montés aux conditions prévues par la déci­sion du Conseil fédéral du 27 avril 1880 concernant les revolvers.

Le 25 novembre 1882, le Conseil fé­déral approuve les détails de l’ordonnance et la Fabrique fédérale d’armes à Berne (Waffenfabrik Bern W + F) peut commen­cer à livrer ce revolver au début de l’année 1883.

Dans les premières séries, lorsque le chien est armé et que l’on ouvre la portière de chargement, en pressant la détente, le chien s’abat et reste en position de demi-armé. La sollicitation de la came est trop forte et peu amener sa rupture. A partir de 1887, dès le n° 1501 de la série militaire et 540 de la série privée, la came a été modifiée ce qui empêche le chien de s’abattre. La manipulation de la détente nécessaire pour faire tourner le barillet pour l’expulsion des douilles ou au charge­ment, tous les risques de départ du coup sont écartés. L’ouverture de la portière de chargement par une came qui lui est ajou­tée, empêche le chien de percuter la car­touche. Cette invention d’Abadie, breveté en 1877, avait été présentée par M. Décorin ou Déchorin de Saint-Etienne qui devait être un représentant d’Abadie. En cours de fabrication, le revolver subit plusieurs améliorations par son constructeur, le co­lonel Schmidt. La plus importante, c’est l’adjonction au rempart d’une plaque en acier trempé, posée en queue d’aronde, par la gauche de la carcasse et assurée par une vis du côté droit ; cette plaque, en cas d’usure peut être changée. Cette mo­dification a été exécutée dès le n° 4300 sur l’arme militaire et 3 600 sur les armes vendues aux privés. Cette plaquette, lors de réparations, a été ajoutée sur les armes du début de fabrication. Le texte de l’ar­rêté fédéral du 28 juin 1893 concernant cette amélioration :

« La petite plaque en acier, destinée à être introduite sur le plat de la culasse du revolver afin d’éviter des dérangements dans la rotation du cylindre du revolver est déclaré d’ordonnance pour les nouvelles acquisitions de ces armes ».

L’étui-crosse

  1. Schmidt fait breveter dans diffé­rents pays un étui-crosse pour le revolver. Pour adapter cet étui-crosse au revolver, la carcasse en acier de l’étui se termine par un crochet à ressort qui pénètre dans une agrafe qui se trouve à l’extrémité de la carcasse. Cet étui ne pèse que 600 grammes et son achat était officiellement recommandé aux officiers. Il n’a guère été acheté, il a été peu utilisé et on ne le ren­contre pratiquement jamais dans les col­lections privées suisses. Cependant le lo­gement aménagé dans la calotte de la crosse, au-dessus de l’anneau de dra­gonne subsiste jusqu’au modèle 1929. Les plaquettes de crosse sont en caoutchouc durci noir jusqu’au n° 20 000 puis avec des planchettes en bois poli, canneté, jusqu’au n° 37 254 soit jusqu’à la fin de fabrication du M.1882 le 21 novembre 1932.

Les améliorations

Les revolvers de l’armée, jusqu’au numéro 1500 ont un canon dont l’octo­gone va jusqu’à la carcasse. Les canons suivants sont pourvus d’un épaulement cylindrique de deux à trois millimètres de long permettant un meilleur serrage avec un ajustage du canon plus aisé de la verti­calité du guidon.

Le renforcement de l’entrecroise au-dessus du barillet est une autre améliora­tion. Les revolvers jusqu’au N° 4 000 ont une entrecroise d’environ 3 mm d’épaisseur. Les armes entre

4 000 et 17 000 ont une entrecroise de 4 mm et la cote est au-dessus de 4 mm pour la série au-dessus de 17 000. Les raisons de ces renforce­ments étaient des ruptures survenant à l’avant de l’entrecroise.

Les tolérances du calibre du canon sont comprises entre 7,45 mm et 7,60 mm.

La Fabrique fédérale d’armes avait conclu avec différents ateliers de l’indus­trie privée des contrats de fournitures de pièces détachées. Une instruction fédérale spéciale du 5 avril 1884 prescrit que ces pièces doivent être vérifiées par les contrô­leurs de la Fabrique fédérale d’armes comme ses propres produits avant d’être emmagasinées. Les pièces acceptées et frappées du poinçon de réception étaient retirées du magasin par la Fabrique fédé­rale d’armes pour le montage des revol­vers qui se faisaient exclusivement- dans ses ateliers, ainsi que le contrôle final et les essais de tir. En 1886, 18 entreprises pri­vées suisses participaient à la fabrication de pièces et leurs livraisons représentaient le 67 % du coût total des revolvers.

