Archives de l’auteur : Moret Jean-Charles

À propos Moret Jean-Charles

Fondateur de l'Association Pro Forteresse Co-fondateur de l'Association Fort Litroz

Canon 12 livres Ord 1843 (Suisse)

Constructeur:                                 Golay

Année de fabrication:                    1843

Poids:                                              900 kg

Métal du tube:                                bronze

Calibre:                                           11,85 cm

Longueur du tube:                          16,28 calibres = 189,3 cm

Tube:                                                lisse

Affût:                                                bois et métal

Portée:                                              maximum 1280 m

 

Canon campagne 4 livres Ord 1862 (Suisse)

Constructeur:                                   Rüetschi (tube)

Année de fabrication:                     1862

Métal du tube:                                 bronze

Calibre:                                            8,45 cm

Longueur du tube:                          17,05 calibres = 144 cm

Rainures canon:                              à droite

Portée:                                             maximum 3000 m

Canon 8 livres Ord 1844 (Suisse)

Année de fabrication:                       1844

Poids du tube:                                  600 kg                                             

Métal du tube:                                  bronze

Calibre:                                            10,61 cm

Longueur du tube:                                     16,45 calibres = 174,5 cm

Tube:                                               lisse

Affût:                                                bois

Portée:                                             maximum 1280 m

 

LA TOURELLE DE FORTERESSE DE 10,5 cm 1939 L52

HISTORIQUE

Introduite dans la forteresse suisse comme pièce à longue portée durant la seconde guerre mondiale, la tourelle de forteresse de 10,5 cm 1939 L52 remplaça les anciennes tourelles cuirassées de 12 cm, jugées désuètes et dépassées.

Au total, 22 tourelles de ce type furent installées dans les forteresses de Saint-Maurice (à l’ouest), du Gothard (au centre) et de Sargans (à l’est) pour augmenter la portée de l’artillerie de forteresse et renforcer ainsi la puissance de feu des 3 môles défensifs contrôlant les transversales alpines traversant le pays.

Installées sur des hauteurs permettant une rotation de 360°, ces tourelles cuirassées présentaient l’avantage de permettre un pointage tous azimuts, contrairement aux  pièces de même calibre installées en casemates, dont la direction était par définition limitée à un seul secteur de feu. Le corollaire était une augmentation considérable de la zone de feu potentiellement battue par les ouvrages qui pouvaient ainsi couvrir une immense zone alentour et intervenir simultanément dans plusieurs directions opposées ou sur plusieurs axes de pénétration, en fonction des besoins tactiques et des nécessités opérationnelles du moment.

Ces tourelles demeurèrent en service durant près de 60 ans et furent maintenue en activité durant toute la Guerre Froide pour « sécuriser » les transversales alpines suisses en cas d’agression des Forces du Pacte de Varsovie ou de l’OTAN (neutralité oblige !). Elles ne furent définitivement abandonnées qu’après la chute du Mur de Berlin et l’écroulement du bloc soviétique, au profit du nouveau système de forteresse « BISON » armé du canon de forteresse de 15,5 cm 1993 L52.

Des débuts difficiles

Après avoir comparé différentes offres concurrentes soumises par les sociétés Krupp (D), Schneider (F) et Bofors (S), le choix de la commission fédérale se porta dès 1938 sur la tourelle modèle Schneider (Le Creusot, France) qui présentait une silhouette arrondie et bombée, offrant peu de prise aux projectiles. Des commandes furent passées juste avant-guerre auprès des usines Columetta (Luxembourg) et Cockerill (Seraing, Belgique) pour la fabrication et la livraison d’un certain nombre de coupoles et de tourelles. Mais l’invasion du Benelux et de la France par les Allemands en mai 1940 mit un terme à ces livraisons dès le début du programme, obligeant la K+W Thun et la fabrique fédérale d’armes (KTA) à trouver d’autres solutions. Finalement, la fabrication, le montage et l’installation des tourelles furent l’œuvre conjointe de trois fleurons de l’industrie lourde helvétique, à savoir les sociétés von Roll (Bern-Gerlafingen), Georg Fischer (Schaffhouse) et MFO Oerlikon (Zürich), en étroite collaboration avec la K+W Thun et la fabrique d’armes fédérales (KTA, Bern).

Armement

Après mures réflexions, la commission fédérale décida d’abandonner l’ancien calibre de forteresse de 12 cm au profit du 10,5 cm. Ce choix fut dicté avant tout par le souci d’uniformiser les calibres et les munitions pour des raisons logistiques, notre artillerie de campagne étant déjà équipées du canon mobile de 10,5 cm 1935 L42 Bofors, fabriqué en Suisse sous licence.

Par rapport à ce dernier, le tube prévu pour les tourelles de forteresse fut rallongé d’environ 25% (soit 10 calibres) par la K+W Thun, de façon à améliorer ses performances balistiques. Cette modification fut un vrai succès : l’augmentation de la longueur du tube (5500 mm) et la forte vitesse initiale du projectile (plus de 900 m/ sec avec charge 6) permirent de mieux stabiliser la trajectoire du projectile et d’atteindre ainsi une plus grande précision de tir, tout en conférant à la tourelle une portée considérable…

Répartition géographique

Au total, 22 tourelles de ce type furent installées dans les Alpes suisse entre 1939 et 1943 réparties entre les trois forteresses de Saint-Maurice (2), du Gothard (10) et de Sargans (10 unités) pour renforcer la défense du réduit national et barrer les transversales alpines nord-sud.

Deux furent installées à Saint-Maurice pour barrer l’axe du Grand-Saint-Bernard et le débouché de la haute vallée du Rhône (Valais), porte d’entrée occidentale du Réduit ; 10 autres prirent place dans le massif du Gothard, au coeur même du Réduit, pour verrouiller l’axe nord-sud du même nom et empêcher tout débordement depuis le Valais ou les Grisons,  respectivement par les cols la Furka (ouvrage de Fuchsegg) et de l’Oberalp (ouvrage de Gütsch). Les 10 dernières furent construites dans la région de Sargans,  pour barrer la haute vallée du Rhin (Grisons) et verrouiller l’entrée orientale du réduit national.

Voici leur répartition géographique exacte, avec les 8 ouvrages d’artillerie concernés, le numéro des tourelles et la date du premier tir de réglage après installation des tourelles dans l’ouvrage:

Tourelle n° Forteresse Ouvrage d’artillerie 1er tir de réglage
1 Gothard San Carlo 17-18.10.1939
2 Gothard San Carlo 14.11.1939
3 Gothard Foppa Grande 12.12.1939
4, 5 Saint-Maurice Dailly – Les Planaux 12.03.1940
7, 8 Sargans Furkels 02.07.1940
9, 10, 11 Sargans Magletsch 04.09.1940
12? 15? Sargans Kastels 05.11.1940
6 Sargans Kastels 10.01.1941
13, 14 Sargans Furkels 15.07.1941
17, 18, 19 Gothard Gütsch 27.10.1942
16, 21 Gothard Fuchsegg 18.09.1943
20, 22 Gothard Fuchsegg 11.10.1943

L’installation de ces nouvelles tourelles s’est faite en 4 étapes successives, correspondant chacune à  un degré d’urgence de la menace. En 1939, les trois premières tourelles terminées furent installées sur le col même du Saint-Gothard (San Carlo) et au-dessus du portail sud du tunnel ferroviaire (Foppa Grande) pour parer au plus pressé et sécuriser le principal axe routier et ferroviaire reliant l’Italie du Nord au sud de l’Allemagne. La seconde étape (1940) a consisté à installer les deux suivantes sur le plateau de Dailly, au-dessus du verrou de Saint-Maurice, pour verrouiller l’axe transalpin du Grand-Saint-Bernard et le débouché de la haute vallée du Rhône, en Valais. La haute vallée du Rhin et l’accès vers les Grisons n’a été sécurisé qu’en troisième lieu, grâce à l’installation entre 1940 et 1941 de 10 tourelles à la hauteur de Sargans, réparties en 3 ouvrages (Furkels, Magletsch, Kastels). Enfin, une quatrième étape a consisté, de 1942 et 1943, à compléter les défenses de la forteresse du Gothard, en installant 4 tourelles sur le col de la Furka et 3 sur le col de l’Oberalp (Gütsch) pour verrouiller les accès est et ouest permettant de déborder dans la cuvette d’Andermatt depuis le Valais ou les Grisons.

