Archives de l’auteur : Moret Jean-Charles

À propos Moret Jean-Charles

Fondateur de l'Association Pro Forteresse Co-fondateur de l'Association Fort Litroz

Le fusil d’assaut 57 ou Sturmgewehr 57 (Suisse)

L’officier en tenue camouflée ne quittait pas des yeux les dix transports de troupes blindés qui serpentaient un peu plus bas dans la vallée. « Maintenant c’est bon ! Vas-y ! » Le jeune grenadier appuya sur la mise à feu et la montagne trembla. Une partie de la paroi se détacha entraînant dans le vide deux blindés. Une centaine de soldats giclèrent des véhicules épargnés et essayèrent de se déployer. Mais la crête au-dessus d’eux s’illumina. A cinq cents mètres, chaque Sturmgewehr marquait des points. Quelques grenades à fusil bien placées achevèrent de semer la déroute chez l’ennemi. Un officier qui essayait de réagir fut atteint d’une balle entre les deux yeux. Une fois de plus l’extraordinaire précision du fusil d’assaut 57 avait fait merveille.

On décroche ! Nébulogène ! hurla l’officier. Les grenades explosèrent et la fumé s’accrocha aux rochers, permettant aux grenadiers de montagne de se replier. Une vingtaine de soldats venaient de retarder une compagnie d’infanterie blindée ennemie en lui causant de lourdes pertes. Cela grâce à un excellent entraînement, mais aussi à un excellent fusil : le Sturmgewehr 57 ou fusil d’assaut 57 (Fass 57).

Le Fusil du citoyen soldat

Ce petit récit est bien sûr purement fictif. Mais en cas de guerre sur le territoire de la Confédération, il est sûr que des faits semblables se produiraient des centaines de fois, brisant le moral des assaillants et le rendant vulnérable aux grosses contre-attaques qui ne manqueraient pas de suivre de telles actions.

L’armée de milice helvétique est la plus importante d’Eu­rope avec 650 000 hommes mobilisables en trois jours et connaissant parfaitement bien le terrain. Même s’il va bientôt être remplacé par une arme plus moderne, le Sturmgewehr 57 est un des artisans principaux de cette politique de défense. Il ne faut pas oublier que la Confé­dération est truffée de sociétés de tir et que déjà, bien avant son service militaire, l’adolescent Suisse est déjà en contact avec les armes à feu et à l’occasion de s’entraîner au sein de sa société de tir régionale prémilitaire. Une fois qu’il a effectué son service militaire, le citoyen suisse garde en permanence chez lui son fusil d’assaut 57 et un chargeur de dix cartouches. Il est de plus astreint certains week-end à des séances de tir obligatoires et, de ce fait, restera toute sa vie lié à son arme,

Du climat subtropical au froid polaire des glaciers

Dans les années cinquante, l’état-major suisse émit un concours pour une arme moderne pouvant tirer en rafa­les et qui pourrait remplacer le mousqueton modèle 31, le fusil mitrailleur et la mitraillette. Ce fut le modèle Fass 57 de la célèbre firme S1G (Schweizerische Industriegeselschaft) de Neuhausen am Rheinfall qui remporta le concours. La S1G avait réussi à produire une arme dotée d’une grande puissance de feu tout en restant simple et maniable comparée au mousqueton. Ces trois conditions ne pouvaient alors être remplies par aucune des autres armes testées, et c’est pourquoi le produit de la SIG fut choisi non sans avoir subi d’éprouvants tests compara­tifs. L’arme fut notamment essayée dans les climats sub­tropicaux des grands lacs de la frontière italienne et dans les froids polaires des grands glaciers qui recouvrent le pays. En 1960, les premiers exemplaires arrivaient dans les écoles de recrues et l’année suivante le Sturmgewehr 57 entrait en service dans les unités,

Le fusil d’assaut 57 est une arme se rechargeant d’elle même par l’effet du recul. Il peut être engagé avec des munitions de 7,5 mm pour les distances jusqu’à 600 m ;

comme arme antichar tirant des grenades performantes à charge creuse à fusil pour les distances jusqu’à 100 m ;

comme mortier tirant des grenades d’acier à fusil et des grenades nébulogènes à fusil jusqu’à 250 m en tir à tra­jectoire tendue et jusqu’à 400 m en tir à trajectoire courbe ;

pour le combat à l’arme blanche.

Les Suisses ont un langage coloré et emploient nébulogène à la place de fumigène, De même, le levier de tir et de sûreté placé sur la poignée pistolet est marquée de trois lettres, à savoir S ; sûreté ou safe, E : Einschusse ou coup par coup et M ; curieusement mitraille pour désigner le tir automatique.

Quoique très longue, l’arme à un aspect classique avec une courte caractéristique, un peu du type MG 34, une boite de culasse, un chargeur lisse de 24 coups et un canon démesuré muni d’une bande ventilée. Un bipied rétractable assure la stabilité de l’arme lors du tir auto­matique. Ne vous fiez cependant pas à cette apparence un peu rétro, c’est une arme des plus redoutables.

A côté de la détente normale, la détente d’hiver est utili­sée pour le tir avec moufles et en particulier lors d’enga­gements des grenades à fusil en trajectoire courbe. Lors­que la détente d’hiver est abaissée, elle actionne la détente au moyen du tenon de détente d’hiver. Lorsqu’un soldat suisse termine sa période annuelle, il rentre chez lui avec son Sturmgewehr, mais doit néan­moins aller régulièrement au stand de tir de sa commune pour s’entraîner. Or, le tir en automatique est interdit sur ces stands. Le constructeur y a pensé et a placé sur la poi­gnée pistolet un petit arrêtoir de tir en rafales mobiles. Dès qu’il va quitter la caserne, le soldat place le coté peint en blanc de cette petite pièce vers l’extérieur du fusil, blo­quant ainsi le dispositif de détente de manière à ce que seul le coup par coup soit possible. Lorsque l’arrêtoir de tir en rafales est engagé du coté noir, le tir automatique est de nouveau possible.

Le dispositif de visée comprend un dioptre et un guidon qui se rabattent et un dispositif de visée pour tir nocturne adaptable. Le dispositif de visée permet de tirer de 100 à 640 m environ.

Le chargeur, comme nous l’avons dit plus haut, contient 24 cartouches de 7,5 mm, une munition très puissante, trop puissante même selon les critères actuels. Chaque soldat suisse emporte avec lui cinq chargeurs. Un char­geur spécial de 6 cartouches propulsives pour grenades à fusil existe. Pour éviter de tragiques méprises, il est peint en blanc et doté d’un système de blocage empê­chant le tir en automatique.

Fonctionnement

Lorsque l’arme est prête au tir, la culasse est fermée et verouillée. Le ressort de fermeture pousse avec sa pointe la came conductrice de la culasse vers l’avant ; la tête de culasse et le coin de la came conductrice sont donc pous­sés l’un dans l’autre et le coin, avec ses surfaces de gui­dage, pousse de côté les deux galets de verrouillage dans les contreforts. Dans cette situation, le chien et le levier de percussion sont tendus.

Le départ du coup s’effectue de la manière suivante : à la suite de la pression sur la détente, le chien est libéré. Sous la pression du ressort de percussion, il frappe le levier de percussion et celui-ci le percuteur, Le percuteur de son côté frappe l’amorce de la cartouche qui fait enfin partir le coup,

Le déverrouillage de la culasse s’effectue de la manière suivante : la pression des gaz provenant de la combus­tion de la poudre pousse d’une part le projectile et agit d’autre part sur la crosse par l’intermédiaire du culot de la douille, de la tête de culasse, des galets de verrouillage et de la boite de culasse. En même temps, la force qui s’exerce sur les galets de verrouillage agit également sur le coin de la came conductrice. Cette dernière glisse en arrière, les galets de verrouillage sortent de leurs contre­forts et la came conductrice tire la tête de culasse en arrière. La culasse ne s’ouvre pas avant que le projectile ait quitté le canon et toute la culasse glisse de ce fait en position arrière.

Pendant le recul de la culasse, l’éjecteur glisse le long de la rainure courbe de guidage. Il est tourné à droite et éjecte la douille. La came conductrice repousse le chien jusqu’à ce qu’il soit engagé à nouveau et le dispositif de détente ainsi que le ressort de fermeture sont tendus. Le ressort du magasin pousse la cartouche suivante devant la tête de culasse.

Pendant la course de la culasse vers l’avant, la cartouche suivante est saisie et poussée dans la chambre. De ce fait, l’index de charge est levé et sort visiblement de la boite de culasse. L’arme est à nouveau prête au tir.

Démontage de campagne

En Suisse, patrie de la propreté, les armes sont huilée et nettoyée de manière parfaite, et pour cela, il faut bien sûr démonter son Sturmgewehr 57. On commence par retirer le chargeur et la bretelle après s’être assuré que la cham­bre ne contenait plus de cartouche. Il faut ensuite enle­ver la crosse en pressant sur la sûreté de crosse et en tour­nant à gauche. La culasse sort tout de suite en la tirant vers l’arrière. On enlève ensuite la poignée de charge. La culasse sortie, avec la pointe de ressort de fermeture, on sort la goupille de la tète de culasse et on sépare la tète de culasse de la came conductrice. Il ne reste plus qu’à enlever le dispositif de détente en pressant des deux côtés l’axe de la boite de détente, Une fois chaque pièce bien nettoyée, on peut aller avec ses amis du stand de tir savourer une bonne fondue arrosée du fendant toujours exceptionnel.

Le remontage se fait bien sûr dans l’ordre inverse. Le fusil d’assaut 57 tire une cartouche de 7,5 mm pour fusil pesant 26,8 g. Cette cartouche très puissante perce 60 cm de bois de sapin à 5 m et 55 cm à 1200 m, Il existe également une cartouche propulsive 44 pour le tir de gre­nades, une cartouche lumineuse (traçante), une cartou­che de marquage (à blanc) et une cartouche de manipu­lation pour l’instruction.

Les grenades à fusil

L’armée suisse met un accent bien particulier sur le tir de grenades à fusil. Cette mini artillerie du fantassin peut dans un contexte bien particulier être utile. Il sera très difficile de détruire un char moderne avec ce type d’arme, mais pour l’équipage d’un char touché par une grenade à fusil, l’effet psychologique peut être désastreux et entraîner une perte de combativité. De plus, contre de l’in­fanterie à couvert encore la grenade à tir courbe demeure l’arme idéale.

Quatre types de grenades sont employés avec le Sturmgewehr 57 ; la grenade perforante à charge creuse 58 à fusil (antichar) ; la grenade d’acier 58 à fusil qui, lors de l’explosion, envoie, dans un rayon de 15 m au moins, deux éclats dangereux par m2 et dont le souffle est mortel dans un rayon de 4 m ; la grenade nébulogène 58 qui permet de couvrir un objectif ou un chemin de repli d’un brouil­lard artificiel pendant quelques minutes ; la grenade d’exercice 58 à fusil pour l’entraînement.

Une lunette permettant le tir jusqu’à 800 m et une lunette de nuit à infrarouge peuvent également être montées sur le fusil d’assaut 57.

Sur le terrain, défaut et qualité

Pour le terrain montagneux permettant des engagements à longue distance, le Sturmgewehr 57 était une arme par­faite. La précision est assurée à six cent mètres et la puis­sante munition traverse facilement un tronc de sapin. Une robustesse à toute épreuve lui permettait de supporter les chocs de la vie militaire. Mais cette arme exceptionnelle est très lourde (le Sturmgewehr 57 est le fusil le plus lourd du monde en service) et très encombrant. Il est difficile à caser dans un véhicule et sa longueur rend les prises de position et le tir difficiles. Le recul est relativement important, et quand on a dans les mains un Sturmgewehr, on peut dire qu’on a un réel  » fusil ». Cependant, à l’heure actuelle, de nouvelles techniques de construction et de nouveaux matériaux permettent la fabrication d’armes plus légères disposant de grandes capacités de tir. De plus les calibres se sont réduits et tous les pays essaient d’exporter leurs produits.