La fabrique S l G (Société Industrielle Neuhausen) a fabriqué des revolvers M.1882 pour les privés et les polices. Ces armes portent les marquages suivants :

« FAB. D’ARMES NEUHAUSEN » ou « WAFFENFABRIK NEUHAUSEN » ; elles sont poinçonnées du « P » (privé). Elles ont armé, entre autre la police municipale de Neuchâtel, la police cantonale du canton de Vaud, les gardiens du pénitencier ber­nois, etc. Elles sont marquées : sur l’entre­croise « Ville de Neuchâtel, police locale » ou, sur la console à gauche « VAUD » ou « BERN » et le poinçon ours dans un rond.

La Belgique a fabriqué ce revolver, sa construction est la même, mais avec de petites différences, par exemple : les chambres du cylindre sont pourvues de fraisures pour le culot des douilles. Les poinçons qu’il porte indiquent sa fabrica­tion belge, mais la poignée à des plaquet­tes suisses.

En 1885, l’armée suédoise est à la recherche d’un revolver ; elle soumit, entre autre, le revolver suisse M.82 à des es­sais. Se fondant sur les résultats obtenus, la commission suédoise classa le revolver M.82 au premier rang pour son poids et sa puissance balistique ; mais la commis­sion était d’avis que la construction ne ré­pondait pas aussi bien aux exigences po­sées en Suède.

Les objections portaient sur la porte de chargement qui pouvait s’ouvrir lorsqu’on mettait l’arme dans son étui, sur le ressort de percussion jugé trop faible, on craignait que l’axe du cylindre et la ba­guette d’extraction ne se déforment trop facilement. La commission s’arrêta à un compromis : elle combina les avantages de l’arme suisse, soit le faible poids et les qualités balistiques à ceux du revolver Nagant de fabrication belge en tête pour la simplicité et la robustesse de son méca­nisme.

Le prix du revolver M.82 était de 43 francs en 1883 ; la vente se faisait à partir de cinq pièces, le nombre de pièces de cette arme était de 43.

Poinçons et marques

Suivant les conventions et prescriptions régissant la fabrication et la fourni­ture des pièces du revolver, les poinçons sont appliqués à une place qui se trouvera cachée lorsque l’arme sera montée. Chaque pièce est soumise au contrôle et poin­çonnage réglementaire par le contrôleur d’armes et sont munies du poinçon qui constate l’acceptation et qui s’applique sur la place désignée, ou du poinçon qui si­gnale le rebut et qui s’applique sur la place défectueuse. Ces poinçons portent la pre­mière lettre du nom du contrôleur d’armes et sont pourvus de la croix fédérale. Le poinçon pour la réception des armes finies a une forme légèrement différente. Pen­dant de nombreuses années, cette arme à fait ses preuves dans l’armée et dans le privé.

Revolver d’ordonnance suisse modèle 1929

 Aujourd’hui, on peut se demander pourquoi 18 000 revolvers M. 29 ont été construits. Plusieurs raisons parlaient en faveur de ce revolver : un prix avantageux, facile à démonter, d’un entretien aisé, un maniement simple et sûr. Le modèle 1929 a une construction mécanique simplifiée, particulièrement robuste, un abaissement du prix de revient tout en conservant sa puissance et sa fiabilité. Par lettre du Département militaire fédéral du 30 janvier 1928 signée par le conseiller Scheurer, la fabrication du nouveau revol­ver est décidée en tenant compte des modifications et simplifications apportées en 1928 au modèle 1882. En 1926 déjà, le Département militaire fé­déral se penche sur le prix de revient des armes de poing construites à l’étranger et à celles fabriquées en Suisse. Le pistolet Parabellum revient à 225 francs suisses et le revolver 1882 à 120 francs. Des éco­nomies peuvent être faites sans que ses qualités soient diminuées. L’armée dis­pose d’une arme de poing précise, ro­buste, dont le prix de revient, pour une construction simplifiée, est de 90 francs. L’Intendance du matériel de guerre (I. M. G.) est autorisée à faire fabriquer le revolver 1882 selon le nouveau modèle simplifié et à fixer, à l’avenir, le prix d’achat par arme. Les modifications sont au nombre d’une quinzaine :

1 – le nouveau canon est rond, bien moins cher que le canon octogonal ;

2 – la suppression du logement pour l’étui crosse au-dessus de l’anneau de dragonne ;

3 – la poignée est plus pentue et plus étof­fée ;

4 – fixation de la plaque de recouvrement par deux vis au lieu d’une ;

5 – renforcement de l’entrecroise au-des­sus du barillet ;

6 – percuteur mobile ;

7 – la position en arc de cercle de l’avant du guidon.