DESCRIPTIF TECHNIQUE

La tourelle

Protégée par un blindage de 30 à 35 cm en acier-nickel-vanadium, la tourelle atteint un poids total de 60 tonnes. La   calotte pèse à elle seule 15 900 kg, la partie inférieure 15 000 kg et le canon 1 900 kg avec l’affût. Extérieurement, les tourelles sont équipées dès l’origine d’une armature tubulaire fixée sur la calotte et solidaire de celle-ci, qui supporte un camouflage métallique peint en trompe-l’œil faux rocher), de façon à mieux les dissimuler dans le paysage.

A l’exception de Foppa Grande qui n’en a qu’une pour défendre l’entrée sud du tunnel ferroviaire du Gothard, les ouvrages comportent de deux à quatre tourelles, réparties sur un vaste périmètre pour ne pas offrir une cible trop facile. Ces tourelles, seules parties émergentes du sol, sont reliées au cœur de l’ouvrage souterrain par des puits inclinés équipés d’un escalier et d’un ascenseur à munitions, appelé communément « Paster Noster » dans le jargon de la troupe (en raison du va et vient continu de la noria). Les seules parties motorisées et électrifiées sont le « Pater Noster » et la ventilation de la protection collective.  Les parties vitales, qui forment le cœur souterrain de l’ouvrage (casernements, magasins à munitions, salle des machines, salle des filtres et ventilation, postes de calcul de tir, infirmerie, cuisine, etc.) sont entièrement creusée dans la montagne pour les défiler aux bombardements et aux tirs de contrebatterie.

Chaque bloc- tourelle est servi par un effectif de 11 hommes répartis comme suit :

3 hommes dans la tourelle (pointeur, tireur, chargeur).

4 hommes à l’étage inférieur de la tourelle (chef de tourelle, tempeur, 2 munitionnaires).

3 hommes au pied de l’ascenseur à munitions (chef mun + 3 munitionnaires)

Munitions et performances

La tourelle 10,5 cm 39 utilisait à choix trois types de munitions:

Le projectile standard était l’obus d’acier (Stahlgranate, poids 15,1 kg) qui permettait de tirer à une distance d’environ 18 000 mètres avec la charge 6. Pour augmenter la portée à 24 000 mètres, on utilisait l’obus pointu (Spitzgranate, poids 14,6 kg), spécialement profilé pour le tir à longue distance. Enfin, les tourelles avaient également la possibilité d’utiliser une munition antichars, d’un poids d’env. 14 kg, pour lutter contre les blindés.

La cadence de tir théorique pouvait atteindre 10 coups/minute avec une équipe de pièce bien entraînée, mais était généralement plus proche de 8 coups à la minute dans la pratique. Avec la charge 6, le projectile, propulsé par une poussée initiale d’environ 200 tonnes (2700 bars), quittait le tube à une vitesse supérieure à 900 mètres/seconde, ce qui permettait de bien stabiliser sa trajectoire et d’atteindre ainsi une grande précision, même à grande distance.

Procédure de tir et fonctionnement

Pour atteindre sa pleine efficacité, la mise en batterie des tourelles d’une batterie exigeait une discipline rigoureuse pour assurer une parfaite coordination et une excellente synchronisation du travail entre les 3 équipes installées respectivement dans la coupole sommitale, à l’étage inférieur de la tourelle et au pied de l’ascenseur à munitions.

Les coordonnées de tir et les corrections (azimut, élévation, distance du but, type de munition, charge, fusée de déclenchement, tempage du projectile…) étaient transmises au pointeur et au chef de tourelle par l’officier de tir installé dans le PCT, au cœur de l’ouvrage souterrain.

L’approvisionnement des tourelles s’effectuait en trois étapes. Une première équipe, située au cœur de l’ouvrage, acheminait les obus depuis le magasin à munitions jusqu’au pied des ascenseurs à munition des différentes tourelles. Là, les projectiles et les douilles étaient chargés sur l’ascenseur à munitions qui les montait à travers le puits d’accès incliné jusqu’à la base de la tourelle. Cet ascenseur à munitions était constitué par une double chaîne sans fin reliée à un treuil électrique, qui entraînait une noria de chariots à obus circulant en continu sur deux rails. Le même dispositif servait à redescendre les douilles utilisées. Les projectiles étaient ensuite hissés depuis la base de la tourelle jusqu’à la pièce grâce deux monte-charge manuels à poussoirs, actionnés par les soldats munitionnaires préposés à l’étage inférieur.

L’étage inférieur de la tourelle.

 C’est ici que se tient le chef de pièce, un tempeur et 2 munitionnaires. Avant l’ouverture du feu, les projectiles hissés au moyen du « Pater Noster » y sont préparés et stockés prêts à l’emploi, avec les douilles contenant les gargousses comportant les charges correspondantes. L’équipage dispose ainsi d’une réserve de 20 obus déjà  tempés et équipés de leur fusées, prêts au tir. Cela permet de réagir rapidement et d’effectuer sur ordre des feux de série ou de rapidité.

Le chef de pièce contrôle pointage, contrôle la distance et l’inclinaison, ainsi que le numéro des charges et le tempage de l’obus.

Etage supérieur de la tourelle (coupole)

 Les trois soldats installés à la pièce étaient très à l’étroit étant donné l’exiguïté de la tourelle C’est pourquoi le chargement du tube était pneumatique (sauf pour la munition antichars), ce qui permettait également d’optimiser le temps de réaction. En revanche, le pointage s’effectuait manuellement pour éviter les risques de panne, en manipulant 2 volants situés sur la droite de la pièce, l’un contrôlant la direction du tube (calculée en 6400 pour mille d’artillerie pour mieux affiner la précision de l’azimut), l’autre l’angle d’élévation. Le feu était déclenché sur ordre. Une fois le coup parti, la douille retombait à la base de la tourelle où l’on procédait à l’évacuation des gaz nocifs de combustion, puis la douille était redescendue vers le cœur de l’ouvrage au moyen du « Pater Noster », pour y être vérifiée et éventuellement re-calibrée en vue d’une prochaine utilisation.

Etant donné le risque d’intoxication par le monoxyde de carbone généré par propre feu des tourelles, les équipes de pièce portaient un masque de protection relié au circuit d’air de la protection collective.

Rotation

 Pour éviter la torsion ou la rupture des câbles téléphoniques et des gaines d’air de la protection collective reliant la tourelle à l’étage inférieur, la rotation de la coupole était divisée en 5 secteurs. Parvenue à l’extrémité d’un secteur de feu, la rotation était automatiquement bloquée par une buttée de sécurité, qu’il fallait ôter pour poursuivre le mouvement giratoire, après avoir déplacé et rebranché les gaines et les câbles.  Cette solution, peu pratique, avait toutefois l’avantage d’éviter un accident dans le stress du combat.

Usure du tube

Le tube de 10,5cm 39 L52 était prévu pour supporter 5 000 à 8 000 coups avant de devoir être remplacé (2 000 à 3 000 coups avec des grosses charges). Le changement du tube prenait en moyenne 3 à 4 jours car cela impliquait de le redescendre par le puits incliné de la tourelle, puis de hisser le nouveau tube jusqu’à la pièce.

Données techniques de la tourelle de forteresse de 10,5 cm 39 L52

Tourelle

Désignation officielle            10,5 cm Turm Kanone 1939 L52.

Type                                      tourelle cuirassée de forteresse.

Attribution                              troupes de forteresse suisses (St. Maurice, Gothard, Sargans)

En service                             de 1939 à la fin du 20e siècle.

Fabrication                            K+W Thun, von Roll (sous licence Schneider).

Angle de rotation                   360° (divisés en 6 400 pour mille d’artillerie).

Blindage                                35 cm (coupole), 30 cm (flancs de la tourelle).

Poids total de la tourelle        60 000 kg en état de combat.

Calotte de la tourelle             15 900 kg.