Techniquement, il n’y aurait pas de raison de remplacer le Fass 57. La précision de l’arme et l’efficacité de la car­touche satisfont pleinement aux exigences actuelles, Mais chaque Sturmgewehr 57 a déjà subi deux révisions tech­niques, ce qui est un maximum pour une arme de cette catégorie, Plus de 600 000 Sturmgewehr 57 furent cons­truits entre 1957 et 1983.

Exportation

La firme entreprit également la fabrication d’un Sturm­gewehr 57 en un calibre 7,62 OTAN plus vendable que le 7,5 Suisse. Cette arme baptisée SG 510-4 légèrement modifiée fut adoptée par les armées chilienne et aussi bolivienne.

Aussi, malgré toutes ces qualités, le Sturmgewehr 57 devrait être remplacé prochainement par le fusil d’assaut 90 en calibre 5,56 mm. Mais pendant quelques années, encore le fusil d’assaut 57 garnira les cheminées des citoyens soldats Helvétiques.

 

Données techniques

Arme et munition

Calibre : 7,5 mm (tolérance : + 0,05 mm)

Longueur du canon, y compris le tromblon : 690 mm

Longueur de la partie rayée du canon : 520 mm

Nombre de rayures : 4

Longueur du pas des rayures : 270 mm

Longueur de la ligne de visée : 635 mm

Longueur de l’arme sans baïonnette : 1100 mm

Longueur de l’arme avec baïonnette : 1300 mm

 

Cadence de tir

Tir coup par coup : jusqu’à 10 coups/mn

Tir coup par coup rapide : jusqu’à 60 coups/mn

Tir en rafales (cadence technique) : 450-600 coups/min

 

Grenades 58 à fusil, tir à trajectoire courbe : jusqu’à 3 coups/mn

 

Grenades 58 à fusil, tir à trajectoire tendue : jusqu’à 5 coups/mn

 

Poids

Arme complète, sans magasin : 5,700 kg

Magasin pour munition de 7,5 mm, vide : 0,250 kg

Magasin pour munition de 7,5 mm, rempli de 24 cart. : 0,900 kg

Gaine, vide : 0,800 kg

Gaine avec 4 magasins (96 cartouches) : 4,400 kg

Magasin blanc pour cartouches propulsives 44 pour fusil, vide : 0,230 kg

Magasin blanc pour cartouches propulsives 44 pour fusil, avec 6 cartouches : 0,325 kg

 

Munition de 7,5 mm

Vitesse initiale (Vo) : 750 m/s

Pression maximum des gaz : 3300 atm

 

Grenades 58 à fusil

Poids : 1,160 kg

Vitesse initiale (Vo) :  sans charge propulsive additionnelle : env. 35 m/s

avec charge propulsive additionnelle : env. 70 m/s

Portée maximum de tir en trajectoire courbe :

sans charge propulsive additionnelle : 125 m

avec charge propulsive additionnelle : 400 m

Les mousquetons Vetterli du corps des gardes frontière (Suisse)

En 1867 sort le fusil Winchester, arme à répétition avec un transporteur manœuvré par une suite de leviers, soit double genouillère.

Vetterli, sous-directeur de la jeune fabrique d’arme SIG à Neuhausen, cherchait une solution pour son fusil à répétition dérivé de la Winchester. Un jour, il arrive au bureau en criant : « Eureka, j’ai trouvé la solution pour le fusil à répétition ! » Et, ouvrant le pouce et l’index, fermant les autres doigts, il forme une équerre comme pour une sonnette. Il presse sur le pouce, l’index se relève : « C’est cette branche qui élèvera le transporteur ». L’invention était faite, mais il fallait la mettre au point. Un ouvrier fort intelligent et habile, fournit un précieux secours.

Une fois l’arme terminée, tout le monde voulut la voir partout en Suisse. A Lausanne, à une réunion des officiers, M. Burnand, le directeur de SIG, fit une démonstration de cette arme. Le seul contradicteur fut le colonel Delarageaz qui ne voulait rien de ce « Crain cra » de mouvement. Ce fusil d’essai Vetterli a un chien, le transporteur est manœuvré par un levier coudé actionné par le cylindre. La double genouillère de la Winchester est supprimée, remplacée par une noix mobile autour du cylindre munis de trois tenons d’arrêt et d’une poupée ; le chien a un échappement. Sur ce modèle, la baguette de nettoyage est encastrée sur le côté gauche. Pour armer ce fusil, il allait une certaine force. Il a été modifié en 1869, la chaînette a été supprimée ainsi que le grand ressort ; ils ont été remplacés par un ressort en spirale qui entoure le cylindre et agit directement sur les ailettes.

Il y eut du retard dans les premières livraisons, retard provenant d’erreurs et de malentendus du fait que l’élaboration des instructions et des modèles a été faite par la Maison d’Erlach de Thoune, constructeur, et non par l’inventeur, d’où conflits, divergences et retard.

C’est en 1848 que les douanes sont devenues fédérales. Jusqu’à cette époque, ce service était exercé par les cantons. Le corps des gardes frontière, qui dépend du département militaire fédéral, a été créé à cette date. Il est, avec le corps des instructeurs militaires, les gendarmeries cantonales, la seule armée permanente de Suisse. Le garde frontière que l’on voit en uniforme, a été doté, par l’administration fédérale des douanes à Berne, d’un mousqueton, modèle différent de celui des dragons.

 

 

Désignations de l’arme

Mousqueton à répétition, construit en 1869 et 1871.

Constructeur : Friedrich Vetterli

Fabriqué par :  Waffenfabrik Bern (Fabrique fédérale d’armes, Berne)

Longueur de l’arme :  946 mm, longueur du canon, 486 mm

Poids de l’arme :  3,900 kg

Nombre de rayures :  4, direction du pas : à droite, inclinaison des rayures : 660 mm

Hausse à quadrant, modèle 1869-71, élévation maximum 1350 m, minimum 225 m. Guidon sur l’embouchoir ; nombre d’anneaux : 1 plus l’embouchoir, en fer. Plaque de couche incurvée en fer, tenue par deux vis.

Tringle de nettoyage en acier.

Crosse et fût en deux parties, noyer du pays.

Genre de culasse :  Tournante avec cylindre tendeur automatique.

Calibre : 10,4 mm. Percussion annulaire, percuteur en fourche.

Magasin tubulaire sous le canon, capacité 6 cartouches + 1 dans la chambre.

Cadence en 1 minute avec le magasin : 21 coups

Vitesse du projectile : Vo 375 m/sec.

N° de l’arme : 144 145. Ce mousqueton n’a pas de baïonnette.

Cartouche :  Douille en tombac (94% cuivre, 6% zinc), balle à extension en plomb, poids 20,2 g, 3,65 g poudre noire, grain de diamètre 1 mm

Cette arme, contrairement aux différents modèles de Vetterli, n’a pas de canaux pour les gaz, mais est dotée d’un fermoir de magasin. Toute la construction de l’arme est semblable au fusil Vetterli 1869-71. La numérotation est à 6 chiffres mais la numérotation ne suit pas. La transformation de cette arme aurait été effectuée par l’arsenal cantonal bernois, mais aucune archive n’indique le nombre des mousquetons construits.

En 1878, un nouveau modèle de mousqueton à répétition a été construit pour le corps des gardes frontière.

 

Désignation de l’arme

Mousqueton à répétition, modèle 1878 pour le corps des gardes frontière.

Constructeur : Friedrich Vetterli

Fabricant : Waffenfabrik Bern (Fabrique fédérale d’armes, Berne)

Longueur de l’arme, sans la baïonnette :  945 mm, longueur du canon : 485 mm

Poids de l’arme sans la baïonnette :  3,300 kg

Nombre de rayures : 4, pas à droite, inclinaison 550 mm

Hausse, système Schmidt, élévation maximum 600 mm, minimum 225 m

Guidon sur porte guidon massif, brasé sur le canon.

Un anneau et un embouchoir en fer.

Plaque de couche incurvée en fer, tenue par deux vis.

Tringle de nettoyage en acier.

N° de l’arme :  270

Magasin tubulaire, capacité 5 cartouches + 1 dans la chambre.

Nombre d’armes construites :  400, numérotées de 1 à 400

Munition :  ordonnance 1878, douille en tombac, balle en plomb expansive, poids 20,2 g, poudre noire 3,65 g.

Vitesse du projectile :  408 m/sec.

Ce modèle est doté d’une baïonnette-sabre sans la scie, lame de 470 mm, longueur totale 587 mm ; l’embouchoir a le porte baïonnette à droite.

Mais surprise, il a été constaté que les mousquetons numérotés de 1 à 200 sont 15 mm plus courts soit :

Longueur de l’arme : 930 mm (au lieu de 945 mm)

Longueur du canon :  470 mm (au lieu de 485 mm)

Le vieil arsenal de Soleure (musée d’armes cantonal) possède plusieurs mousquetons numérotés en dessous de 200 dont la longueur est aussi de 930 mm.

 

  1. Pellaton (1981)

Les armes du système Schmidt-Rubin (Suisse)

Le fusil M 1889

Le fusil M 1889 fut le premier de la longue série des armes du système SCHMIDT-RUBIN. Le nombre d’exemplaires produits s’élève à 212’000. Il se caractérise par toute une série de points originaux, que l’on ne retrouve pas souvent sur les armes étrangères.

Il s’agit tout d’abord d’une arme à action rectiligne, c’est-à-dire que le tireur n’a qu’à tirer sur la poignée de charge pour actionner la culasse, et à la repousser pour recharger l’arme. Une rainure en spirale permet de faire tourner la douille de fermeture, dont les tenons sont situés très à l’arrière de la culasse.

Ce système d’action directe de la culasse était considéré comme supérieur au système plus classique où il faut faire pivoter la culasse à l’aide du levier, car il ne comporte que deux mouvements au lieu de quatre, et le chargement est donc plus rapide. Cet avantage est essentiellement théorique, car il exige une force plus grande pour l’extraction de l’étui, surtout si l’arme a été contaminée par de la boue. Mais à l’époque la guerre des tranchées était encore loin. Des systèmes à action rectiligne furent adoptés par l’Autriche-Hongrie (MANNLICHER), LES us Marines (LEE) et le Canada (ROSS). Le fusil américain Lee ne connut qu’une très brève vie car son très petit calibre (6mm) était mal adapté aux poudres de l’époque ; les armes canadiennes furent très rapidement retirées du service car la boue des tranchées les bloquait trop facilement, et seuls les Austro-Hongrois les utilisèrent durant toute la Grande Guerre. Les fusils suisses n’eurent pas à connaître l’épreuve du feu, mais on peut penser qu’ils auraient bien passé le test, car comparés aux armes étrangères mentionnées ci-dessus ils présentent deux avantages décisifs : d’une part la culasse se laisse démonter et nettoyer très facilement, et d’autre part le gros diamètre de sa douille de fermeture offre un bras de levier nettement supérieur à ce qui existe dans le ROSS et le MANNLICHER, permettant ainsi une rotation plus facile des tenons de verrouillage, ainsi qu’une bonne extraction primaire de l’étui de la cartouche.