La fabrication s’étend du début de février 1933 à la fin de juin 1946. La numérotation commence à 50 011 pour s’arrêter à 68 229. La fabrication est assurée par la Fa­brique fédérale d’armes à Berne (Waffenfabrik Bern) et les armes sont frappées du poinçon « W + F ».

Les revolvers M.29 pour des usages non militaires sont numérotés de 25 001 à 27 000, numérotation précédée de la lettre « P ». Ces armes ont été utilisées notam­ment par les gardes frontières (douaniers). Dans l’armée, le revolver M.29 a été porté dans le même étui que le modèle M.82 ; sur la face arrière on trouve toujours le nom du sellier dans un ovale et l’année de fabrication dans son centre. Les gardes frontières étaient dotés d’un étui spécial.

 

Revolver d’ordonnance suisse modèle 1882

Caractéristiques techniques

Désignation de l’arme : revolver d’ordon­nance suisse.

Modèle : 1882.

Constructeur : Rodolphe Schmidt, contrô­leur fédéral d’armes Berne.

Fabricant: Fabrique fédérale d’armes, Berne (W + F) Waffenfabrik Bern : SIG pour des armes privées.

Système : à simple et double action, per­cussion centrale.

Années de fabrication: septembre 1883 au 21 novembre 1932.

Nombre d’armes fabriquées: militaires, 37 254, privées de la W + F 5903 (numéro­tation avec la lettre « P ») SIG privés et police, plus de 2 000 suivi de la lettre P.

Longueur totale : 235 mm.

Hauteur hors toute : 140 mm.

Épaisseur maximum : 37 mm.

Longueur du canon : 115 mm.

Poids : arme non chargée, 750 g.

Forme du canon : jusqu’au numéro 1 500, octogonal jusqu’à la carcasse, puis avec un épaulement de deux à trois millimètres, canon vissé dans la carcasse.

Calibre : 7,5 mm, tolérance 7,45 à 7,60 mm. Rebut 7,65 mm.

Nombre de rayures : quatre, tournantes à droite, large de 3 mm, profonde de 0,2 mm.

Pas des rayures : un tour sur 430 mm.

Carcasse : en acier, à cadre fermé.

Ligne de mire : longue de 144 mm.

Mire: encoche de mire en U sur la car­casse.

Guidon : sur bloc brasé sur le canon, de forme ronde, haut de 7 mm.

Alimentation : barillet en acier, à six cham­bres, diamètre du cylindre allégé par six fraisures 37,5 mm, long de 36 mm.

Cartouche: modèle 1886, à percussion centrale, douille laiton à bourrelet, balle en plomb chemisée, longueur totale 35 mm, poids 11,5g.

Sous-garde : de forme ovale, faisant bloc avec la plaque de recouvrement.

Détente : fortement galbée et arrondie.

Chien : à percuteur fixe, crête striée.

Sûreté : suspension de l’action du chien d’après le système Abadie ; avec la porte de charge ouverte, on ne peut abattre le chien. Sans la porte de charge ouverte, on ne peut ni charger, ni extraire les douilles.

Portière de chargement: à droite, s’ou­vrant d’avant en arrière (de haut en bas dans l’axe de l’arme). La portière est mu­nie d’un ressort et le haut est quadrillé.

Plaque de recouvrement du mécanisme : sur la face gauche, sur charnière à l’avant, fixée par une vis à l’arrière.

Poignée : monture faisant partie de la carcasse, plaquettes de crosse en caoutchouc durci noir jusqu’au N° 20 000, celle de gauche finement quadrillée avec la croix fédérale, celle de droite sans croix mais avec une rosace et une vis métallique à tête goutte de suif, puis dès le N°

20 000 des plaquettes en bois poli, cannelées jusqu’au N° 37 254, soit jusqu’à la fin de la fabrication du M. 82, le 21 novembre 1932

Extraction  à droite, baguette d’extraction avec cliquet et ressort ; l’ailette qui coiffe le bout de l’axe est striée sur le pourtour, puis par la suite, lignée.