Base de la tourelle                15 500 kg.

Système de pointage            3000 kg.

Système de recul                 2000 kg.

Pièce

Fabrication                            K+W Thun, von Roll (sous licence Bofors)

Calibre                                  10,5 cm L52 (52 calibres)

Rainurage                             pas constant à droite, 32 rainures.

Poids du tube                        1,8 tonnes.

Longueur du tube                  5500 mm (avec affût)

Elévation                               0 – 45°

Chargement de la culasse    pneumatique

Frein de recul                        hydraulique

Recul de la pièce                  300 mm max., constant

Vitesse de recul                    10,4 mètres /secondes

Energie de recul                   200 tonnes env. avec la charge 6

Pression                                2700 bars au départ du coup (avec charge 6)

Performances

Cadence maximale              10 coups / minute

Cadence pratique                 8 coups / minute

Vitesse initiale de l’obus        supérieure à 900 m / seconde avec la charge 6

Portée de l’obus d’acier        18 000 m avec la charge 6

Portée de l’obus pointu         24 000 m avec la charge 6

Equipage

Effectif du bloc tourelle        11 hommes

Effectif à la tourelle              3 hommes

 Types de Munitions

Obus d’acier                         poids 15,1 kg, munition standard.

Obus pointu                          poids 14,6 kg, munition profilée pour le tir à longue portée.

Obus antichars                     poids 14 kg env., munition pour la lutte contre les blindés.

Camp romain de Portchester (Grande Bretagne)

Le château de Portchester (en anglais : Portchester Castle, nom latin : Portus Adurni) est un fort romain situé dans la commune britannique de Portchester, en Angleterre, au fond de la baie de Portsmouth. C’est probablement le fort romain le mieux conservé de toute l’Europe.

Le fort fut construit au IIIe siècle pour protéger la côte sud de l’Angleterre contre les invasions saxonnes. C’est un fort carré de 200 mètres de côté, construit en assises de calcaire et de silex. L’enceinte est complète. Le quart nord-ouest est occupé par un château normand. L’enceinte abrite aussi une petite chapelle du XIIe siècle, au coin sud-est.

Cet ensemble doit son excellente conservation à une utilisation continue de près de seize siècles : il servit jusqu’au XIXe siècle. Henri V s’y embarqua vers la bataille d’Azincourt.

Plus de 7000 prisonniers des guerres napoléoniennes y furent détenus.

Le monument est aujourd’hui géré par l’English Heritage, et ouvert aux visiteurs.

Camp romain de Portchester (Grande Bretagne)

Le château de Portchester (en anglais : Portchester Castle, nom latin : Portus Adurni) est un fort romain situé dans la commune britannique de Portchester, en Angleterre, au fond de la baie de Portsmouth. C’est probablement le fort romain le mieux conservé de toute l’Europe.

Le fort fut construit au IIIe siècle pour protéger la côte sud de l’Angleterre contre les invasions saxonnes. C’est un fort carré de 200 mètres de côté, construit en assises de calcaire et de silex. L’enceinte est complète. Le quart nord-ouest est occupé par un château normand. L’enceinte abrite aussi une petite chapelle du XIIe siècle, au coin sud-est.

Cet ensemble doit son excellente conservation à une utilisation continue de près de seize siècles : il servit jusqu’au XIXe siècle. Henri V s’y embarqua vers la bataille d’Azincourt.

Plus de 7000 prisonniers des guerres napoléoniennes y furent détenus.

Le monument est aujourd’hui géré par l’English Heritage, et ouvert aux visiteurs.

Le fusil SIG SG 550 Sniper (Suisse)

Le SG550 est devenu la nouvelle arme réglementaire de l’armée suisse, sous le nom de Fass 90 (ou StGw 90) et sa munition de 5,6 mm (parfaitement interchangeable avec le 5,56 x 45 mm) la GP 90 (Gewehr Patrone 90), SIG ne s’est pas endormi sur ses lauriers pour autant. Après avoir aménagé des versions semi-automatiques de ses nouveaux fusils à l’intention du marché civil, qui leur a réservé un accueil particulièrement enthousiaste, le constructeur suisse a entrepris d’en dériver une version « sniper », à laquelle nous nous intéresseront aujourd’hui.

Elément d’une nouvelle doctrine

On relèvera d’emblée que cette démarche rompt avec une tradition qui avait prévalu jusqu’ici à Neuhausen, dans la mesure où SIG, en association avec sa filiale allemande SAUER, avait opté, en matière de « sniping », pour des armes à répétition manuelle de très haute précision, dont le fusil SSG 2000 (Scharfstutzengewehr, fusil de tireur d’élite) est le fleuron le plus prestigieux. Cette rupture implique un changement assez radical dans l’approche du tir de précision, puisqu’on sait que les constructeurs d’armes se partagent classiquement en deux écoles : celles-ci voient s’opposer – pacifiquement – les tenants d’une précision la plus élevée possible, qui ne jurent que par les mécanismes classiques à verrou et qui focalisent tous leurs efforts sur le premier coup tiré, et les adeptes de l’arme semi-automatique qui donne au tireur l’avantage de disposer d’un puissance de feu de 20 ou 30 cartouches par chargeur, sans compter le bénéfice d’un retour plus rapide en visée qui permet plus facilement de doubler le premier coup – ou d’engager une autre cible dans les délais les plus brefs. C’est ce dernier choix qui a été posé, entre autres, par Heckler & Koch, qui offre toute une gamme de fusils de « sniper » automatiques ou semi-automatiques dérivés du G3, ou encore celui des Israël Military Industries dont nous comptons tester prochainement les dernières versions « sniper » du Galil. Est-ce dire pour autant que SIG a viré de bord et remis en question les principes mêmes qui sous-tendent l’existence du SSG 2000 ?

Militaire et civils

Nous ne le croyons pas – et ce n’est pas seulement parce que le SSG 2000 continue de figurer au catalogue. Le SG 550, qui a servi de base naturelle au SG 550 Sniper, a fait l’objet d’une mise au point particulièrement soigneuse qui fait de lui une arme à peu près parfaite dans sa catégorie. Mais ce n’est pas vrai que pour les éléments constitutifs du fusil, la qualité des matériaux utilisés, leurs traitements ou encore le soin apporté à l’ergonomie : ça l’est aussi tout particulièrement pour la précision, qu’on peut considérer comme exceptionnelle pour une arme de ce calibre. Nous sommes en Suisse, il est vrai, un pays où la pratique des tirs hors service est largement répandue, jusqu’à être encouragée par les autorités fédérales : le tir à 300 m au fusil réglementaire est une discipline nationale, et les tireurs civils (qui restent toujours, quelque part, des conscrits démobilisés) sont parfois plus exigeants que les décideurs militaires, dès qu’il s’agit de précision. C’est une donnée avec laquelle SIG a compté au moment de la conception de son arme, qui avait donc aussi à séduire le marché civil.

Il était assez logique que le constructeur exploite plus avant des qualités qui s’avéraient d’emblée supérieures à la normale : en opérant un tri supplémentaire parmi les armes de la série, qui passent de toute façon par des essais de tir, en fin de ligne de production, il devenait possible de sélectionner les plus précises pour obtenir à très faible coût les éléments constitutifs de basse d’un excellent « sniper » de petit calibre. Or, la demande existe bel et bien pour de telles armes, nous avons déjà eu l’occasion d’en faire état dans un dossier consacré à la problématique du « sniper ». Et cette demande n’émane pas seulement des milieux militaires, dans lesquels on songe de plus en plus volontiers à équiper les meilleurs tireurs d’un fusil d’assaut précis et flanqué d’une visée optique, qui permette de pratiquer le « sniping » aux courtes distances (jusqu’à 300m) et d’optimiser du même coup la rentabilité opérationnelle moyenne du fantassin, par ailleurs assez médiocre.