Le système de sécurité est lui aussi remarquable, consistant en un gros anneau à l’arrière du percuteur qui permet de le retirer facilement en arrière avec le doigt, et de l’assurer en le tournant de 90°. Le maniement est aisé, et ce dispositif très visible permet d’éviter bien des accidents.

Le colonel SCHMIDT se tenant très au courant des différents développements étrangers, il choisit un magasin ressemblant à celui inventé par l’Américain J.P. LEE. Il s’agit ici d’une boîte amovible protubérante pouvant contenir 12 coups, c’est-à-dire la capacité du fusil Vetterli jusqu’alors en usage. Un levier interrupteur permet de mettre le magasin hors service, car les  conceptions tactiques de l’époque étaient que le tir à répétition ne devait intervenir que dans les cas d’urgence, pour repousser un assaut par exemple. Pour le tir ordinaire on chargeait coup par coup. Cette idée venait du fait que les premières armes à répétition comme le Vetterli ou la Winchester étaient dotées d’un magasin tubulaire très lent à recharger. Cela n’était plus nécessaire avec l’invention du chargement en paquet, qui permettait de regarnir le magasin de plusieurs cartouches à la fois aussi vite que si l’on chargeait un coup isolé. Bien que le M 1889 soit doté de cette capacité, les cartouches étant introduites à l’aide d’un chargeur de 6 coups en carton renforcé, l’interrupteur fut considéré comme nécessaire. L’usage allait démontrer qu’il était plus gênant qu’utile, l’interruption pouvant être actionnée par mégarde. On dota ainsi plus tard toutes les armes en service d’un petit dispositif en tôle qui bloque le levier en position répétition.

Par rapport aux armes étrangères le M 1889 présente le défaut d’être un peu plus lourd (tare qui caractérisera tout l’armement suisse jusqu’à l’adoption du fusil d’assaut 90), et sa culasse est démesurément longue. Avec ses tenons placés très à l’arrière elle a tendance à vibrer, ce qui nuit à la précision. Elle manque aussi de résistance, ce qui l’empêche de tirer une munition à forte pression. Ainsi il est absolument déconseillé de tirer avec un M 1889 la munition actuelle (GP++), car on risque l’accident.

Le fusil M 1889/96

On se rendit très vite compte de cette faiblesse, et l’on comprit qu’il fallait ramener les tenons de verrouillage plus à l’avant. Curieusement Rudolf SCHMIDT déclara que c’était impossible, et c’est un autre ingénieur, le contrôleur VOGERSANG, qui réalisa la transformation. L’arme qui en résulta fut le fusil M 1889/96, fabriqué à 137’000 exemplaires.

Avec le tournant du siècle, de nouveaux progrès furent réalisés dans le domaine des munitions : la France adopta une balle pointue, dite balle D, en 1898, et fut suivie par l’Allemagne qui fit de même en 1905. Un poids plus léger et un meilleur aérodynamisme permettaient une plus grande vitesse initiale, une plus longue portée et, ce qu’on ne découvrit que plus tard, un plus grand effet vulnérant.

La supériorité de ces munitions étrangères amena la Suisse à se pencher sur le problème, et en 1908 une nouvelle cartouche fut présentée. Elle allait être adoptée sous sa forme définitive en 1911, et est encore en usage dans notre armée, maintenant seulement pour les mitrailleuses, vu le retrait du fusil d’assaut 57.

La bonne solidité de la culasse du M1889/96 permit d’envisager la transformation de ces fusils pour la nouvelle munition. ON obtint ainsi le fusil M 1896/11. 135’000 fusils furent ainsi transformés.

La transformation consista, outre le remplacement du canon et de la hausse, en l’adoption d’un magasin à 6 coups, qui ne dépasse pratiquement plus sous le fût, ainsi que par l’ajout d’une pièce de bois sous l’avant de la crosse, lui donnant une forme de poignée de pistolet facilitant la tenue de l’arme et ainsi la précision.

Le fusil et le mousqueton M 1911

 Le modèle 1911, construit à 127’000 exemplaires pour les fusils d’infanterie, et plus de 185’000 pour les mousquetons, est une fabrication neuve incorpo9rant les transformations mises en œuvre sur le M 1889/96. La poignée de pistolet n’est plus rapportée, mais directement taillée dans la masse lors de la fabrication de la crosse.

La longueur du canon du fusil d’infanterie représentait l’optimum balistique possible pour la cartouche 1911. Les dimensions de cette arme correspondaient à ce qui était alors en usage dans les différentes armées étrangères.

Certaines armes, à commencer par la cavalerie, ne pouvaient s’accommoder d’un fusil aussi long. Ne pouvant obtenir une version raccourcie du fusil M 1889 la cavalerie fut dotée en 1893 d’une carabine du système autrichien MANN LICHER, qui ne donna pas satisfaction. On s’efforça donc de mettre au point une arme courte du système M 1896, qui fut adoptée en 1905. Avec l’adoption de la cartouche 1911 ce fut le mousqueton correspondant qui fut donné à la cavalerie, ainsi qu’^à l’artillerie, au génie, cyclistes, motocyclistes et mitrailleurs.

Le mousqueton M 1931

 L’avantage d’une arme courte dans le combat moderne avait été démontré durant la Grande Guerre. Hélas le mousqueton M 1911 était moins précis que le fusil, ce qui a son importance dans un pays pratiquent autant le tir sportif. Il n’était donc pas pensable d’en doter toute l’armée.

Fort heureusement, en étudiant notamment des modifications permettant d’en simplifier la fabrication et donc d’en diminuer les coûts, les ingénieurs de la fabrique fédérale d’armes réussirent à concevoir une modification radicale de la culasse, qui, si elle en gardait les principes généraux, n’en était pas moins révolutionnaire : les tenons de verrouillage furent placés tout à l’avant de la douille de fermeture, qui enveloppe désormais la culasse sur pratiquement toute sa longueur.

Le magasin est maintenant directement plaqué contre le pontet de sous-garde, et ce raccourcissement de la culasse permet un allongement correspondant du canon, lui donnant des caractéristiques balistiques identiques au fusil 1911.

Ce mousqueton fut larme personnelle du soldat suisse durant la deuxième guerre mondiale et jusqu’à l’adoption du fusil d’assaut 57. Il fit largement ses preuves, et connaît encore une certaine popularité auprès des tireurs.

Il fut aussi adopté par les forces de gendarmerie, et arma la garde pontificale.

Le mousqueton à lunette M 1931/55

 La seconde guerre mondiale mit en évidence le rôle que pouvaient jouer les tireurs d’élite. S’inspirant des exemples étrangers, notre armée s’équipa dans un premier temps de mousqueton M 1931 auxquels on vissa latéralement à la boîte de culasse une petite lunette de visée. Ces solutions ne se révélèrent pas satisfaisantes et finalement il fut décidé de créer une arme entièrement nouvelle, uniquement destinée à cette mission. Le mousqueton à lunette M 1931/55 représente ainsi l’ultime évolution du système SCHMIDT-RUBIN.

La Culasse est celle du M 1931, modifiée de manière à s’adapter à la nouvelle boîte de culasse, qui diffère de celle du mousqueton standard par son inclinaison, permettant ainsi de placer le paquet de cartouches dans l’ouverture supérieure lorsque la lunette est fixée sur l’arme.

Avec son bipied, son frein de bouche et sa crosse ergonomique, ainsi qu’un canon épais lui assurant une grande précision, ce fusil constituait une arme redoutable entre les mains d’un tireur entraîné.

Tiré du mensuel de la Société Militaire de Genève 2/2004

Coupole d’Helfaut-Wizernes – Base lancement V2 – Atlantikwall

La coupole d’Helfaut-Wizernes est un bunker de la Seconde Guerre mondiale situé dans la commune d’Helfaut dans le département français du Pas-de-Calais. De noms de code Bauvorhaben 21 et Schotterwerk Nordwest, il fut construit par l’Allemagne nazie entre 1943 et 1944 pour servir de base de lancement pour les fusées V2 visant Londres et le Sud de l’Angleterre.

La structure la plus importante de ce complexe, construit dans une ancienne carrière de craie, est un immense dôme de béton d’où est issu son nom moderne. Cette coupole fut bâtie au-dessus d’un réseau de tunnels, d’entrepôts, d’installations de lancement et de casernes. Le complexe était conçu pour abriter un grand arsenal de fusées, de carburant et de munitions et devait permettre de lancer des V2 à une cadence industrielle. Il était prévu que des dizaines de missiles seraient tirés chaque jour contre le Sud de l’Angleterre.

Néanmoins les intenses bombardements alliés dans le cadre de l’opération Crossbow empêchèrent les Allemands de terminer les travaux et le complexe n’entra jamais en service. Il fut capturé par les Alliés en septembre 1944, partiellement démoli sur ordre de Winston Churchill pour empêcher sa réutilisation comme base militaire, puis abandonné. Le site resta délaissé jusqu’au milieu des années 1990. En 1997, il fut transformé en musée et ouvert au public. Les expositions dans les tunnels et sous le dôme sont centrées autour de trois axes : l’occupation dans le Nord-Pas-de-Calais, les missiles allemands et l’histoire du vol spatial.

Contexte

La fusée V2 était l’une des nombreuses armes originales développées par les Allemands à la suite de l’échec de la Luftwaffe à remporter une victoire décisive contre le Royaume-Uni. En tant que premier missile balistique à longue portée au monde, il s’agissait d’une arme révolutionnaire dont le développement avait commencé en 1936. Les dirigeants nazis espéraient qu’un déluge de fusées contre Londres forcerait la Grande-Bretagne à négocier la paix[2]. Même si Adolf Hitler était initialement partagé sur cette approche, il devint un partisan enthousiaste du programme V2 quand les bombardements alliés commencèrent à ravager les villes allemandes[].

Le missile de 12,5 t et haut de 14 m sur son pas de tir était propulsé par la combustion d’oxygène liquide et de méthanol[]. Le déploiement de V2 à grande échelle nécessitait bien plus d’oxygène liquide que ce que produisaient les usines situées en Allemagne et dans les pays occupés. De nouvelles sources étaient nécessaires à proximité des sites de lancement pour réduire au maximum les pertes lors du transport. La portée du missile étant de 320 km, les sites de lancements devaient se trouver à proximité des côtes de la Manche ou du Sud de la mer du Nord donc dans le Nord de la France, la Belgique ou l’Ouest des Pays-Bas[].

Du fait de la complexité du missile et du besoin de nombreux tests avant le lancement, les concepteurs de la V2 au centre de recherche de Peenemünde privilégièrent la création de sites très fortifiés où les fusées pourraient être entreposées, armées et ravitaillées avec une usine de production d’oxygène liquide présente sur place. L’état-major allemand et le responsable du programme balistique, le major-général Walter Dornberger, firent cependant remarquer que ces sites seraient des cibles faciles pour les avions alliés et privilégiaient l’emploi de Meillerwagen , des batteries de lancements mobiles bien plus difficiles à repérer[].

La décision fut finalement prise par Adolf Hitler qui affichait de longue date une préférence pour les constructions imposantes et grandioses sur le modèle des bases sous-marines, virtuellement indestructibles, réalisées pour abriter la flotte des U-Boote allemands. En mars 1943[], il ordonna la construction d’un immense bunker (aujourd’hui appelé « blockhaus d’Éperlecques ») dans la forêt d’Éperlecques près de Watten. Le bâtiment fut rapidement repéré par les appareils de reconnaissance alliés et, le 27 août 1943, un raid de 187 B-17 endommagea le complexe avant son achèvement. Une partie fut réutilisée par les Allemands pour produire de l’oxygène liquide[].