Nombre de pièces :  43

Protection extérieure :  bronzé noir de guerre, à l’exception de la détente, de la portière de chargement, du chien, de l’axe du barillet et de la baguette d’extraction qui sont jaune paille

Numérotation de l’arme : plaquette en caoutchouc durci noir 2946 ; plaquettes en bois 30 282. On trouve les numérotations en entier sur le cylindre, sur la face gauche en haut de la console, sur le champ vertical gauche du canon. Les trois derniers chiffres sont répétés sur les autres pièces.

Démontage : le démontage est facilité par la numérotation de 1 à 12 de certaines pièces.

Poinçons :  sur la console, face gauche, le poinçon de la Waffenfabrik, « W + F « .

 

Revolver d’ordonnance suisse modèle 1882/1929

 Caractéristiques techniques

 Désignation de l’arme :  revolver d’ordonnance 1882/1929

Modèle :  1882/1929

Constructeur :  Fabrique fédérale d’armes, Berne (W + F)

Fabricant :  Fabrique fédérale d’armes, Berne (W + F)

Système :  à simple et double action

Nombre d’armes fabriquées : d’ordonnance, 18218, privées, 2000

Années de fabrication :  février 1933 à fin juin 1946

Longueur totale : 228 mm

Hauteur hors tout :  150 mm

Épaisseur maximum :  37 mm

Poids :  arme non chargée, 740 g

Longueur du canon :  116 mm, vissé dans la carcasse

Forme :  ronde

Nombre de rayures :  4 rayures tournantes à droite

Pas :  un tour sur 430 mm, largeur 3 mm, profondeur 0,2 mm

Carcasse :  fermée en acier, entrecroise renforcée ; sans plaque de percussion

Sous-garde :  ovale

Détente :  noire, incurvée, un peu plus ouverte dans la partie où l’on met le doigt

Gâchette :  fixée par une cheville fixe

Percuteur : pointe de percussion mobile, montée sur un axe

Plaque de recouvrement : sur le côté gauche, sans charnière avec une courte tige fixe attachée par une vis à la plaque de recouvrement

Poignée :  plus pentue, plaques de recouvrement en matière synthétique rouge brique ou noire, sans croix fédérale

Ligne de mire : longue de 149 mm

Cran de mire :  en U sur le haut de la carcasse

Guidon :  monté à queue d’aronde, non rivé, forme légèrement conique sur bloc brasé sur le canon

Alimentation :  cylindre à six chambres, il porte les trois derniers chiffres de la numérotation

Porte de chargement : noire, allégée, le ressort est renforcé et n’a pas de vis

Baguette d’éjection :  noire, sans axe, sans vis avec ressort, tête de baguette striée

Protection extérieure :  bronzé noir mat de guerre

Numérotation :  50 011 à 68 229 pour les armes d’ordonnance, les revolvers privés N° entre 25 001 et 27 000. Marquage :  Écusson avec croix fédérale sur la face gauche de la carcasse près de la poignée, en haut de la console, en bas le poinçon du contrôleur d’armes M, dans un rond W + F

Sûreté : pendant les interruptions de tir et avant de mettre l’arme dans son étui, il faut ouvrir la porte de charge. Pour désassurer, fermer la porte de charge avec le pouce de la main gauche sans toucher la détente.

Dérangements :  il faut avoir soin d’introduire les cartouches graissées tout au fond des chambres à cartouches. Une cartouche mal introduite gêne ou empêche la rotation du barillet. Des ratés peuvent se produire quand le ressort de percussion est lâche ou brisé, ou la pointe du percuteur est brisé, un corps étranger s’est introduit entre le chien et la carcasse ; la cartouche trop vieille et défectueuse.

 

  1. Pellaton 1991

 

 

 

 

 

LES REVOLVERS 1872 et 1878

L’emploi tactique du pistolet à la guerre a été conçu par les cavaliers allemands qui l’utili­saient lors de leurs caracoles : le premier rang déchargeait ses deux pistolets sur l’adversaire, très proche et dégageait par la gauche et la droite pour recharger à l’arrière du groupe Le second rang, alors, face à l’adversaire faisait feu à son tour et laissait la place au rang suivant. Cette méthode de combat a valu une solide ré­putation d’efficacité aux « Reiter » d’Outre-Rhin :

HENRI II, dans sa lutte contre Charles-Quint, leur fait confiance déjà en 1547, puisque à côté de dix mille lansquenets « … Il lève près de quatre mille reîtres, que l’on appelait alors pistoliers.