Le phénomène, n’est plus nouveau, les corps de police s’intéressent eux aussi de très près à tout ce qui touche au « sniping » – c’est un des nombreux effets bénéfiques de la prise de conscience qui s’est opérée dans la seconde moitié des années 70. Il n’est sans doute plus nécessaire de rappeler la multiplicité des situations critiques qui peuvent être dénouées avantageusement pour les forces de l’ordre par le recours à cette technique – qu’il s’agisse d’actions terroristes, de simple banditisme ou de tous les « forts Chabrol » imaginables. Par la force des choses, les policiers ont suivi un cheminement analogue à celui des militaires, pour ce qui est des matériels utilisés. La refonte des techniques et des tactiques aidant, ils ont d’abord adopté les armements existants, pour la plupart des fusils à répétition manuelle, systématiquement chambrés pour la munition militaire de 7,62 x 51 mm OTAN (ou .308 Win.) dont on connaît la variété des projectiles disponibles.

Le Sniping version police

Mais les policiers ne sont pas restés non plus indifférents aux possibilités offertes par les armes semi-automatiques. Dans leur cas, il s’agit moins de disposer d’une puissance de feu confortable, les situations véritablement proches des conditions de combat militaires étant l’exception plutôt que la règle (encore que dans certains pays, hors Europe, les missions de police soient souvent dévolues à des corps organisés selon des structures militaires). Pour eux, l’intérêt d’une arme semi-automatique réside surtout dans la réduction du relèvement du canon et les possibilités de revenir beaucoup plus rapidement en visée, qui favorisent la rapidité d’engagement. Par ailleurs, le problème du « sniping » de police ne se pose pas exactement dans les mêmes termes que le « sniping » militaire. C’est spécialement vrai pour les portées, qui n’excèdent pratiquement jamais les 300 m, à prendre comme distance d’engagement maximale, les distances habituelles se situant autour ou en dessous de 100 m. Dans de nombreux cas, en effet, les policiers doivent compter avec l’environnement de la cible, dans lequel il est exclu de faire courir des risques à des innocents, sauf nécessité majeure – une préoccupation dont les militaires n’ont pas à s’encombrer. Ce sera d’autant plus vrai que la plupart des interventions se font en milieu de type urbain, dans des zones construites où la densité de population est un paramètre non négligeable. Si les techniques de tir doivent être adaptées en conséquence (tir au commandement, association des « snipers »  en binôme, etc.), ces caractéristiques peuvent avoir des effets sur le choix des armes.

Ainsi, il n’est pas nécessaire de disposer d’une munition qui demeure efficace et précise jusqu’à 600 m ou plus, ce qui suppose le recours à un calibre relativement puissant, au moins égal au 7,62 x 51 mm. Pour les distances d’intervention qu’on vient de mentionner, si le petit calibre de 5,56 x 45 mm peut produire une balistique terminale (effets à la cible) comparable à celle du 7,62 mm, il offrira alors un avantage sur celui-ci, en raison de son recul moindre – qui sera d’autant moins prononcé qu’on utilisera un fusil semi-automatique. Dans l’absolu, autant préciser tout de suite que le 5,56 x 45 mm ne peut rivaliser avec le 7,62 x 51 mm, en termes de pouvoir de neutralisation immédiat. Mais en « sniping » de police, les régions du corps qui sont visées sont presque toujours des zones vitales qu’on cherche à toucher à coup sûr, dès la première cartouche et, rappelons-le, à des distances relativement courtes. Dans ces conditions, la puissance spécifique du calibre importe beaucoup moins : la plupart des projectiles d’armes d’épaule, y compris ceux de 5,56 mm, auront des effets dévastateurs et surtout incapacitants. C’est dans cette mesure que le petit calibre d’infanterie actuel peut se prêter aux techniques de « sniping » mises en oeuvre par les forces de l’ordre. Pour l’arme qui nous occupe, le SG 550, on notera d’ailleurs qu’elle est le fruit de la collaboration entre le constructeur et les unités spéciales des forces de police helvétiques, qui ont vu dans le calibre 5,6 mm (respectons l’appellation !) un bon compromis entre l’efficacité terminale et le comportement de l’arme.

Caractéristiques générales du SG550 Sniper

Nous ne disposons pas de comparaison systématique entre la nouvelle version du SG550 et d’autres armes spécifiques de « sniper », à répétition manuelle ou non, utilisées par les mêmes tireurs et dans les mêmes conditions (sous peine de rendre toute comparaison invalide, ces critères doivent être respectés). Nous pouvons cependant rappeler quelques valeurs qui sont propres au SG550 standard, et qui sont vérifiées à fortiori par le SG550 Sniper. Ainsi, à la distance de 300 m, au tir sur chevalet de séries de 10 coups avec un lot de munitions favorables à la précision (lot FS 2, 29.2.80), 73 fusils standards ont réalisé une moyenne des groupements de 14,3 cm x 12,1 cm – ce qui représente une valeur moyenne de 96,5 points sur 100, alors que les résultats obtenus par 50 fusils Fass 57 (l’ancien fusil d’assaut réglementaire suisse) tirés dans des conditions identiques correspondent à une valeur moyenne de 93,6 points sur 100 (donc un groupement plus large, pour une arme dont la réputation était fondée dans une large mesure sur une précision remarquable). Bien que des résultats soient déjà très acceptables pour des armes à fonctionnement automatique, on sait que la section des armes destinées à la réalisation des modèles Sniper permet d’obtenir des groupements qui, sur chevalet, sont encore beaucoup plus serrés : rien de plus logique, puisqu’on élimine d’office les armes qui présentent des écarts trop prononcés entre les impacts.

Nous ne nous attarderons pas à la base mécanique de l’arme, qui est identique à celle du SG550 de série. Bornons-nous à rappeler que les nouvelles armes SIG bénéficient d’une conception et d’une réalisation extrêmement soignées (c’est le résultat obtenu par des techniques de fabrication faisant appel à des technologies de pointe, que nous aurons sans doute l’occasion de présenter bientôt au lecteur) et quelles représentent probablement le nec plus ultra des fusils d’assaut de configuration classique. C’est vrai aussi au plan de l’ergonomie comme à celui de la robustesse et de la fiabilité, que l’Armée suisse a sévèrement testées sous les conditions les plus rudes. Le SG550 Sniper hérite nécessairement de toutes ces qualités, auxquelles viennent s’ajouter celles des dispositifs particuliers à la version Sniper.

L’organisation de détente

Commençons par ce qui est sans doute le moins directement visible, à savoir le mécanisme de détente. SIG a conservé le mécanisme à bossette très franche du SG550, dont la résistance totale est réglée en usine autour de 2,3 kg (résistance jusqu’au cran d’arrêt : 800 gr ; résistance au cran d’arrêt : 1,5 kg), ce qui est à la fois suffisamment élevé pour la sécurité et suffisamment faible pour la précision. Notons que l’utilisateur n’a pas la faculté de modifier lui-même ce réglage d’usine : cette option est discutable quant au principe, mais dans la pratique, on peut comprendre le souci de la sécurité qui a conduit les policiers suisses à s’y ranger, car tous les tireurs, même « snipers », n’ont pas forcément la même maîtrise ni la même discipline personnelle. La course de détente est très courte : 3,5 mm jusqu’au cran d’arrêt, puis 4,1 mm jusqu’en fin de course. La queue de détente est recouverte d’un patin en matériau synthétique qui assure un excellent contact de l’index avec l’arme ; en outre, sous basses températures, ce patin est moins inconfortable que l’acier et autorise plus volontiers le tir à main dégantée qui permet au tireur de garder une meilleure sensibilité à la détente. En cas de nécessité, toutefois, le pontet reste escamotable vers la gauche ou vers la droite, pour autoriser le tir avec gants. Enfin, la version Sniper ne dispose d’aucune possibilité de tirer en rafale : la configuration du mécanisme semi-automatique est le même que celle des versions civiles de l’arme, avec deux positions de sélecteur, une pour la sûreté et l’autre pour le tir en coup par coup.