Emplacement

L’attaque réussie contre le bunker de Watten força les Allemands à trouver un nouvel emplacement à proximité. Ils avaient déjà pris possession d’une ancienne carrière située entre les villages d’Helfaut et de Wizernes au sud-ouest de Saint-Omer et à environ 12 km au sud du bunker de Watten près du fleuve Aa. Le lieu se trouvait également le long de la ligne de chemin de fer de Boulogne-sur-Mer à Saint-Omer, à environ 1 km de la gare de Wizernes. La carrière fut choisie pour servir de lieu de stockage des fusées qui seraient entreposées dans les tunnels creusés dans la colline crayeuse avant leur transport vers le site de lancement[]. Les Allemands entreprirent d’importants travaux en août 1943 pour poser les rails entre la carrière et la voie ferrée principale[]. Les Allemands donnèrent deux noms de code au projet : Bauvorhaben 21 (« Projet de construction 21 ») et Schotterwerk Nordwest (« Gravière du Nord-Ouest »)[].

Le 30 septembre 1943, Hitler rencontra Albert Speer, le ministre de l’armement et Franz Xaver Dorsch, l’ingénieur en chef de l’organisation Todt, pour discuter de la création d’un nouveau site après la destruction de celui de Watten. Dorsch proposa de transformer le dépôt de Wizernes en un vaste complexe souterrain à l’épreuve des bombes qui demanderait un million de tonnes de béton. Le site serait composé d’un réseau de 7 km de tunnels creusés dans les flancs de la carrière abritant des ateliers, des entrepôts, des générateurs, des casernes et une usine de production d’oxygène liquide. Un dôme de béton de 71 m de diamètre, de 5 m d’épaisseur et de 55 000 t serait construit au-dessus du centre de l’installation pour la protéger des bombardements alliés.[

]Conception

Une voie ferrée d’écartement normal, de nom de code Ida, devait constituer une déviation de la voie principale pour permettre aux trains de traverser le complexe sans devoir reculer ou faire demi-tour. Les fusées et le ravitaillement déchargés du train seraient transportés par des chariots dans les galeries adjacentes Mathilde et Hugo. Hugo était connecté à son extrémité à Sophie, un cul-de-sac ferroviaire relié à Ida. Chacune de ces galeries principales possédait plusieurs tunnels adjacents, sans nom, de même taille dont la longueur pouvait atteindre 90 m. La structure principale du complexe était une grande salle hexagonale située directement sous la coupole et qui devait servir à préparer la fusée au lancement. Elle ne fut jamais achevée mais aurait mesuré 41 m de diamètre et 33 m de haut. Environ dix niveaux intermédiaires devaient être construits dans les flancs de cette salle.

Le coté occidental de la salle donnait sur deux hauts corridors appelés Gustav et Gretchen. Chacun devait être protégé par des portes en béton et en acier à l’épreuve des bombes. Ces tunnels mesuraient 4 m de large et 17 m de haut et débouchaient dans la carrière. Des plates-formes de lancement pour les fusées devaient être construites à l’extrémité de chaque corridor. Les deux tunnels étaient orientés respectivement à 64° 50′ et 99° 50′ ouest pour que les pas de tir soient suffisamment éloignés les uns des autres[].

Le complexe était conçu, comme son prédécesseur à Watten, pour accueillir, préparer et lancer les V2 à une échelle industrielle. Les trains transportant les V2 entreraient dans le cœur du site via la voie ferrée Ida, où ils seraient déchargés. Un grand nombre de V2 pouvaient être entreposés dans les tunnels et l’oxygène devait être produit sur place. Les missiles seraient ensuite déplacés dans la salle de préparation où ils seraient positionnés à la verticale, armés et approvisionnés en carburant. Les fusées seraient ensuite transportées par des chariots ferroviaires jusqu’au pas de tir via les tunnels Gustav et Gretchen[].

La cible principale des V2 était Londres, située à 188 km. Les Allemands envisageaient de tirer des dizaines de missiles chaque jour contre le Sud de l’Angleterre[]. Les Alliés furent alarmés par la taille du site qui pouvait accueillir des fusées deux fois plus grandes que la V2 comme le projet de missile balistique intercontinental A10[].

Bien que physiquement séparé, un autre complexe construit près de Roquetoire faisait partie intégrante du site de Wizernes. Umspannwerk C fut construit pour abriter une station de guidage radio devant être utilisée pour corriger la trajectoire des missiles lancés depuis Wizernes[].

Construction

Les Alliés repérèrent les activités de construction à Wizernes au mois d’août 1943 lorsque les Allemands commencèrent à construire une voie ferrée et les installations de déchargement dans l’ancienne carrière[]. Les travaux s’accélèrent après qu’Hitler eut décidé de transformer le dépôt en site de lancement. Les constructions du dôme et des tunnels commencèrent respectivement en novembre et en décembre 1943[]. Au début du mois de janvier, les appareils de reconnaissance alliés repérèrent un système de camouflage élaboré au sommet de la colline pour dissimuler la coupole[]. Le rythme de construction fut handicapé par les constantes alertes aériennes qui arrêtèrent le travail 229 fois pour le seul mois de mai 1944. Le nombre de travailleurs passa de 1 100 en avril à 1 400 en juin[]. Environ 60 % des ouvriers étaient des travailleurs qualifiés allemands ; des mineurs de Westphalie furent par exemple recrutés pour creuser les tunnels et bâtir le dôme[]. Le reste se composait essentiellement de Français enrôlés dans le service du travail obligatoire (STO) et de prisonniers de guerre soviétiques[]. Le projet était supervisé par plusieurs grandes sociétés de construction allemandes ; Philip Holzman A.G. de Francfort-sur-le-Main et la Grossdeutsche Schachtbau and Tierbohr GmbH étaient les principaux entrepreneurs[].

L’un des plus grands défis était de construire le dôme malgré les attaques aériennes régulières. Le concepteur de la coupole, l’ingénieur Werner Flos de l’Organisation Todt, décida de construire le dôme en premier sur le sol puis d’excaver le volume en dessous afin de protéger les travaux des bombardements. Une tranchée circulaire d’un diamètre de 84 m fut creusée au sommet de la colline surplombant la carrière. La coupole fut construite à partir de cette tranchée et les tunnels et la salle de préparation furent excavés en dessous[][].

Pour renforcer la résistance du complexe, le dôme fut surmonté d’une couche de béton armé appelée Zerschellerplatte large de 14 m et épaisse de 2 m au-dessus des tunnels Gustav et Gretchen. Cette couche n’était pas liée au dôme et reposait sur une série de contreforts. Une autre structure bétonnée située au nord-ouest du dôme devait peut-être servir de poste d’observation et de tour de contrôle. Un second complexe souterrain fut construit sur le flanc occidental de la carrière pour servir d’hôpital et accueillir les bureaux des ingénieurs[]. Une voie ferrée étroite de type Decauville fut installée au fond de la carrière pour acheminer le matériel depuis la voie ferrée principale jusqu’au site de construction[].

Un bâtiment en béton de forme carrée fut construit au sommet de la colline à côté du dôme. Il devait servir de bouche d’aération à l’épreuve des bombes et était un élément essentiel d’un complexe où des gaz dangereux et explosifs devaient être utilisés en grande quantité. Il ne fut jamais achevé et les Alliés découvrirent que le puits de ventilation n’avait pas été entièrement excavé. Le bâtiment ne fut pas touché par les bombes[] et est toujours visible en 2012.

À la différence du site de Watten, il n’y avait pas de centrale électrique sur le site. L’énergie nécessaire au complexe de Wizernes était fournie par une connexion au réseau électrique et sa consommation était estimée entre 5 000 et 6 000 kVA[].

Destruction par les Alliés

Les Alliés repérèrent le site de Wizernes dès août 1943[] et en novembre, l’unité de reconnaissance aérienne alliée rapporta que les Allemands avaient commencé la construction du dôme et réalisaient des travaux d’excavation dans la face orientale de la carrière. Ce n’est cependant qu’en mars 1944 que les Alliés ajoutèrent le site de Wizernes à la liste des cibles de l’opération Crossbow, la campagne de bombardement des sites de lancement des V1 et des V2 qui avait déjà détruit le site de Watten. Au cours des mois qui suivirent, l’USAAF et la RAF menèrent 16 raids impliquant 811 bombardiers qui larguèrent 4 260 t de bombes[]. Les bombardements touchèrent une large zone et tuèrent 55 habitants du village voisin d’Helfault[].

Le dôme ne fut touché que par une seule bombe lors de ces raids et les dégâts furent négligeables. En juin et juillet 1944, la RAF commença cependant à attaquer le site avec des bombes pénétrantes Tallboy de 5 443 kg[]. Les travaux de construction extérieurs furent anéantis par les bombes et une Tallboy explosa juste à côté du dôme pulvérisant tout le flanc de la carrière et ensevelissant les entrées des tunnels Gustav et Gretchen. L’entrée de Sophie fut également bloquée, laissant Ida comme seule entrée utilisable. La coupole en sortit indemne mais les contreforts soutenant la Zerschellerplatte furent touchés et glissèrent en partie dans la carrière. Les tunnels sous le dôme furent également sévèrement endommagés et les dégâts empêchèrent la poursuite des travaux. Le major-général Walter Dornberger se lamenta que « les attaques aériennes persistantes avec des bombes lourdes et super-lourdes avaient tellement labouré le sol que les glissements de terrain consécutifs avaient empêché tous nouveaux travaux au printemps 1944[] ». Son équipe rapporta le 28 juillet 1944 que, même si le dôme n’avait pas été touché par les Tallboys, « l’ensemble de la zone alentour avait été tellement défoncé qu’il était inaccessible et que les dégâts aux fondations mettaient en péril le bunker[]».

Bien que trois bataillons de lancements aient été formés par les Allemands à la fin de l’année 1943[], ils ne furent jamais déployés sur les sites de tir de Watten et de Wizernes. Le 3 juillet 1944, l’Oberkommando der Wehrmacht autorisa l’arrêt des constructions sur les sites sévèrement endommagés. Le 18 juillet 1944, Hitler abandonna les plans de lancement de V2 depuis des bunkers[] et autorisa la transformation du bunker de Wizernes en usine de production d’oxygène liquide[]. Les débarquements en Normandie entraînèrent l’annulation de ces projets et le site fut finalement abandonné quelques jours avant l’arrivée des Alliés au début du mois de septembre[]. Des ingénieurs britanniques inspectèrent le complexe le 5 septembre[].

Après-guerre

Peu après la capture du site de Wizernes en septembre 1944, Duncan Sandys, le directeur du Crossbow Committee britannique enquêtant sur le programme balistique allemand, ordonna la formation d’une mission d’enquête menée par le colonel Terence Sanders. Il reçut la tâche d’étudier les sites de Mimoyecques, de Siracourt, de Watten et de Wizernes. Le rapport de Sanders fut transmis au cabinet de guerre le 19 mars 1945[].