A cette époque les gens des compagnies d’ordonnance en France n’accordent guère d’attention à l’arme à feu. L’homme d’armes « … si bon luy semble aura un pistolet à l’arçon de la selle… » Il fait davantage confiance à une « grosse et forte lance ». Par contre, chacun des deux archers « aura un pistolet à l’arçon ».

L’efficacité des pistolets est soulignée avec verve par un homme qui a passé sa vie sur les champs de ba­taille : François de La Noue, dit « Le Bayard huguenot » (1531-1591); il en fait d’ailleurs le sujet d’un de ses paradoxes « … qu’un escadron de reîtres doit battre un escadron de lances… Dans ce texte il confirme l’anté­riorité de l’emploi des pistolets par les reitres: « …II leur faut donner l’honneur d’avoir mis les premiers en usage les pistoles que je pense être très dangereuses quand on s’en saict bien aidés…  » II nous dit aussi que le ca­valier allemand porte deux pistolets dont il peut tirer six ou sept coups, ceux-ci « … s’adressent toujours aux cuisses ou aux visages. » Ces coups portent parce « … qu’ils ne déchargent point leurs pistoles qu’en heur­tant, autrement dit a quelques pas seulement de leurs adversaires. »

L’utilisation tactique des pistolets est importante puis­que Gaspard de Tavannes souligne, dans sa narration des combats autour de Saint-Denis entre huguenots et catholiques, en novembre 1567, que »… la rareté des pistolets rend les charges moins dangereuses… » Moins dangereuses parce qu’alors l’arme offensive est la seule épée, avec ci et là un cavalier armé de la lance. Cette année 1567 marque l’usage intensif des pistolets par les cavaliers ; c’est en effet une des premières dates que l’on rencontre sur ces très nombreux pistolets, dits Saxons, avec leur gros pommeau en boule, objets ap­préciés dans de très nombreuses collections d’armes. Les pistolets datés, de ce type, se rencontrent jusqu’aux dernières années du XVIe siècle. Ils ont été fort répan­dus en Europe puisqu’une petite république comme celle de Genève entretenait, à la fin du XVIe siècle, un corps de pistoliers. Leur armement maintenant fait par­tie des collections du Musée de la ville: environ 160 pistolets saxons, à rouet, les armures trois quarts ita­liennes et même une paire de fontes en cuir qui recevait les pistolets de chaque côté de la selle.

Tout au long des XVIIe et XVIIIe siècles, la cavalerie est dotée d’une paire de pistolets, mais combat surtout à l’épée. Au XIXe siècle, vers 1840, les cavaliers en Europe reçoivent le pistolet à cheminée et cet arme­ment est conservé jusqu’à l’adoption du revolver.

LE REVOLVER EN EUROPE

Depuis le premier « Colt » de 1836, le revolver fait une belle carrière aux Etats-Unis et auprès des « consom­mateurs » privés. Les états-majors des armées de terre, n’y croyant pas, laissent en main des porteurs de l’arme courte les pistolets à un coup. Lorsque l’idée de la ré­pétition pour l’arme longue aura été admise, il en sera bientôt de même pour l’arme de poing.

Voici où en était l’armement en Europe aux alentours de 1872, date de l’adoption du revolver en Suisse:

Au Danemark, le revolver pour la troupe est introduit en 1865; c’est celui de Georg Christensens, dérivé du Lefaucheux. Il est construit par la Kronborg Gewaerfabrik (Helsingor) pour une munition à broche.

En Angleterre, le revolver à double action de John Adam est transformé dès 1868 pour la cartouche à percussion centrale alors que la fabrication de l’arme prévue pour cette cartouche commence en 1872. Le calibre .450 (11,43 mm) assure un honnête pouvoir d’arrêt.

Leopold Gasser fait adopter son modèle à double action et au calibre 11 mm par l’Autriche, en 1870.

Un revolver, largement adopté en Europe à cause ou en raison de ses réelles qualités, est celui mis au point dès 1862 par l’armurier belge J. Chamelot de Liège et l’officier français d’infanterie Henri-Gustave Delvigne. Il fait l’objet, tout au long de sa belle carrière, d’une quinzaine d’améliorations et entre autres, en 1871, de celle qui lui permettra d’utiliser une cartouche à per­cussion centrale. Ce revolver est adopté la même année par la Belgique avec le calibre de 11 mm, en 1873 par la France, toujours au calibre de 11 mm et par la Hollande, avec le calibre de 9,4 mm. L’Italie l’introduit en 1874, en 10,25 mm; il est à double action.