Le système de crosse

On aborde ici, le composant de l’arme qui en fait la singularité la plus évidente. Le fait est suffisamment exceptionnel pour être souligné, le SG550 Sniper est le seul fusil d’assaut équipé d’un système de crosse aussi élaboré – du genre de ce qu’on retrouve d’habitude sur les « snipers » purs du type SSG 2000 ou PSG1. Réalisée dans un matériau composite à haute résistance, cette crosse est flanquée d’un appui-joue que le tireur peut ajuster à sa morphologie à l’aide d’une molette de réglage horizontale, l’idéal étant bien sûr d’effectuer ce réglage lorsqu’on est en joue, afin de placer l’œil directeur dans l’axe de la visée optique. Toute la partie arrière de la crosse – ou la plaque de couche, si l’on préfère – est réglable à la fois en longueur et en hauteur. Pour optimiser la distance entre la plaque de couche et la détente, l’utilisateur doit agir sur la molette verticale de réglage disposée au centre de la crosse : cette molette est asservie à une vis de serrage à six pans logée sur la tranche inférieur de la crosse : il s’agit évidemment d’éviter tout déréglage intempestif, chaque arme étant toujours servie par le même tireur qui lui donnera une configuration de crosse définitive. Enfin, on peut déplacer la plaque de couche vers le haut ou vers le bas, ou encor lui donner une position oblique. A cet effet, on utilise la même clé coudée à 6 pans pour desserre soit les deux vis de la plaque de couche (réglage en hauteur), soit les 3 vis de blocage disposée en triangle sur la tranche arrière de la crosse (inclinaison de la plaque de couche). Un coup d’œil permet de voir les cannelures antidérapantes qui garnissent la plaque de couche, pour assurer un interface optimal arme/épaule du tireur. Comme sur le SG550 de série, la crosse est évidemment rabattable au côté droit de l’arme pour en diminuer l’encombrement pendant le transport. Il n’est toutefois possible de rabattre la crosse qui si l’arme a été mise au préalable à la sûreté.

La poignée-pistolet

SIG a poussé plus loin encore le souci d’adapter parfaitement l’arme aux particularités de chaque tireur, puisque la poignée-pistolet porte, elle aussi, plusieurs réglages. Fait assez rare, on peut modifier l’angle d’inclinaison de la poignée en desserrant le bouton moleté disposé sous la poignée : ceci a pour objet d’éviter la torsion du poignet et la crispation des muscles du tireur, qui peut être appelé à demeurer en visée pendant un temps relativement long avant de pouvoir tirer, et qui ne se trouve pas nécessairement à l’horizontale de la cible qu’il doit engager. Dessinée selon un profil anatomique, la poignée-pistolet est revêtue aussi d’une matière granuleuse antidérapante qui évite à la main directrice de glisser insensiblement vers une position inappropriée. Pour parfaire le contact avec cette partie de l’arme, un appui-main réglable en hauteur vient compléter avantageusement le système de poignée, dont le bord arrière a fait l’objet d’un dessin particulièrement soignée, qui lui donne une position optimale par rapport à la queue de détente.

Le canon

Pour optimiser la précision et améliorer la balistique terminale des projectiles, le SG550 Sniper est équipé d’un canon lourd (nous dirions plutôt semi-lourd) d’une longueur de 650 mm, qui présente cette particularité d’être martelé d’une seule pièce avec la chambre, ce qui élimine définitivement tous les problèmes qu’aurait pu poser le centrage de celle-ci avec le canon (d’habitude, la chambre est forée après martelage, mais cette opération ne garantit pas toujours une concentricité parfaite – indispensable pourtant sur une arme de « sniper »). Dans ce canon, la munition GP90 atteint une vitesse initiale (Vo) de l’ordre de 930 m/s et développe une énergie à la bouche (Eo) de quelque 1800 joules.

Le SG550 Sniper dispose de série d’une optique Zeiss-Diavari Z 2,5-10 x 52 T qui reste très lumineuse, même par fort grossissement. Cette optique est pourvue d’un dispositif de réglage rapide du réticule, grâce à des bagues crantées – pour l’élévation et la dérive – qui ont été conçues en fonction de la balistique propre à la cartouche GP 90 et qui permettent de corriger la visée à des distances comprises entre 50 m et 300 m. Le réticule N° 8 est du type croisé (« crosshair ») et comprend 4 traits  épais prolongés par des traits fins, au centre de l’optique. Notons que la modification du grossissement entraîne une modification proportionnelle des traits du réticule : ceci offre l’avantage d’optimiser le réglage du réticule en fonction de la distance de tir.

Optique et embase

Le montage de l’optique sur son embase se fait à l’aide de 4 vis de fixation qui assurent la rigidité de l’ensemble en éliminant les risques de déplacement intempestif de l’optique. Comme le SG550 Sniper est dépourvu d’appareils de visée mécaniques, la lunette est montée au plus près de l’axe du canon, dont l’axe optique n’est écarté que d’une distance minimale. L’embase autorise un déplacement latéral de l’optique dans les deux sens : le tireur peut donc ajuster la position de la lunette pour que la mise en joue et l’acquisition de la visée aient lieu de manière naturelle, l’œil tombant immédiatement dans l’axe optique et à distance correcte de l’oculaire. Cette distance peut être réglée soit par le déplacement de la lunette dans l’axe de pointage, soit par optimisation de la longueur de crosse.

Au rayon des accessoires utiles et appréciés des utilisateurs, on trouve une bande anti-reflets amovible qu’on accroche au collier antérieur de l’arme portant la frette d’emprunt de gaz, puis dans la fente ménagée  à son intention dans l’embase de la visée optique. Improprement nommée, cette bande sert avant tout à maintenir une visibilité optimale dans l’axe de la lunette, en évitant les radiations d’air chaud que peut dégager un canon surchauffée et qui risquent d’altérer l’image perçue par le tireur à travers l’optique (image « tremblante »). Outre la bretelle, le guide de chargement et le nécessaire de nettoyage, les accessoires comprennent encore une mallette de transport plus courte et donc moins encombrante que les valises habituelles, dans laquelle on range le fusil crosse repliée et optique en place.

Le SG550 Sniper est incontestablement une réussite dans son genre, puisqu’on y retrouve toutes les qualités du SG550 de base auxquelles il convient d’ajouter tous les dispositifs spécifiques qu’on vient de mentionner, lesquels témoignent à eux seuls de la volonté du constructeur de rester à la hauteur de la réputation que lui ont assurée les différentes armes figurant aujourd’hui à son catalogue, qu’il s’agisse des fusils ou des armes de poing. Le SG550 Sniper s’inscrit aussi de façon on ne peut plus légitime dans la lignée des produits dont on dit, avec une respectueuse admiration, qu’ils sont « Swiss made » et on sait ce que cela implique de soin, de méticulosité et, quelque part aussi, de génie.

 

 

Jacques Lenaerts 1989

Le SIG 552 Commando (Suisse)

Le nouveau fusil spécial SG 552 Commando a été développé spécialement pour les groupes d’intervention et les unités spéciales pouvant être confrontées subitement à des cibles mobiles évoluant à des distances ne dépassant pas les 300 m. Cette donnée technique montre que cette arme a surtout une vocation urbaine comme l’indique très clairement la documentation du  fabricant qui ne parle pas d’ennemis comme on l’entend souvent dans le vocable militaire, mais de délinquants termes généralement attribué à des individus dangereux opérant dans les zones à forte densité de population. Le SG 552 se place résolument comme le concurrent le plus sérieux du HK 53.

Synthétique et solide

Sa conception repose sur la construction du fusil d’assaut SG 551. Comme ce dernier , le Commando fait appel dans sa fabrication à des matériaux composites, ce qui est le résultat d’une technologie maintenant parfaitement maîtrisée. Ce fusil complète une gamme déjà riche en modèles déclinés à partir de la version standard SG 550 en passant par les configurations spécialisées des SG 551, SG 551 LB et 551 Swat.

Les militaires des troupes de choc, les spécialistes des opérations de la dernière chance comme les policiers des sections opérationnelles sont des hommes qui, à l’instar du fantassin moderne, recherchent un équipement très performant, d’une grande légèreté, facilement dissimulable, d’une mise en œuvre rapide et d’une complète polyvalence. Le Commando doit répondre à chaque type d’engagement et possède pour cela les accessoires nécessaires allant de la lunette de visée à la lampe torche en passant par les appareils de vision nocturne et les dispositifs de pointage laser.