La raison d’être du complexe de Wizernes était relativement inconnue des Alliés avant sa capture mais Sanders supposa qu’il avait un lien avec les V2 d’après les dimensions du site et les quelques renseignements rassemblés. Le rapport de Sanders concluait qu’il s’agissait « d’un site d’assemblage pour des projectiles longs manipulés et transportés à la verticale ». Il évalua la taille approximative des projectiles d’après la hauteur des tunnels Gustav et Gretchen, même s’il faisait remarquer que la hauteur des portes à l’entrée des tunnels était incertaine. Des segments de portes furent retrouvés sur un site de stockage près de la gare de Watten. Suivant la taille des tunnels, les dimensions maximales des missiles étaient entre 17 et 24 m en longueur et 4 m en largeur[]. Cela était bien plus grand que la V2 qui mesurait 14 m de haut et 3,55 m de large. Deux témoins interrogés par Sanders rapportèrent qu’ils avaient « l’intention de tirer un projectile de 18 m de long[] ». Sanders nota que « les dimensions du site le rendait utilisable pour la fusée V2 mais la possibilité d’utiliser une nouvelle fusée une fois et demie plus longue et deux fois plus lourde n’était pas à exclure[] ». Il conclut en affirmant que la plus grande partie du site devenait dangereuse du fait de l’effondrement progressif des poutres de support et recommanda la destruction des tunnels et des salles sous le dôme pour éviter des accidents[].

Le site fut rendu à son propriétaire privé après la guerre. Comme la carrière était épuisée depuis longtemps, le complexe fut abandonné[]. Les tunnels ne furent pas détruits mais bouchés même s’ils furent rouverts par les habitants de la région. La salle centrale resta cependant fermée par des barricades. La carrière resta plus ou moins dans le même état qu’en 1944 avec des portions de rails toujours en place. La partie formant l’hôpital resta relativement intacte et fut utilisée comme champ de tir par les gendarmes[].

Musée de La Coupole

En 1986, l’Espace naturel régional de Lille accorda 10 millions de francs à un projet de développement touristique du site avec l’objectif de créer un musée sur la Seconde Guerre mondiale. Le plan fut médiatisé lors d’une ouverture exceptionnelle du site le week-end du 20 et 21 juin 1987 à laquelle participèrent 20 000 visiteurs. Le concepteur du dôme, Werner Flos, rencontra Reginald Victor Jones, un ancien membre du Crossbow Committee à Wizernes. Le tunnel Ida et les salles adjacentes furent ouverts au public et utilisés pour une exposition sur l’histoire du complexe[].

L’historien local Yves Le Maner fut chargé de développer le projet tandis qu’une étude de faisabilité était conduite pour étudier la possibilité d’achever les travaux d’excavation et sécuriser le site pour le public. Les plans furent approuvés en 1993 et le site fut acheté par la commune d’Helfaut. Le Conseil général du Pas-de-Calais acheta le site l’année suivante et apporta 35 millions de francs au projet d’un coût de 69 millions. 17 millions furent apportés par le Conseil régional, 12 millions par la Communauté économique européenne, 3 millions par l’État français et un million par la commune de Saint-Omer ; plusieurs actionnaires privés apportèrent également une contribution. La Société d’Équipement du Pas-de-Calais fut chargée de mener les travaux qui incluaient l’excavation de deux mètres supplémentaires sous le dôme, le dégagement et l’achèvement de certains tunnels, la construction du musée et du stationnement au fond de la carrière et l’installation d’un ascenseur pour emmener les visiteurs depuis l’ancienne salle de préparation jusque sous la coupole[].

Le musée ouvrit en mai 1997. Les visiteurs entrent par le tunnel ferroviaire Ida dont les rails ont été retirés. Les tunnels adjacents autrefois utilisés pour le stockage exposent des objets datant de la guerre. La visite se poursuit dans le tunnel Mathilde jusqu’à un ascenseur qui emmène les visiteurs dans l’espace sous le dôme où se trouve la principale exposition[]. Le musée présente l’histoire des missiles balistiques allemands, la vie en France occupée et la conquête de l’espace et les informations audiovisuelles sont disponibles en français, en anglais, en allemand et en néerlandais. Le musée abrite plusieurs objets d’époque dont un missile V1 fourni par le Science Museum de Londres et un V2 prêté par la Smithsonian Institution de Washington[] ainsi qu’un mémorial consacré aux 8 000 habitants du Nord-Pas-de-Calais tués ou déportés durant la guerre[]. En 2001, le musée a accueilli 110 000 visiteurs, neuf ans plus tard, c’est 120 000[]. En juillet 2012, le Centre de ressources numériques pour le développement de l’accès à la connaissance (CEREDAC) a implanté un planétarium dans le musée. Ce centre de 6 millions d’euros est financé par le département du Pas-de-Calais, la région Nord-Pas-de-Calais, l’État français, l’Union européenne et l’intercommunalité de Saint-Omer[]. Un des arrêts du chemin de fer touristique de la vallée de l’Aa dessert le site de La Coupole. Depuis 2010, le musée gère également le site du canon V3 à la forteresse de Mimoyecques[].

 

DISPOSITIF ANTICHARS TROMBLON POUR MOUSQUETON 31 (Suisse)

Ce dispositif permettait le tri de grenade ach a partir du Mousqueton 31. Ce dispositif, relativement simple, se fixait au bout du fusil. Un magasin « blanc » remplaçait le magasin d’origine du Mq 31 contenait des cartouches contant la charge propulsive qui expulsait la grenade à fusil.

Un tromblon lance-grenades est un dispositif à fixer au bout du canon d’un mousqueton 31, pour le tir de munitions explosives, antichar ou non-létales. La grenade est insérée dans ce manchon et propulsée par le tir d’une cartouche à blanc ou d’une balle spéciale

Le tir au tromblon n’étais pas apprécié car le départ du coup était si violent que l’arme était très souvent déréglée.

Ce dispositif a été supprimé après la IIème guerre mondiale.

DISPOSITIF ANTICHARS TROMBLON POUR MOUSQUETON 31 (Suisse)

Ce dispositif permettait le tri de grenade ach a partir du Mousqueton 31. Ce dispositif, relativement simple, se fixait au bout du fusil. Un magasin « blanc » remplaçait le magasin d’origine du Mq 31 contenait des cartouches contant la charge propulsive qui expulsait la grenade à fusil.

Un tromblon lance-grenades est un dispositif à fixer au bout du canon d’un mousqueton 31, pour le tir de munitions explosives, antichar ou non-létales. La grenade est insérée dans ce manchon et propulsée par le tir d’une cartouche à blanc ou d’une balle spéciale

Le tir au tromblon n’étais pas apprécié car le départ du coup était si violent que l’arme était très souvent déréglée.

Ce dispositif a été supprimé après la IIème guerre mondiale.

DISPOSITIF ANTICHARS TROMBLON POUR MOUSQUETON 31 (Suisse)

Ce dispositif permettait le tri de grenade ach a partir du Mousqueton 31. Ce dispositif, relativement simple, se fixait au bout du fusil. Un magasin « blanc » remplaçait le magasin d’origine du Mq 31 contenait des cartouches contant la charge propulsive qui expulsait la grenade à fusil.

Un tromblon lance-grenades est un dispositif à fixer au bout du canon d’un mousqueton 31, pour le tir de munitions explosives, antichar ou non-létales. La grenade est insérée dans ce manchon et propulsée par le tir d’une cartouche à blanc ou d’une balle spéciale

Le tir au tromblon n’étais pas apprécié car le départ du coup était si violent que l’arme était très souvent déréglée.

Ce dispositif a été supprimé après la IIème guerre mondiale.

Mousqueton modèle 1931 – Suisse

L’École de tir de Wallenstadt reçoit pour des essais, à la fin de l’année 1930, des exemplaires d’un nouveau mousqueton provenant de la Fabrique fédérale d’armes à Berne. A cette époque, l’armée dispose de deux armes individuelles, le mousqueton et le long fusil. L’arme présentée par le directeur de la Fabrique d’arme, le colonel Furrer est plus précise que le fusil long ; ce modèle est adopté par le Conseil fédéral le 22 janvier 1932 et l’arrêté des Chambres fédérales du 16 juin 1933 prévoit que le mousqueton modèle 1931 est l’arme à feu de toutes les troupes portant fusil. Pour la fourniture de ce mousqueton, livré à la troupe dès 1935, les budgets de 1931 à 1935 se chiffrent à près de deux millions par année.

Caractéristiques:

Longueur totale 1105 mm. Longueur du canon 652 mm. Idem dès la boîte de culasse 610 mm. Calibre 7,51 mm (tolérance 7,50 à 7,57 mm). Rebut 7,64 mm. Canon à 4 rayures, largeur 3,9 mm, profondeur 0,14 mm (largeur des rayures est le double de celle des champs). Les rayures hélicoïdales font environ deux tours sur la longueur du canon, imprimant un mouvement de rotation à droite au projectile (pas de 270 mm). Hausse à joues profilées et incurvées, graduée de 100 en 100 m de 100 à 1500 m. Distance de la feuille de hausse à l’arrière du guidon 511mm. Ligne de mire 568 mm. Porte-guidon fixé par une cheville (pas de tenon ni de vis), encoche de mire ovale. Le guidon est protégé par les joues protectrices légèrement incurvées dans leur partie supérieure.

Il existe 5 sortes différentes de guidons interchangeables:

Le plus haut 7,1 mm désignation +

Haut               6,8 mm désignation +

Normal         6,5 mm désignation N

Bas                 6,2 mm désignation –

Le plus bas   5,9 mm désignation _

Magasin pour 6 cartouches, il croche dans la boîte de culasse et la planche du magasin se relève. Poids de l’arme 4000 g. Numérotation de l’arme de 520 151 à 999 999 et de 215 001 à 263 330. Crosse en noyer jusqu’en 1944 et en hêtre étuvé dès cette date (Numérotation dès 840 000). Variation du point d’impact à 300 m d’une sorte de guidon à l’autre -pour mousqueton m. 1911 : 18 cm -pour mousqueton m. 1931 : 16 cm

Détente : 3 leviers (détente, gâchette et articulation de détente) plus ressort et éjecteur mobile, logé dans la boîte. Baïonnette-poignard, modèle 1918 à double tranchant, lame de 300 mm, ou baïonnette-scie modèle 1914, lame de 480 mm. Le verrouillage de la culasse s’effectue en avant de l’ouverture de charge, c’est-à-dire directement en arrière de la chambre à cartouches. L’appareil de percussion est logé dans le cylindre. Vitesse initiale de la balle 780 m/sec. Fabricant : Fabrique fédérale d’armes à Berne ; prix de revient de l’arme 400 F. Pour l’utilisation du modèle 31 pour tirer les grenades antichar modèles 44 et 48, le magasin du mousqueton est remplacé par un magasin blanc pour les cartouches propulsives et un des deux modèles de tromblon se fixant au bout du canon.

LA BASE DE RADIOGUIDAGE V2 DE PRÉDEFIN (Pas-de-Calais)

Initialement, les savants de Peenemünde, sous la direction de Werner von Braun, avaient prévu de guider par radio les fusées V2 jusqu’à leur objectif, grâce à un système de faisceaux formés par des ondes (« Leitstrahl »). Cette solution garantissait une très grande précision et l’assurance de frapper à tous les coups ou presque la cible visée, sans dispersion. Mais elle présentait aussi le risque que les Britanniques découvrent une parade et un moyen de brouiller le système de guidage, pour leurrer et détourner les V2.

Dans la perspective du futur déclenchement de l’offensive des armes miracles V1 et V2 (Wunderwaffen), prévue initialement à la fin de 1943, l’Organisation Todt  (O.T.) reçut donc l’ordre de bâtir, dans le plus grand secret, un bunker radar et une base de radioguidage dans le département du Pas-de-Calais. Cette base était prévue initialement pour assurer le suivi et le radioguidage des fusées V2  lancées  depuis les bunkers de tir « KNW » d’Eperlecques (nom de code Mannschaftsbunker) et « SNW » de Helfaut-Wizernes (nom de code Bauvorhaben 21, correspondant à l’actuel site muséographique de La Coupole), distants respectivement de 38 et 24 km du site pressenti.