L’autorité militaire en Allemagne ne fait pas confiance au tir avec l’arme courte, aussi le revolver (de 10,6 mm) adopté en 1879 seulement est-il encore à simple action et, ce qui est mieux, sans baguette d’extraction des douilles ; c’est l’axe du barillet qui la remplace !

LE REVOLVER SUISSE

La loi fédérale sur l’habillement, l’armement et l’équi­pement de l’armée fédérale du 27 août 1851, prévoit l’attribution du pistolet comme suit:

Art. 40.-Cavalerie. Les sous-officiers, trompettes et cavaliers portent un sabre long, deux pistolets à per­cussion…

Art. 41 -L’artillerie, a) Les sous-officiers et trompettes montés portent le sabre de cavalerie, un pistolet à per­cussion.

Art. 50- Les officiers de cavalerie et d’artillerie et tes officiers montés d’infanterie portent, en outre (soit en plus du sabre de cavalerie) une paire de pistolets à per­cussion…

Le règlement d’application est moins restrictif quand au choix de l’arme :

Art. 267. – Les pistolets transformés en système à per­cussion peuvent aussi être admis s’ils remplissent les conditions voulues.

Ainsi, même les anciens pistolets à silex transformés. accusant en moyenne vingt ans d’âge, sont encore ac­ceptés comme armes à feu de la cavalerie.

L’arme à cheminée de 1842 restera d’ordonnance jusqu’à l’arrêté fédéral concernant les armes à feu por­tatives des troupes montées du 24 décembre 1870 qui prévoit :

Art. 1.- Les officiers et sous-officiers montés et les trompettes d’artillerie recevront un pistolet à répétition (pistolet à plusieurs coups ou revolver).

Art. 2. – Les officiers maréchaux des logis chefs, four­riers et les trompettes des compagnies de dragons ainsi que les officiers, sous-officiers, trompettes des compa­gnies de guides, seront également armés d’un pistolet à répétition.

Cet arrêté concerne le principe de l’armement; nous sommes encore bien loin du choix définitif. Dans son message à la Haute Assemblée fédérale du 2 décembre, donc précédant de trois semaines cet arrêté, le Conseil fédéral fait état de la si « mauvaise qualité des armes de poing actuelles que l’on sera obligé de songer sans retard à introduire aussi un meilleur armement pour les corps de troupes qui doivent rester armés de pisto­lets… » avec lequel on puisse au moins tirer deux coups successifs, ainsi donc soit un pistolet à plusieurs coups ou un revolver ».

En septembre 1871 est désignée une « Commission du revolver », comme il y avait eu une commission du fusil. Présidée par le général Hans Herzog, elle compte quatre colonels ; cette commission, en exécution de la décision du département militaire fédéral de janvier 1871, étudie divers types de revolvers ; en mars 1872, il reste en compétition trois armes : le revolver à extraction au­tomatique du français C.F. Galand, établi à Liège, et dont le brevet numéro 3039 date de 1868. Cette arme avait été commandée en dix exemplaires à son créateur, le 29 juin, avec 2500 cartouches. La seconde arme est le revolver de Smith et Wesson, modèle 1869*, l’ex­traction automatique en est obtenue par brisure du ca­non. Le troisième revolver qui est confronté avec les

deux premiers provient de la maison Pirlot à Liège, propriétaire des brevets de J. Chamelot et H.-G. Delvigne. Cette dernière arme, solide, vient d’être adoptée par le gouvernement belge. Elle se présente avec un calibre de 11 mm, percus­sion centrale et une simple tige éjectrice pour l’expulsion des douilles.

Les derniers essais s’effectuent les 20-21 mars et 9-10 avril 1872; on tire aussi sur cible à 150 mètres. Le Chamelot-Delvigne, modifié Schmidt, l’emporte pour la précision et aussi pour sa simplicité et sa solidité ; l’ex­traction automatique peut représenter des risques, mais ceux-ci sont exclus avec la tige éjectrice.

Voici les modifications apportées par Rudolf Schmidt :

– Allongement du canon (pour la précision suisse au stand !)

– Calibre de 10,4 mm et 4 rayures

– Inflammation périphérique pour l’uniformité avec le fusil Vetterli.

– Allégement par fraisures du tambour.

Le 16 avril, le général Herzog transmet son rapport final au département militaire, ce qui amène le Conseil fé­déral à décider, le 24 avril 1872, l’adoption de ce Cha­melot-Delvigne modifié.