L’ensemble du système à emprunt des gaz est réalisé en matière synthétique et en matériau résistant fortement à la corrosion. Il convient en effet qu’un usage en milieu salin, par exemple dans les îles ou à l’intérieur de ville côtières, ne soit pas un handicap de nature à endommager le matériel ni à en altérer de quelconque manière le bon fonctionnement. A cet effet, les parties extérieures en acier sont revêtues de matière synthétique résistant aux chocs, certaines en matériau inoxydable, d’autres ont reçu un traitement thermique particulier pour que ce modèle puisse affronter sans dommage tous les agents climatiques susceptibles d’être rencontrés lors des missions sous différentes latitudes.

Compact et léger

Le SG 552 Commando est une arme très compacte qui paraît être la meilleure synthèse actuelle en la matière pour le calibre de 5,56 mm (223 Rem.).

Ce fusil mesure seulement 730 mm contre 833 mm pour la version la plus courte du SG 551 Swat. En position transport, crosse rabattue, la longueur est alors ramenée à 504 mm contre 607 mm. Ce modèle brille par son poids de 3,2 kg qui le place devant le Swat plus lourd de 200 g. Extérieurement, le dernier-né de SIG se caractérise par un canon plus court et un garde main qui bénéficie d’un look plus moderne. Du fait de sa configuration optimale et de la répartition de ses masses qui semblent un must en la matière, ainsi que des nombreuses possibilités de combiner l’arme avec un nouveau type de visée télescopique de jour et de nuit avec illumination du réticule « Beta-Light », ce modèle offre de nombreux atouts qui vont sans aucun doute peser lourd dans son choix par les responsables des unités d’élite.

La société SIG Arms est restée fidèle au choix d’un pas de rayures de 10″ au lieu du pas de 7″ plus conventionnel mais retenu par l’OTAN. Cette option a pour avantage d’augmenter la précision de l’arme en transformant un 9 cordon en 10 pleine mouche à des distances de 250 à 300 m. A l’inverse ce passage à 10″ tend à réduire très faiblement la puissance de perforation. En utilisation dans les villes, ce critère n’est pas forcément le premier à prendre en considération.

Si l’objectif est trop protégé, il est toujours temps d’avoir recours à des fusils d’un niveau supérieur à l’image de l’Hecate en 12,7 mm.

Le Commando est une arme individuelle automatique pouvant tirer avec son sélecteur soit coup par coup, en rafale limitées de trois cartouches ou en rafales libres.

L’arme bénéficie d’une fabrication excessivement poussée avec la mise en œuvre de techniques qui, si elles ne sont plus révolutionnaires aujourd’hui, sont parfaitement éprouvées et fiables. C’est ainsi que les logements de la culasse sont réalisés par un rayon laser dirigé par ordinateur. SIG Arms dispose d’unités de fabrication dotées de dispositifs de mesures à affichage optique et impression sur bande équipant ses centres d’usinage à commande CNC. On comprend mieux pourquoi tous ces fusils d’assaut possèdent une qualité proche voire identique à celle des armes réservées à la compétition.

Esthétiquement l’arme ne surprend plus avec son mélange de tôle emboutie et de plastique, mariage qui est à l’origine de son faible poids de 3,2 kg. La crosse, le garde main ainsi que le fût sont en matière composite dont la résistance à maintes fois été testée dans des conditions souvent difficiles. Le garde main est percé sur chaque face de 5 ouïes de refroidissement et laisse dépasser le canon terminé par le cache-flamme.

Sélecteur de tir ambidextre

Comme toujours la fabrication de la boîte de culasse en tôle d’acier est faite à la presse. Elle porte à l’avant le traditionnel renfort usiné dans lequel vient se glisser le canon.

Quant à la carcasse qui se compose du boîtier de mécanisme et du couloir d’alimentation, elle est fixée à la boîte de culasse par l’intermédiaire d’un axe à section renforcée. Le sélecteur de tir est ambidextre et se caractérise par ses quatre positions allant du « S » pour la sécurité au nombre 20 pour les rafales libres. La poignée pistolet en plastique comporte un talon mobile libérant une cavité dans laquelle est placé le nécessaire indispensable au nettoyage rapide de l’arme.

La crosse tubulaire sans pente est formée de deux branches en caoutchouc durci terminées par une plaque de couche à larges rainures d’accrochage. Elle est fixée à la carcasse par une charnière traversée par un axe. En position repliée, elle vient se rabattre sur la droite de la carcasse. Dans cette configuration, il est toujours possible de faire feu sans aucun problème pour l’éjection des étuis. On peut même s’appuyer sur le talon de cette crosse pour stabiliser parfaitement l’arme pendant les tirs en rafales. Par comparaison aux premiers modèles de la firme, notre Commando possède un verrouillage rapide basé sur l’encliquetage d’un ergot situé sur le garde main qui bloque complètement la crosse.

La boîte de culasse porte sur sa face gauche le modèle de l’arme, son nom et son numéro matricule reporté également sur la carcasse.

L’ensemble mobile est constitué principalement par une pièce de manœuvre rendue solidaire du piston par le levier d’armement. La culasse mobile est pourvue d’une tête portant des tenons de verrouillage fortement dimensionnés pouvant résister sans contrainte excessive, aux pressions. Comme toujours cette culasse sert d’appui au percuteur, à l’extracteur et à l’éjecteur. Nous verrons lors des essais techniques que la glissière reste en position arrière après le tir de la dernière cartouche. Elle est renvoyée sur l’avant par une manœuvre directe du tireur sur le levier d’armement qui libère l’ergot de blocage en amenant cette dernière totalement en fin de butée ou plus rapidement par l’abaissement du poussoir de calage.

L’arme est alimentée par des boîtiers chargeurs en plastique transparent de 5, 20 et 30 cartouches. Le système breveté par SIG pour coupler les magasins augmentant d’autant la capacité opérationnelle est un plus évident. SIG a été la première firme au monde à trouver un dispositif d’accrochage simple et efficace qui évite d’inverser les chargeurs et qui élimine tous les élastiques et autres montages dont la guerre du Viêtnam et les autres conflits locaux nous sont longuement décrit dans plusieurs articles.

Fonctionnement

Il reprend la cinématique de base des armes longues de ce fabricant. Une fois le chargeur introduit dans l’arme, il convient de tirer avec une certaine vivacité le levier d’armement vers l’arrière puis de le relâcher. A cet instant, il faut positionner le sélecteur sur la position désirée. Le chien est alors accroché sur la tête de gâchette, une cartouche à poste dans la chambre du canon.

En tir coup par coup, l’action du doigt sur la queue de détente provoque l’effacement de la gâchette dégageant le chien qui vient frapper avec force le talon du percuteur, occasionnant le départ du coup. Lorsque le projectile a parcouru environ les 2/3 du canon, il dépasse le trou d’évent libérant une partie des gaz qui pénètre alors dans le cylindre. Le piston sous cette action recule et entraîne avec lui l’ensemble mobile. A cet instant, la tête de culasse effectue une rotation hélicoïdale et se déverrouille. La phase suivante se traduit par l’extraction et l’éjection de l’étui. En fin de course de la culasse, le cycle est bouclé avec le chien qui se trouve à nouveau accroché sur la tête de gâchette. L’ensemble mobile est renvoyé sur l’avant accrochant au passage une nouvelle cartouche guidée par la tête de culasse jusqu’à la chambre du canon. La dernière opération se traduit par le verrouillage de la tête de culasse, l’arme est prête à faire feu.

En tir en rafales de 3 coups, un limitateur arrête le tir au bout du 3ème coup.

En tir en rafales libres, la gâchette de tir automatique libère complètement le mouvement de la pièce mobile qui fonctionne tant que le tireur garde son doigt en appui sur la queue de détente.