Le lieu choisi par les Allemands pour implanter cette base de radioguidage est situé à 16km au N-O de la ville de Saint-Pol,  à la sortie ouest du village de Prédefin (Pas-de-Calais), près de la route reliant cette localité à Heuchin.  La base comportait 2 groupes d’installations distinctes mais disposées sur le même axe, ce qui laissait bien deviner leur interdépendance : la station radar et le centre de radioguidage.

Le chantier commença au début de l’année 1943 et la construction de ce gigantesque complexe nécessita  50 000 sacs de ciment (2 500 tonnes) acheminés à pied d’œuvre par un petit chemin de fer auxiliaire relié à la voie ferroviaire Saint-Pol – Hesdin. Plus de 1200 ouvriers et techniciens travaillèrent à la réalisation des différentes installations, dont de nombreux travailleurs belges et polonais affectés aux travaux de maçonnerie, ainsi que quelques français du S.T.O. (Service du Travail obligatoire, instauré par Vichy à la requête de l’occupant). Les ouvriers étaient abrités dans les baraquements d’un camp installé dans le village de Prédefin et dirigé par le commandant Kramer, alors que les cadres de l’Organisation Todt logeaient dans un baraquement édifié à 200 m de la base en construction.

Entre-temps, les techniciens du centre de recherche de Peenemünde réussirent à mettre au point une plate-forme inertielle embarquée à bord de la fusée V2, constituée par un ensemble de gyroscopes accéléromètres intégrateurs. Cela permit, dans les premiers mois de 1944, de renoncer complètement au radioguidage envisagé initialement, il est vrai au prix d’une plus grande dispersion des impacts et d’une moindre précision. Le site de Prédefin, dont la construction était achevée, fut donc cédé par la Heer (armée de terre) à la Luftwaffe qui le transforma en une base de radiorepérage incluse dans le système défensif de l’espace aérien du Nord-Pas-de-Calais (défense aérienne de la Festung Europa).

Le bunker radar Mammut Friedrich

Situé à 500 m de la base de radioguidage/radiorepérage, le bunker était surmonté par un gigantesque radar Mammut FuMo 51 Friedrich.

Ce bunker en béton armé, construit pratiquement au ras du sol, mesurait 23 mètres de longueur par 12,50 m de largeur et 5,40 m de hauteur. Il comportait une dalle de couverture de 2,00 m d’épaisseur supportant 4 bases de béton de deux mètres par cinq, dans lesquelles étaient scellés les énormes pylônes métalliques de 30 m de haut supportant le gigantesque cadre rectangulaire du radar Mammut Friedrich, d’une envergure de 29 mètres. Entre les pylônes s’élevaient deux socles de béton de 1,20 x 1,20 m, mesurant chacun 3 m de hauteur, comportant intérieurement un faisceau de 12 tubes dépassant légèrement de la maçonnerie, pour les descentes d’antennes.

Au milieu de sa façade sud-ouest, le bunker comportait une entrée principale avec, à gauche,  deux escaliers secondaires conduisant vers l’intérieur. A droite s’ouvrait l’escalier menant au poste d’observation situé au-dessus de l’angle sud. L’accès au bunker était flanqué par un créneau de tir qui s’ouvrait sur une petite casemate intérieure, à l’angle ouest du bâtiment.

A l’intérieur, on trouvait un poste de commandement équipé de tableaux électroniques, deux salles de contrôle radar, une salle d’opération équipée de 2 tables « SEEBURG » et une salle des machines abritant un groupe électrogène de 500 kVA, une chaufferie et un système de ventilation aboutissant à un orifice ménagé dans la dalle de couverture.

A deux mètres cinquante du bunker se trouvaient 2 bâtiments annexes de 30 x 6 m, qui furent complètement détruits par les nombreux bombardements alliés. Ils comportaient des salles de transmission, des chambrées et un poste de garde. A 50 m se trouvait une cuve d’eau bétonnée et semi-enterrée, contenant l’eau de refroidissement du groupe électrogène, ainsi qu’un transformateur de 500 kVA relié au bunker et aux bâtiments annexes par des tranchées bétonnées à ciel ouvert.

La base de radiorepérage

A 400 mètres du bunker de la station radar, à gauche de la route Prédfin – Heuchin et en bordure de la voie ferrée reliant Saint-Paul à Hesdin, fut édifié un immense camp couvrant 25 000 m2,  au lieu dit « Bois Lewingle ». Son entrée était défendue par une barrière et un poste de police en béton, à côté duquel s’élevait un bâtiment de 3 étages abritant les locaux de la garde, une armurerie, et les cantonnements du détachement assurant la sécurité du périmètre.

Ce camp, initialement destiné à abriter les installations de suivi et de radio-guidage des V2, fut transformé en centre de radiorepérage aérien par la Luftwaffe. Il comprenait 2 radars WÜRZBURG et un radar FREYA en encuvements, des antennes de radio-transmissions, un centre d’écoute et de transmissions, deux émetteurs et une chaufferie. Les infrastructures étaient complétées par des abris, un poste de guet, une dizaine de bâtiments servant de casernements, un hôpital et une chambre à gaz pour la formation des sous-officiers. Le plus grand bâtiment mesurait 100 m de longueur et 20 m de largeur et comportait un large couloir central autour duquel s’organisaient  d’innombrables pièces, dont une cuisine, une salle de cinéma et une salle des fêtes. Devaient y loger le personnel de la station du bunker radar, celui du bunker de lancement V1 de Siracourt (Wasserwerk n°1 « Desvres ») et les détachements des bases légères V1 de la région.

Les toits en béton des bâtiments, enterrés au ras du sol pour qu’ils n’affleurent pas ou peu du terrain, étaient doté d’une légère pente bitumée et recouverts d’une couche de 30 centimètres de terre ensemencée d’herbe, pour mieux les confondre avec les prairies environnantes et éviter leur repérage aérien.  La base abrita, dès la fin 1943, une partie de l’Etat Major chargé du déploiement des V1, divers spécialistes et techniciens, 80 soldats téléphonistes et 600 femmes militaires allemandes (« souris grises ») employées aux transmissions.  Le site fut évacué par l’armée allemande en septembre 1944, devant la poussée rapide des armées alliées remontant de la Seine, en même temps que les autres installations V1 et V2 du Nord de la France.

Une reproduction factice de cet ensemble fut construite à 2 km à vol d’oiseau, sur le territoire de Fontaine-les-Boulans, pour leurrer les Alliés. Comme il y avait dans le camp des espions, cette reproduction fut bombardée par les Anglais avec des bombes en bois, ce qui dénote un humour tout britannique…

La base de radioguidage/radiorepérage et le bunker radar subirent au total une quinzaine de bombardements aériens visant à les détruire. Les premiers bombardements furent déclenchés les 6 et 9 janvier 1944 et le dernier raid eut lieu le 6 juillet de la même année, à 10h30.

Tout ce complexe est en partie intact et encore visible de nos jours, à l’exception de la base factice. Les installations sont toutefois difficiles à repérer dans la paysage, vu la croissance de la végétation qui a envahi la zone. Vous trouverez, ci-dessous, quelques clichés montrant leur état en 1944, à la libération, et celui actuel.

Actuellement (état 2008), les vestiges de la base, pourtant importants, sont très difficiles à localiser car ils sont enfouis et dissimulés sous la végétation qui a repris ses droits.

Les dessins figurants dans cet article sont la propriété de M. Jean Puelinck. En aucun cas ils ne pourront être reproduits d’une façon ou d’une autre sans son autorisation.

LE FUSIL VETTERLI (Suisse)

Le Vetterli – ou plutôt la famille des Vetterli – présente des particularités qui constituent un « cas » unique  dans l’histoire de l’armement. Jugez plutôt :

C’est la première arme à répétition adoptée dans une armée européenne. C’est aussi l’arme qui a été « suivie », tout au long de sa carrière, par son créateur avec une vigilance qui s’est traduite par de très nombreuses modifications. Enfin, c’est une « famille » nombreuse puisqu’elle compte, le long de ses vingt ans d’existence, quinze types différents… ceci, sans doute, pour combler les collectionneurs du siècle suivant !

Dans le langage militaire suisse, les Vetterli caractérisent une époque : « le temps du Vetterli ». Voici son histoire…

Dans son rapport à la Haute Assemblée fédérale sur l’armement, le Conseil fédéral suisse se prononce fermement pour l’adoption du chargement par la culasse et ajoute : …D’après notre manière de voir, la préférence devrait être accordée aux fusils à répétition contre les fusils à culasse simple, attendu que l’arme à répétition possède à un bien plus haut degré que l’arme simple les propriétés qui caractérisèrent les armes à chargement par la culasse. Le gouvernement laisse aux représentants du peuple la responsabilité de décider si on adoptera l’arme simple ou l’arme à répétition.

Ces vues témoignent d’une prescience rare ; en Europe, il n’y a aucun précédent.

La France introduira le Lebel vingt ans plus tard, précédé en 1878 du fusil Kropatschek pour sa marine, L’AIlemagne modifiera en 1884 le Mauser 1871 en y adaptant le système Kropatschek du ma­gasin-tube sous le canon. L’Italie attend 1887 pour compléter, par un magasin, son Vetterli-Vitali, L’Autriche, après un es­sai en 1886, adopte en 1888 la répétition d’après le système Mannlicher où la boîte-magasin fait corps avec le pontet ; enfin l’Angleterre fournira à son armée, après des essais poussés, le Lee-Medfort, mo­dèle 1889, avec magasin à 10 cartou­ches.

Les systèmes à répétition permettent de tirer chaque cartouche en deux secondes, alors qu’il en faut cinq à sept pour l’arme à un coup. L’avantage de la suppression d’un travail mécanique, à un moment cri­tique d’un combat, est mis en balance dans l’esprit des militaires du temps avec le risque, pour le soldat, de tirer inutile­ment et d’épuiser ainsi très vite ses mu­nitions. Il faut reconnaître qu’avec la pou­dre noire la vue de l’adversaire est voilée par la fumée et qu’alors, si on ne laisse pas à ce nuage la possibilité de se dissiper – avec largement le temps de recharger – le tir a lieu « au jugé’. C’est la raison de l’estimation des écrivains militaires : 10000 cartouches pour chaque homme hors de combat.

Sans tenir compte de la circonspection des chefs d’armée en Europe, en dehors de tous préjugés, l’Assemblée fédérale dé­crète, avec vingt ans d’avance répétons-le, le 20 juillet 1866 : … il est adopté pour les carabiniers et l’infanterie de l’armée fé­dérale (élite et réserve) une arme à répé­tition.

La Commission d’essais des fusils poursuit ses travaux; en janvier 1866 déjà, elle teste le fusil Henry et constate la précision et les qualités de l’arme. En octobre de la même année, elle a en mains le fusil Winchester, c’est-à-dire le même fusil, mais avec la trouvaille géniale du remplis­sage du tube-magasin sous le canon, par l’ouverture latérale ménagée sous la cu­lasse.

Les perfectionnements qui en résultent sont appréciés ainsi par la Commission :

…ils sont si marquants que ce n’est que depuis qu’ils ont été faits que le fusil Henry est devenu une véritable arme de guerre.

tandis qu’auparavant il n’avait aucun avan­tage sur les fusils à un seul coup du mo­ment que l’on avait épuisé le magasin.

Aussi la proposition est faite aux autorités fédérales, le 12 octobre 1866, d’acquérir 8 000 fusils Winchester pour les carabi­niers mais à la condition que l’arme soit construite au calibre suisse de 10,5 mm et non au calibre du constructeur de 11,17 mm (.44) et avec la cartouche char­gée de 4g de poudre au lieu de 1,8g.