A l’époque, il n’existe en Suisse aucune protection per­mettant à la fabrique Pirlot de revendiquer son droit aux brevets et cette entreprise fait une offre pour 3.000 revolvers à Frs. 50- pièce « … sans commission ni es­compte ». Le 10 juillet, le général Herzog donne l’ordre au major Schmidt de se rendre à Liège et de com­mander 800 exemplaires à Frs. 50.-, pris à Liège et décide la construction en Suisse de 2.200 autres exem­plaires. A la demande du général, une gratification de Frs. 300.- est accordée au major R. Schmidt pour sa collaboration à la mise au point du modèle définitif.

Le déplacement à Liège a été étendu, pour le major Schmidt, d’un voyage d’études aux établissements ma­nufacturiers de la République française, du royaume de Belgique et de l’empire d’Allemagne. Le résultat de ce périple a été la création à Berne d’un atelier de montage qui devient, deux ans plus tard, la Fabrique fédérale d’armes, avec comme premier directeur Rudolf Schmidt. La convention entre le Département militaire fédéral et la maison Pirlot frères est datée du 17 août 1872; elle précise:

– Messieurs Pirlot frères s’engagent à fournir le modèle juqu’au 31 août 1872, ensuite:

deux cents revolvers fin décembre 1872 ;

trois cents revu/vers fin janvier 1873 ;

trois cents revolvers fin février 1873

sous déduction de cinq francs par arme et par mois de retard

Les frais de cette fourniture se présentent comme suit (en francs):

Revolver …………………………………………………50.00

Emballage et transport …………………………..   0,65

Tournevis ………………………………………………   0,60

Vérification et poinçon de contrôle ………….  0,50

Montage ………………………………………… ……    0.60

Munition d’essai …………………………………….   0,50

Balai de nettoyage …………………………………   0,35

A la fin de 1877, l’armée dispose de 898 revolvers (Rapport présenté à la Haute Assemblée… sur sa ges­tion de 1877, p. 336). Cette augmentation provient de la fourniture de 100 pièces par la Fabrique d’armes ré­cemment établie à Wylerfeld près de Berne et dont la mention figure dans le rapport du Conseil fédéral.

Pendant cette année 1877, la Fabrique de munitions de Thoune a livré 9.600 cartouches de revolver à in­flammation centrale ; il s’agit là sans doute de munitions d’essai pour le modèle 1878.

LE REVOLVER 1878

En 1877, le Département militaire fédéral procède à des essais, où figurent dix revolvers du fabricant d’ar­mes J. Warnant, de Hognée, commune de Cheratte près de Liège ; ceux-ci avaient été construits par Scholbert et Cadet de Liège et adaptés au calibre suisse de 10,4 mm mais avec la percussion centrale. Nos au­torités militaires, qui voulaient en 1872 la percussion annulaire pour le revolver comme pour le fusil Vetterli, reconnaissaient les avantages des cartouches à percus­sion centrale. L’arme nouvelle est adoptée par l’arrêté du Conseil fédéral, du 27 septembre 1878, concernant l’introduction d’un nouveau revolver d’ordonnance pour l’armée suisse :

Le revolver présenté au Conseil fédéral (système War­nant) portant le n° 8, au calibre actuel d’ordonnance de 10,4 mm et à percussion centrale sera introduit comme revolver d’ordonnance, modèle 1878, après avoir subi les modifications suivantes :

  1. a) Le guidon doit être transformé et rendu exactement pareil à celui du revolver d’ordonnance de 1872.
  2. b) Le cylindre, pourvu d’une roue à rochet vissée dans le cylindre, d’un bord protecteur servant en même temps de logement au bourrelet de la cartouche et d’un bracelet à six entailles sera pareil à celui des 10 revolvers d’essai, système Warnant Krauser. Il doit du reste être conforme au modèle n° 8,
  3. c) La crête du chien percuteur doit être droite et des cendre aussi bas que possible afin que le revolver puisse être armé facilement avec le pouce de la main droite;

la pointe du bec percuteur, vue de face, doit être ronde et plate et à bord légèrement arrondi.

Le Département militaire prendra les mesures néces­saires pour qu’à l’époque de la remise des revolvers d’ordonnance, modèle de 1878, ceux du modèle 1872 soient également transformés pour tirer la nouvelle unité de munition.