Le fraisage de la partie supérieure du boîtier de culasse offre la possibilité de monter un choix important d’équipement. Il est possible de fixer en quelques secondes une lunette de visée Hensoldt 6 x 42 BL spécialement étudiée pour répondre à la vocation première du Commando. Cette lunette autorise un réglage rapide en élévation et en dérive avec un ajustement du tir de 20 à 500m. Elle est dotée d’un réticule Z-Plex, éclairé aux rayons bêta dont l’intensité bénéficie également d’un réglage très fin. Il est de même possible d’opter pour une lunette de visée Trijicon ACOG 3,5 x 35 pour l’acquisition excessivement rapide de jour comme de nuit d’un point de visée. Cet équipement possède un collecteur de lumière combiné avec une source aux rayons bêta. Pour ces deux dispositifs de pointage, il est recommandé de monter un appui joue. On peut à la demande renforcer la visée avec une lunette Bushnell Holosight Police à visée par point lumineux. Bien entendu, l’arme d’origine est livrée avec son dispositif de visée standard par dioptre.

Les essais pratiques

La prise en main est agréable, l’accessibilité à tous les mécanisme est direct. L’introduction du chargeur ne se fait pas droite mais s’effectue maintenant comme il est de coutume en lui imprimant un mouvement de rotation vers l’arrière. Je regrette la forme droite du levier d’armement qui ne facilite pas le mouvement de déplacement de la culasse. Je préfère et de loin, le classique modèle en forme de demi-lune que l’on rencontre sur de nombreux fusils d’assaut à travers le monde. Malgré une résistance d’environ 3,5 kg, la détente est comme toujours chez cet industriel d’une excellente qualité proche de celle des armes de sport. La possibilité de faire pivoter le pontet est un plus certain pour le tir avec des mains protégées. Les unités spéciales interviennent sous toutes les latitudes par tous les temps et l’on comprend vite l’avantage opérationnel dans ce cas. Si le maniement du fusil est simple, l’arrêtoir de culasse n’est en revanche accessible que du côté gauche. Il est de même impossible, du fait de la conception de l’arme, de positionner le levier d’armement de la culasse sur l’autre face. L’arme, malgré son sélecteur ambidextre et son levier poussoir de chargeur permettant une manipulation aussi aisée pour les gauchers que les droitiers, donne un avantage pratique à ces derniers.

Les essais techniques en stand ont montré qu’il était possible avec la cinématique du Commando de vider un chargeur de 30 cartouches en moins de 2 secondes. Si au coup par coup, l’éjection des étuis se fait légèrement de trois-quarts avant à une distance pouvant atteindre plus de 5 m, ces derniers sortant avec violence, en tir par rafales courtes ou longues, la régularité d’éjection n’est plus la même. Les étuis s’entrechoquent et ne possèdent plus de trajectoires parfaitement définies. Un léger matage est visible en arrière de la fenêtre d’éjection occasionné par quelques douilles venues frapper presque en « ricochets » d’autres étuis. En coup par coup et par rafales le Commando est d’une grande stabilité et couvre, même en tir en mouvement, la partie centrale appelée « bouteille » de la silhouette d’une cible de tir pratique. Cette arme très compacte se contrôle sans effort et sa ligne de visée de 360 mm assure un confort visuel de bonne qualité au tireur. Avec un peu d’entraînement, des groupements sur appui de 80 mm à 100 m sur 10 cartouches sont facilement obtenus. Dans un véhicule, il est indispensable de faire dépasser suffisamment la fenêtre d’éjection pour ne pas « vivre » les désagréments de la brûlure des étuis. En coup par coup, ce qui est la configuration la plus logique en tir urbain en temps de paix, l’éjection des douilles ne pose aucun problème. En tir de rafales, il faut faire attention, comme indiqué plus haut à la trajectoire des douilles dont certaines viennent frapper avec force la vitre latérale ou le pare-brise suivant la position du tireur.

HK 53 et Commando

Le Commando représente un bon compromis entre le fusil d’assaut léger en 5,56 mm et le pistolet-mitrailleur en 9 mm parabellum dont il possède à la fois le poids et l’encombrement.

Par comparaison le HK 53 a un canon de 211 mm contre 226 mm pour le Commando avec un nombre de rayures identique. La puissance énergétique à la bouche du canon pour ces deux armes est de 1100 joules à une vitesse de l’ordre de 735 à 750 m/s suivant le type de cartouche. La cadence de tir du SIG est de 700 à 850 coups/minute légèrement lus rapide que celle théorique du HK 53.

A titre indicatif, le HK MP 5 en calibre 9 x 19 mm possède une cadence de tir de 800 coups/min. Son canon a une longueur totale de 225 mm pour une longueur totale de l’arme de 680 mm avec la crosse fixe ou de 490 mm avec la crosse escamotable rentrée. Avec son chargeur vide de 30 coups, ce PM pèse 2,71 kg.

Du fait de la balistique de la 5,56 mm et de la faible masse du projectile qui ne dépasse que rarement les 4 g comme la SS 109/M855, cette arme est de préférence destinée aux unités spécialisées de l’armée même si elle peut présenter des avantages pour certaines interventions très spécifiques sur des objectifs protégés ou circulant en véhicules que la police peut être amenée à réaliser. En milieu urbain, il est en effet rare d’intervenir à des distances de 200 à 300 m. Généralement ces distances ne dépassent pas les 50 m. Dans ce cas la puissance d’arrêt d’une 9 mm de 650 J environ tirée par un pistole-mitrailleur suffit dans la majorité des cas. Pour des objectifs très difficiles à neutraliser, on a tendance à avoir recours à des calibres plus lourds comme la 7,62 x 51 mm ou encore la 338 Lapua. Nous arrivons à  cet instant à une bataille « d’école » entre les inconditionnels et les adversaires des calibres dits « légers ou lourds ». Ce débat existe depuis la nuit de temps et n’est pas prêt de trouver une réponse, chacun restant sur ses positions.

Alors que dire de l’avantage dans ce cas de la 5,56 x 45 mm tirée entre la 9 mm et les 7,62 Otan ? Difficile question ! On peut simplement écrire que cette cartouche tirée dans un SIG Arms Commando ou dans un JK 53 représente une option offerte aux spécialistes de choisir le calibre et l’arme suivant les besoins du moment. Les faibles dimensions du Commando sont un plus pour pouvoir disposer à proximité d’une arme puissante offrant une capacité de réaction rapide à l’agression sans connaître les désagréments occasionnés par la mise en batterie d’un fusil de sniper.

La 5,56 mm  a ses limites en milieu citadin, pour preuve l’angle de tir et le type de balles ne font pas toujours « bon ménage » avec quelques pare-brise de véhicules. Il suffit de se souvenir d’un fait divers encore dans les mémoires qui a mis aux prises, il y a quelques années, la police et un individu désigné comme l’ennemi public numéro 1.

A l’inverse pour les militaires et les groupes opérationnels envoyés en pénétration profonde, ce type d’arme est un plus. Facilement dissimulable, utilisant un calibre aujourd’hui standardisé, il répond parfaitement à la neutralisation ponctuelle d’objectifs par sa précision et son équipement de visée perfectionné.

 

J.L. Courtois 1998

Le fusil d’assaut 90 (Fass 90) de l’armée suisse

Le culte du fusil reste un facteur déterminant pour le choix des armes légères dans cette Suisse où chaque localité a son stand de tir, et où sont brûlées annuelle­ment, hors service, pas moins de 80 millions de cartouches. Ce culte a tenu la Suisse à la pointe du développement des armes militaires durant un siècle : elle fut la première nation à introduire le fusil à répétition et parmi les premières, après la seconde guerre mondiale, à donner à ses fan­tassins un fusil permettant le tir en rafale. Mais ce même culte du tir allait tenir la Suisse à l’écart de la tendance moderne de développer des fusils d’assaut de petit calibre. Ce n’est pas moins d’un quart de siècle après l’avènement de l’Armalite, et après que le 5.56 soit devenu d’usage courant dans près de 60 pays, que la Suisse décida enfin de suivre le mouvement. La décision suisse témoigne de l’écart qui sépare la nouvelle géné­ration de 5.56 de son ancienne image d’une puis­sance de feu aveugle fondée sur le « spray and pray ». De même que la visée optique Susat de l’Enfield britannique, la hausse à 800 mètres du M16A2 de l’USMC et les exigences balistiques de la munition SS109, la décision suisse marque le rapprochement du concept du calibre 223 avec celui du calibre 222. Et c’est avec le nouveau fusil d’assaut 90, sur le point d’être remis à la troupe, arme militaire qu’apprécierait chaque connaisseur du tir de précision, que la Suisse est entrée dans le domaine du petit calibre.