Le « perfectionnisme » suisse se remarque déjà avec la volonté d’unification… Celle-ci inscrira dans l’histoire de l’armement le nom de Vetterli qui parviendra, partant de la Winchester au fusil qui porte son nom et qualifie une époque de l’armement hel­vétique ; le temps du Veterli.

Donc, le 28 novembre 1866. le Conseil fédéral adresse à l’Assemblée fédérale un long message traitant du nouvel arme­ment. Il envisage l’achat de 90 à 110 000 fusils Winchester  mais à condition que ceux-ci soient construits en Suisse. « La branche d’industrie nationale qui s’oc­cupe de cette partie a pris un beau dé­veloppement bien qu’elle doive lutter avec de grandes difficultés et elle a droit à des égards. » Le message apporte une préci­sion importante: …les machines des usi­nes de New Haven construisent le fusil Henry mais les fusils Winchester expédiés en Suisse pour les essais sont faits à la main… donc un long délai s’avérera néces­saire pour l’achèvement de l’armement fé­déral. délai accentué encore par la modi­fication du calibre et les recherches exigées par l’établissement de la munition ( 160 car­touches par fusil).

LA PREMIÈRE MENTION DU VETTERLI

La Commission technique comprend que le nouveau fusil à répétition au calibre et à la cartouche suisse doit être créé en Suisse. Dans le courant de septembre 1867, elle essaie à Thoune diverses ar­mes, entre autres … un fusil a 13 coups présenté par l’armurier Fetterli (sic) paraît réunir toutes les qualités désirables et sera vraisemblablement le modèle définitif.

L’opinion publique, dans tout le pays, se passionne pour ces problèmes de l’arme­

ment et bouscule les experts. L’atmo­sphère est tendue en Europe ; pour le peuple suisse, une arme efficace aux mains des soldats est la plus sûre pro­tection contre une agression possible. Le chroniqueur bernois de la Revue militaire suisse, dans le numéro du 4 novembre 1867, exprime l’amertume de ceux qui at­tendent :…Quant au modèle définitif… on le cherche toujours. C’est maintenant un fusil Vetterli, soit Winchester très perfec­tionné et simplifié qui est le bijou à la mode, sous la réserve, bien entendu que M. Amsler (l’armurier qui avait transformé les fusils pour le chargement par la culasse)  le favori de la Commission technique, n’an­nonce pas bientôt quelque chose de mieux. Les vues à ce sujet sont encore tellement dans le pot au noir qu’il serait même ques­tion de revenir de l’idée d’un fusil à répé­tition à celle du fusil simple… Qu’on se hâte d’en finir avec les essais et les perfection­nements. Qu’on se hâte d’avoir des armes et non plus des projets… Sera-t-il dit que grâce aux lenteurs de notre Commission technique, la Suisse sera la dernière en Eu­rope munie de son armement ? Ah ! les gens qui veulent tout accaparer pour eux, qui entreprennent tous les métiers et qui finalement ne savent rien faire à temps, se chargent d’une lourde responsabilité devant le pays.

FREDERIC VETTERLI

Johann-Frédéric Vetterli (1822-1882) originaire de Wagenhausen dans le canton de Thurgovie, entre en apprentissage chez un armurier de Schaffhouse. Il perfectionne ses connaissances à Paris, à la manufacture d’armes de Saint-Etienne et à Londres ou il prend femme à l’âge de 33 ans. Le grand patron de la jeune Société industrielle Suisse à Neuhausen, créée en 1853 pour construire des wagons, développée en 1860 par une section « armement », lui offre le poste de second directeur technique et Frédéric Vetterli entre en fonctions le 24 juin 1864. Nous trouvons, dans les savoureux mémoires d’Edouard Burnand, inventeur du système Prélaz-Burnand de 1867, et directeur du département « armes » de la S.I.G., la relation de la trouvaille de Vetterli en 1867, pour la construction d’une arme nouvelle en partant du Dreyse (fermeture dans l’axe du canon) et du Winchester (tube-magasin et transporteur). Frédéric Vetterli : …arrive dans son bureau en criant, eurêka ! J’ai trouvé le véritable fusil à ré­pétition. Et, ouvrant le pouce et l’index, fer­mant les autres doigts, il forme une équerre comme pour une sonnette. Il presse sur le bout du pouce, l’index se relève; c’est la branche qui élèvera le transporteur. L’inven­tion était faite, mais il fallait la mettre au point. Un ouvrier, fort intelligent, Elternich fournit un  précieux secours pour la mise en œuvre  de ce fusil qui va marquer la fin de ce siècle.

LA LONGUE ROUTE

Donc, en 1867, les milieux que cela concerne apprennent la prochaine diffu­sion de l’arme à répétition due à Frédéric Vetterli. Le 6 mars 1868, le Conseil fé­déral l’accepte et décide de mettre au concours la fabrication en Suisse de 80000 exemplaires. La mise au concours est annoncée quelques jours après, le 19 mars, avec un délai au 1er mai 1868 pour la remise des offres au département militaire fédéral. Les fabri­cants intéressés peuvent voir le modèle du fusil à répétition déposé au bureau de l’administration du matériel de guerre. La solution semble assez avancée pour que l’ordonnance, précisant les modalités d’exécution, soit publiée le 8 janvier 1869 et les conventions avec sept constructeurs signées vers le milieu de février. Mais, lors des exercices des écoles de tir de Bâle, au cours de 1869 (août et octobre), où une centaine de nouveaux fusils sont entre les mains de la troupe, il est néces­saire, souvent sur l’initiative de l’inventeur, d’apporter quelques changements impor­tants. Ceux-ci conduisent à un remanie­ment des types et des machines cause de retards considérables dans la livraison des fusils terminés conformes à l’ordon­nance. Ce que ce rapport ne dit pas, c’est que non seulement les modifications étaient cause de retard, mais qu’il y eut aussi une erreur administrative monumen­tale, les instructions de fabrication sont mises en œuvre non par l’inventeur, mais par la maison d’Erlach de Thoune. … De là, entre l’administration du matériel et le contrôleur chef, entre le contrôle et les fa­bricants, entre l’inventeur et l’administra­tion, des tiraillements qui avaient absorbé un temps précieux ! Le rapport de la Com­mission du Conseil des États sur la ges­tion du Conseil fédéral pour 1869, qui donne ces renseignements, se termine par l’indication du nombre de fusils livrés à fin mai 1870: 60 exemplaires !.

Jusqu’à quel point les essais « privés » des sociétés militaires du pays – largement publiés et pas toujours favorables au nou­vel armement – ont-ils perturbé l’avance­ment des travaux ? Certainement pour une part non négligeable. Enfin, la qua­trième édition des planches officielles donne le modèle parfaitement définitif’.

Un an après les « échantillons » cités ci-dessus, l’armée dispose de 12531 fusils vérifiés et à fin mai 1872, de 48 368 fusils. On est 4ncore loin des 119 000 pièces représentant le total des commandes.

 LE VETTERLI EN EUROPE

Citons rapidement une incursion du fusil Vetterli en Angleterre, devant le Comité chargé par le ministère de la guerre du choix d’un modèle définitif se chargeant par la culasse ; l’opinion des membres de ce Comité est favorable à l’arme à un coup : c’est le Martini-Henry qui sera adopté. Toutefois, les experts étudièrent le comportement de quatre systèmes à répétition dans les derniers mois de 1868. Le Vetterli fut opposé au Winchester ; ce dernier est jugé plus simple et mieux adapté à ce que l’on demande d’une arme militaire. En France, les démarches du colonel Edouard Burnand, directeur de S.I.G., sont patronnées par Gastinne-Renette, père et fils et ont lieu au camp de Châlons en septembre 1868. L’empereur, emballé par les résultats de l’arme, tient à obtenir 50000 mousquetons pour sa cavalerie. Le général Lebœuf, commandant le camp de Châlons, s’oppose à cet achat en fai­sant état du nombre de ses chassepots.

Le Vetterli est encore présenté à l’Egypte qui le fait essayer à Vincennes, devant Minié et Nessier, puis à Madrid, sans succès. A Turin, il tire à 500 mètres avec des ré­sultats si enthousiasmants que, le dernier jour des essais on réunit sur la place de tir un régiment d’infanterie et un de ca­valerie pour faire apprécier aux soldats l’arme que l’on allait mettre en leurs mains. Le résultat : un traité pour la ces­sion d’un brevet italien jusqu’à 500 000 armes. C’est le Vetterli à un coup, puis à magasin (1887), remplacé par le Paraviccino-Carcano en 1891. Ce fusil pré­sente la particularité d’avoir subi deux transformations importantes : la répétition en 1887 et la diminution du calibre à 6,5 mm par tubage du canon, en 1915.

LES PRIMES D’INVENTION

Donc, le 29 mai 1865, le département mi­litaire fédéral ouvre un concours auprès des « inventeurs-armuriers » ou « fabricants » pour un fusil modèle se chargeant par la culasse. Le texte prévoit expressé­ment une prime de 20 000 F pour récom­penser l’inventeur du système adopté. Cette prime sera répartie entre M. Amsler pour le système de transformation (8 000 F) et la Société Industrielle Suisse pour le fusil à répétition (10000 F). Or, la décision d’adjudication de la prime relève que le Fusil Vetterli est un système mixte, entre l’américain Winchester et le fusil prussien. La traditionnelle loyauté hel­vétique fut là en défaut : ni M. Milbank, ni la firme Dreyse, ni encore M. Olivier Winchester ne participèrent à la distribu­tion de la manne fédérale – ni même aux remerciements – pour leurs apports indis­cutables à l’armement suisse. Avec un siè­cle de retard, disons-leur merci ! et à nous… dommage !.

Fonctionnement

Les cartouches sont introduites dans le tube-magasin, sous le canon, par l’ouver­ture prévue à cet effet sur le côté droit de la boîte. Une cartouche est dans l’auget-transporteur, une autre dans le canon. En appuyant sur la détente, la gâchette articulée s’abaisse, la broche sous l’action du ressort est projetée en avant et frappe par un double choc de sa fourchette contre le bourrelet de la cartouche qui contient le fulminate et fait explosion par écrasement. La percussion ne se fait donc pas au centre de la cartouche mais à la périphérie du culot.

En retirant en arrière le cylindre obtura­teur, l’extracteur dégage la douille vide de la chambre et l’expulse au-dessus de l’arme. L’auget-transporteur s’élève et présente, devant le canon, la cartouche qu’il contient. Le mouvement en avant du cylindre obturateur pousse la cartouche, remet l’auget à sa place, en face du tube-magasin, lui permettant ainsi de recevoir une nouvelle cartouche. Le magasin peut être réapprovisionné en cours de tir.

Dimensions

Fusil à répétition, modèle 1869:

– Longueur totale : 1 300 mm ;

– Longueur du canon en acier fondu bronzé : 842 mm ;

– Longueur du canon hors de la boîte de culasse : 820 mm ;

– Calibre : 10,4 mm ;

– Poids total sans bretelle : 4 850 g (Waffenfabrik-Bern, nr 143248);

– 4 rayures concentriques : un pas sur 660 mm, largueur 4,5 mm, profondeur 225 mm ;

– Mécanisme d’obturation : par cylindre ;

– Magasin : tube sous le canon à 11 car­touches (plus une dans l’auget et une dans le canon);

  • Hausse: à cadran, graduée de 100 en 100m de 400 jusqu’à 1000m.