Le revolver de Warnant montre une parenté évidente avec le Chamelot-Delvigne et Schmidt. Il se présente avec un mécanisme dans lequel l’action du ressort prin­cipal sur un levier pivotant remplace les pressions exer­cées par le ressort de détente et le ressort du linguet qui fait tourner le barillet : c’est là une ingénieuse sim­plification. Dès que la pression du doigt sur la détente est supprimée, le bec du chien recule d’environ 6 mm, le coup ne pouvant partir sans cette action totale sur la détente. La tige éjectrice est bien conçue : en tour­nant le barillet à la main, chaque chambre se place – aucun réglage n’est nécessaire – devant l’extracteur, de sorte que l’expulsion des étuis s’effectue sans regarder l’arme. Une seule vis maintient la partie gauche de la carcasse qui, s’ouvrant, découvre le mécanisme. L’arme est lourde (1120 g) mais bien en main avec une ligne de visée facile ; en double-action l’effort est important au détriment de la précision.

Le revolver 1878 est souvent cité comme la simple transformation du modèle de 1872 pour une cartouche à percussion centrale. En fait, il s’agit d’une arme dif­férente, présentant plusieurs importantes améliorations mécaniques.

Le revolver 1878 restera en service jusqu’à l’adoption du système de 1889, plus léger et au calibre de 7,5 mm. Dans les collections suisses, le modèle de 1878 est bien représenté. Par contre, celui de 1872 trans­formé à percussion centrale ne se rencontre qu’à quel­ques exemplaires. Quant au modèle 1872 encore à per­cussion annulaire, on ne sait hélas ! avec certitude s’il en existe encore.                                  •

DIMENSIONS PRINCIPALES

Modèle 1872 – système Chamelot  Delvigne modifié Schmidt

Longueur totale : 278 mm

Longueur du canon octogonal: 150 mm

Poids : 1 000 g

Calibre : 10,4 mm

Rayures ‘: quatre concentriques profondeur 0,25 mm

un tour sur 250 mm

Longueur de la ligne de mire: 175 mm

Barillet : 6 cartouches

Munitions :

Douille en tombac – percussion annulaire

Cartouche – longueur totale : 30,5 mm

Poids : 15 g

Balle de plomb – longueur: 16,5 mm

Poids : 11 g

Charge : 1,5 g poudre noire n° l

L’arme a été transformée en 1878 pour utiliser la car­touche à percussion centrale.

Modèle 1878, système Warnant modifié Schmidt

Longueur totale : 280 mm

Canon octogonal: 150 mm

Poids: 1 120 g

Calibre: 10,4 mm

Rayures : quatre concentriques, profondeur 0,25 mm

un tour sur 250 mm

Longueur de la ligne de mire: 175 mm

Barillet : 6 cartouches

Munition : douille en laiton, percussion centrale

Cartouche- longueur totale : 32 mm

Poids: 17,5 g

Balle de plomb dur, longueur: 17,5 mm

Poids: 12,5 g

Charge : 1 g de poudre noire n° 1

Vitesse initiale : 185 m/sec.

 

par Clément BOSSON

 

A196 Fortin d’infanterie – Lavey

Il s’agit d’un ouvrage très particulier. En effet, l’accès à l’ouvrage apparaît comme un accès à un réservoir d’eau dans la forêt au niveau du sol. Pour dégager l’accès, après avoir enlevé les cadenas qui assurent son inviolabilité, il suffit d’ouvrir deux panneaux qui révèlent un puits d’environ 6 m équipé d’une échelle métallique. Après être descendu au fond du puits, on se trouve face à une porte blindée fermé par une serrure, elle-même protégée afin de ne pas permettre de la forcer. Ce qui veut dire que l’accès à l’ouvrage par une personne mal intentionnée est pratiquement impossible. Après avoir franchi la porte blindée, on se trouve au sommet d’un nouveau puits d’environ 12 m équipé de trois paliers en caillebotis de façon à rendre la descente plus facile et moins dangereuse. Arrivé au fond du puits, un escalier dans la roche conduit à un couloir qui abouti au local de combat qui est situé au sommet de la falaise qui abrite l’usine de production d’électricité de la ville de Lausanne. Une photo de cette falaise vous indique la situation de l’ouvrage.

Une flèche rouge indique la situation de l’ouvrage dans la paroi de rocher.

L’ouvrage abrite une mitrailleuse Mg 51 qui couvre le glacis sur la rive gauche du Rhône et une partie de l’agglomération de Saint Maurice. Le local de combat est équipé d’une filtration des gaz de combat et des retombées radioactive, d’une caisse étanche contenant la munitions et de hamac permettant à l’équipage de se reposer.

Il n’est pas possible de faire visiter cet ouvrage par le public, car l’accès est dangereux, même si nous avons installé une sécurité afin de ne pas chuter d’une échelle.