Cartouches :

– Longueur totale : 56 mm ;

– Poids total : 30,4 g ;

– Poids de la balle: 20,13g;

– Plomb dur :

– Pointe : arrondie ;

– Poids de la charge : 4 g de poudre noire ;

– Vitesse initiale à 25 m : 408 m/sec;

– Portée maximale : 2 800 m ;

– Élévation : 27° ;

– Longueur de l’étui : 38 mm en tombac (94 % de cuivre et 6 % d’étain) ;

– Inflammation : périphérique

-Cadence de tir avec magasin: 21 coups/minute.

Baïonnette :

– D’estoc à quatre carres: douille avec anneau ;

– Longueur de l’estoc : 480 mm.

Cette baïonnette est semblable à celle du fusil d’infanterie 1863, mais un peu plus légère : 290 g contre 365 g, par amincis­sement des carres.

Fusil de cadet, modèle 1870, numéro 3909, arme à un coup :

– Longueur totale: 1 130mm;

– Longueur du canon hors de la boîte de culasse : 659 mm ;

– Calibre : 10,4 mm ;

– Poids total sans bretelle: 3240g;

  • Hausse à cadran graduée : de 225 à 600m.

Projectile :

– Comme celui du fusil;

  • Poids de la charge : 3 g.

Il existe un premier modèle avec tôle de fermeture entourant la fenêtre d’expulsion de la cartouche qui est située sur le côté droit de la culasse.

FUSIL A RÉPÉTITION, MODÈLE 1871

 Quelques modifications sont apportées au modèle de 1869. Voici les principales: le couvre-culasse et le fermoir du magasin sont supprimés, la sous-garde est séparée en deux parties, celle du modèle 1869 servait de support pour le levier coudé (voir photographie mécanisme) et il fallait donc l’enlever pour sortir le transporteur. Dans le nouveau modèle, la partie anté­rieure – support du levier coudé – est in­dépendante et s’enlève seule pour le dé­montage. La largeur des anneaux passe à 15 mm afin de répartir la pression sur une plus grande surface et éviter de com­primer le tube-magasin lors du serrage des vis. Le canon est octogonal sur 75 mm au lieu de 65 mm. La feuille de hausse est allongée.

CARABINE A RÉPÉTITION. MODÈLE 1871

Le Vetterli de l’infanterie est bientôt suivi de l’arme des carabiniers, à double dé­tente, déterminée par la décision des au­torités fédérales du 27 février 1871. La carabine est moins longue que le fusil, son canon est maintenu par un anneau (au lieu de deux sur le fusil) et l’embouchoir est fixé par une vis traversante au lieu du te­non à ressort à ergot sur le fusil. Sur les premiers exemplaires construits, une tôle enveloppante glisse pour fermer l’ouver­ture d’éjection alors qu’une plaque obtu­ratrice est placée à l’entrée du magasin. La crosse est aussi plus courte, de sorte que la longueur totale des premières ar­mes est de 1 425 mm et le poids de 4 620 g avec la bretelle ; deux canaux d’évacuation des gaz sont ménagés au-dessus de la chambre à cartouche, jusqu’en 1877.

Dimensions

(voir fusil pour les renseignements non ci­tés):

– Longueur totale : 1 260 mm ;

– Longueur du canon : 783 mm ;

– Longueur du canon hors de la boîte de culasse : 762 mm ;

– Calibre: 10,4mm;

– Poids total sans bretelle : 4 540 g ;

  • Magasin: 10 cartouches, plus une dans l’auget et une dans le canon, double dé­tente : système Thury.

L’embouchoir est maintenu par un tenon à ressort à ergot au lieu de la vis tra­versante sur les premiers exemplaires.

FUSIL A RÉPÉTITION. MODÈLE DE 1878

Dans ce modèle apparaît la recherche du mieux de nos armuriers. Deux douzaines au moins de modifications améliorent l’uti­lisation de l’arme. Notons ci-dessous les plus marquantes, mais auparavant disons qu’une commission spéciale, nommée en 1877 par le département militaire fédéral, est responsable des changements propo­sés pour le fusil et la carabine. Son ex­pertise a conduit à une sensible amélio­ration de l’emploi des armes. Le nouveau modèle est prescrit par la décision du Conseil fédéral du 30 avril 1878, toute­fois, l’ordonnance d’application n’est pu­bliée qu’en mars 1879.

Modifications

A l’embouchoir est soudé, à droite : le te­non, pour la nouvelle baïonnette que nous présenterons ci-après. Le canon est main­tenu contre le fût par un seul anneau au lieu de deux. Le bois est lisse, sans le qua­drillage de prise pour la main gauche du modèle précédent. L’allongement des joues du pied de hausse permet d’insérer entre elles, presque complètement, la feuille de hausse qui est ainsi protégée contre les chocs. La graduation de 225 à 1 200 mètres est marquée et permet de décider des distances de 50 en 50 mètres; les deux canaux à gaz sont sup­primés. La boîte de culasse porte à gau­che le nom du fabricant, le numéro de l’arme et M 78. La détente a été allongée pour rendre le départ du coup plus facile. L’éperon de sous-garde assure une meil­leure pression du médius. L’allongement de la détente a obligé celui de la crosse qui est équipée d’une plaque de couche concave, comme celle de la carabine.

La modification la plus importante est celle de la baïonnette : l’ancien modèle d’estoc est remplacé par une longue ba­ïonnette-scie en fourreau de cuir.

Dimensions

– Longueur totale : 1 325 mm ;

– Longueur du canon : 843 mm ;

– Longueur du canon hors de la boîte de culasse : 822 mm ;

– Poids total sans bretelle : 4815g.

Comme là carabine 1881, le fusil 1878 comporte une fourchette de percussion de rechange dans une cavité sous la pla­que de couche. Les collectionneurs de ces armes, qui connaissent ce détail, trouvent très souvent la fourchette neuve à sa place.

Baïonnette-scie

– Longueur totale : 600 mm ;

– Longueur de la lame : 480 mm, pan creux d’un côté ;

– Pointe à deux tranchants dans l’axe;

– Poids : 485 g ;

  • Fourreau : en cuir noir pressé, gouttières de chaque côté. Il y aura jusqu’à la fin du Vetterli sept types de baïonnettes et trois modèles de fourreau.

CARABINE MODÈLE 1878

Cette arme se confond pratiquement avec le fusil modèle 1878, à l’exception de la double détente, celle de Thury ayant été modifiée par R. Schmidt. La baïonnette est semblable à celle du fusil.

FUSIL A RÉPÉTITION. MODÈLE DE 1881

La différence avec le modèle de 1878 ré­side dans le système de visée mis au point par Rudolf Schmidt. Les joues de protection du pied de hausse sont un peu plus hautes, celle de gauche est graduée à l’extérieur de 250 à 1 200 mètres, de 50 en 50 mètres; dans sa position infé­rieure, la hausse correspond toujours à 225 mètres. La feuille de hausse se meut à l’intérieur des joues, mais elle est ac­compagnée à gauche par une lame de renfort. Pour tirer aux distances de 1 250 à 1 600 mètres, une rallonge à glissière sort de la feuille de hausse, mais alors le cran de mire domine le canon de 94 mm I La boîte de culasse porte à gau­che le nom du constructeur, le numéro de l’arme et M 81. Les dimensions et perfo-mances sont celles du fusil modèle 1878.

CARABINE A RÉPÉTITION. MODÈLE DE 1881

Elle a la même ligne que le fusil, même plaque de couche, hausse semblable. Il a été fortement question, à l’époque, de supprimer la double détente pour réaliser la complète uniformité des armes de l’in­fanterie, mais cette tentative s’est heurtée à la volonté farouche des carabiniers de conserver leur principale distinction vis-à-vis des fusiliers, la « détente carabinière »… Au stand, celle-ci est favorable puisque le poids normal de 2 500 g est abaissé à 250g!

Les armes des corps spécialisés

MOUSQUETON DE CAVALERIE

… C’est à contre-cœur que la cavalerie est entrée en campagne avec des pistolets à canon lisse. La carabine qui, depuis quel­ques années, a été introduite à titre d’essai dans plusieurs écoles et cours, paraît jouir d’une grande popularité et si l’on réussit à établir une arme qui réunisse les conditions d’efficacité, de portée et de poids désirables, la cavalerie la recevra avec plaisir. Un re­volver sera de même bien accueilli par tes sous-officiers et trompettes aussitôt qu’un modèle convenable aura été adopté…

Donc, une première carabine de dragons est construite en 1871 avec un levier d’armement dessiné avec un épaississe-ment progressif, sans boule de prise, l’en­trée des cartouches et la culasse possé­dant leur dispositif d’obturation. Deux ca­naux pour l’évacuation des gaz sont amé­nagés à travers le canon.

Ce modèle est vite modifié : le levier de­vient classique avec sa boule terminale, la partie « prise » du fût quadrillée. Dès 1874, la hausse est prévue, suivant le système Schmidt, pour tirer à 600 mètres. La pro­tection de la culasse est supprimée, tou­tefois la fermeture du magasin subsiste. Dès 1878, on ne voit plus les deux ou­vertures pour les gaz.

Dimensions

– Longueur totale : 930 mm ;

– Longueur du canon : 470 mm ;

– Longueur du canon hors de la boîte de culasse : 448 mm ;

– Calibre: 10,4mm;

– Poids sans bretelle : 3 330 g ;

– Rayures : quatre ;

– Pas : un tour sur 550 mm au lieu de un tour sur 660 mm pour le fusil ;

-Vitesse initiale: 375 m/sec.;

– Tube-magasin : 6 cartouches plus une dans l’auget et une dans le canon ;

– Hausse : feuille de hausse se déplaçant entre les deux joues. Celle de gauche est taillée afin de ménager  une partie plate sur laquelle les traits marquent les distan­ces de 100 m en 100 m jusqu’à 600 m ;

– Pas de baïonnette.

MOUSQUETON A REPETITION POUR GARDE-FRONTIERES, MODELE 1878

En 1878, une petite série de mousque­tons est fabriquée ; il s’agit de l’armement des garde-frontières qui sort à 400 exem­plaires. Cette arme se présente comme le fusil de dragon, mais l’extrémité du canon est dégagée du fût et il y a un tenon pour la baïonnette-scie.

Dimensions

– Longueur totale : 945 mm ;

– Longueur du canon : 485 mm ;

– Longueur du canon hors de la boîte de culasse : 462 mm ;

– Poids sans bretelle : 3 540 g ;

– Hausse : de 225 m à 600 m comme celle du mousqueton de dragon.

MOUSQUETON A RÉPÉTITION POUR GARDE-FRONTIÈRES, MODÈLE 1895

280 mousquetons de dragon sont modi­fiés en 1895 pour être utilisés par les garde-frontières. C’est l’arme de la cava­lerie complétée par une bretelle, donc par un anneau soudé sous l’embouchoir. Ce mousqueton fait partie de la famille des Vetterli qui s’est répandue dans des em­plois mineurs. Le petit nombre d’armes ainsi transformées augmente encore l’in­térêt de celles qui subsistent.

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Le système Vetterli comprend toute une famille d’armes avec les carabines, les mousquetons, le fusil de cadet. Tout au long de ses vingt années de service, il su­bit des dizaines de changements et d’améliorations de détail (le « perfection­nisme » helvétique). Lorsqu’il sera remplacé par le Schmidt-Rubin de 1889, les arse­naux fédéraux emmagasineront ces armes jusque vers 1950, date à laquelle les der­niers exemplaires seront cédés pour… trois francs ! Toute collection suisse d’armes d’ordonnance commence par le Vetterli… mais à un autre prix que les trois francs d’il y a un quart de siècle !