Le concept d’emploi

Si les Suisses furent lents à suivre la mode du 5.56, ce n’est pas par manque d’expérience dans le domaine des fusils d’assaut. Ils furent en fait les pionniers du concept ! Alors que la légende populaire fait remonter l’origine de la combinai­son cartouche de puissance intermédiaire + fusil d’assaut à grande puissance de feu aux MP45 et Sturmgewehr 44 allemands, puis à la Kalashnikov, les Suisses expérimentaient déjà dans ce même domaine un quart de siècle plus tôt. Ayant analysé la paralysie des fronts de la première guerre mondiale, ils se concentrèrent sur le pouvoir défensif de la mitrailleuse qui, estimait-on, avait dépossédé le fantassin de son rôle traditionnel d’attaquant pour le réduire à celui de suiveur de barrage ; « l’artillerie con­quiert, l’infanterie occupe ». La question fon­damentale fut de savoir comment rendre sa mobilité à l’infanterie ; la réponse formulée par la Suisse fut celle d’une puissance de feu porta­tive capable de forcer l’adversaire à rester dans son couvert. Le mouvement tactique au combat, ainsi que le dit le Conseil Fédéral en 1925, devait être rendu possible en neutralisant pendant le mouvement le feu ennemi, c’est-à-dire en tenant, pendant le mouvement, l’adversaire sous un feu si violent que ses propres moyens de feu soient détruits ou au moins aveuglés. Vers 1921, la Fabrique fédérale d’armes, à Berne, avait déjà mis au point le prototype d’un fusil d’assaut ; le Pistolengewehr, arme semi-automatique tirant une cartouche de 7.65 X 55 mm.

Une longue gestation

Le Pistolengewehr, et son dérivé de 1922, le LMG-Pistole, font suite à un long développement anté­rieur. C’est jusqu’en 1886 en effet qu’il faut faire remonter les origines de la cartouche qu’ils uti­lisent, date des essais du remarquable colonel Rubin avec de la munition à moyenne puissance. Les essais d’un fusil semi-automatique remon­tent au fusil à cinq coups, calibre 10.4 mm, conçu par Georg Raschein en 1889, ainsi qu’à la tentative de la fabrique fédérale d’armes de transformer le fusil long de la même année en une arme semi-automatique. Au tournant du siè­cle, les connaissances suisses en matière d’armes semi-automatiques étaient variées : Ras-chein avait développé le système dit « primer-blowback » que Qarand allait reprendre plus tard ; Hans Stamm travaillait sur une culasse rotative à emprunt de gaz qui sortit victorieuse de tests de solidité lors de très nombreux tirs. Quant à la firme SIG, elle s’était engagée dans le projet du général mexicain Manuel Mondragon d’un fusil qui allait devenir l’un des premiers semi-automatiques du monde utilisé par les mili­taires.

Le développement du Pistolengewehr à la fin de la première guerre mondiale synthétisait les deux courants de recherche fusil automatique + cartouche de moyenne puissance en un fusil d’assaut basé sur une doctrine cohérente de tac­tique du feu de l’infanterie. Mais les bases tacti­ques et techniques, l’essence même du projet, disparurent dans le processus d’acquisition militaire. De même qu’une génération plus tard le développement du fusil d’assaut américain, et par la même celui de ses alliés, verrait son cours modifié par la demande des autorités militaires de conserver la cartouche de calibre 50 de l’épo­que des armes à culasse à action manuelle, le Pistolengewehr fut transformé par son adapta­tion à la munition de 7,5 mm, courante dans l’armée suisse. Tous les arguments logistiques habituels furent utilisés pour soutenir le refus des autorités helvétiques de standardiser une seconde cartouche et on leur donna une colora­tion tactique en exigeant une portée pratique de 600 mètres. Ainsi la Suisse se retrouva avec une arme de la taille d’un Bren Gun plutôt qu’avec un fusil d’assaut : le FM 1925.

SIG tenta de pirater le concept du fusil de moyenne puissance vers le milieu des années 1950 ; les Allemands réalisèrent cette idée avec leur fameux Sturmgewehr. Mais à la Fabrique fédérale, à Berne, où il avait vu le jour, le concept resta en gestation jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Puis, en 1946, 17 000 coups de 7.65 X 35, vieux d’un quart de siècle, furent exhumés d’un coin couvert de toiles d’araignées, et l’on se repencha sur le fusil d’assaut 1922. Inspirée par la vieille arme et les développements en cours à l’étranger, la Fabri­que fédérale de munitions, à Thoune, produisit une nouvelle version de la cartouche – la douille allongée à 38 mm, la balle recalibrée à 7,5 mm – et la Fabrique fédérale d’armes mit au point une nouvelle génération de fusils d’assaut. En 1947, alors qu la Kalashnikov en était encore, à Tula, aux tests des modèles de pré-série, la WF avait donné naissance à un fusil d’assaut bullpup à 30 coups, doté d’un sélecteur de feu, en 7,5 mm court, et mesurant un petit 65 cm de longueur.

A la remorque du 5,56

Pour une seconde fois cependant, le cours du développement du fusil d’assaut suisse fut dévié par l’exigence des autorités militaires d’aligner toute nouvelle arme sur la vieille cartouche 11 de 7,5 mm. De manière similaire à l’Otan, alors nouvellement créée, le conservatisme lié à la car­touche de calibre 50 conduisit à la création d’une génération de fusils automatiques lourds et hybrides. En 1956, pressés par les événements de Hongrie, les Suisses adoptèrent le Fass 57 de SIG. Comme le M14 américain, destiné à tout remplacer, de la carabine de calibre 50 au Bar, le fass 57 fut conçu comme une arme unique ; il devait prendre la place du FM, du vieux Mous­queton 51, du FM, et servir d’arme anti-char avec des grenades à fusil.

Toutes les merveilles de l’arme unique ne vinrent cependant pas sans prix ; trente ans et six cent mille Fass 57 plus tard, les Suisses ont été heu­reux de choisir un fusil d’un poids et d’un volume différent. Durant les deux dernières décades, ils ont développé un fusil plus léger et plus mania­ble et la clé de ces vertus a été, comme toujours, la réduction de la puissance de la cartouche. La bizarre contorsion de l’histoire fut que la Suisse, ayant passé plus d’un demi-siècle à jouer les pionniers du développement d’une cartouche courte qui allait gagner une formidable renom­mée mondiale avec la cartouche soviétique de 7,62 X 59, se voyait, cette fois, dépassée par la nouvelle mode du 5.56 mm lancée par les Amé­ricains.

La simple, pour ne pas dire simpliste, logique de gain de poids qui sous-tend la mode internatio­nale récente de fusils d’assaut de calibre 22 ren­contra cependant des problèmes immédiats lorsque les Suisses commencèrent les essais de leur nouvelle génération d’armes de petit calibre à la fin des années 1960. La cartouche existante en 225 Remington ne pouvait répondre de manière adéquate aux besoins traditionnels du tir dans cette nation de tireurs ; il lui manquait la portée, la puissance et la précision qu’ils demandaient, et fut bientôt réduite au rang de « cartouche 200 mètres ». Deux cents mètres peuvent satisfaire à l’analyse statistique du tir de combat qui a conduit les Américains à con­clure que la plupart des touchés sur le champ de bataille se font dans une marge de 150 mètres ; mais ils ne peuvent satisfaire les tireurs suisses qui ont soigneusement développé un programme de tir sur cible à 500 mètres. Lorsque le Groupe­ment de l’Armement chargea la Fabrique fédé­rale de munitions de développer une nouvelle cartouche de fusil d’assaut, une performance correcte de celle-ci à 500 mètres fut une condi­tion préliminaire ; de même, les fusils que SIG et la WF présentèrent devaient être aussi précis à 500 mètres que le Fass 57. On justifia militai­rement l’utilité d’une bonne performance à cette distance. Mais, se tournant vers le 5,56, les auto­rités suisses pourraient bien s’être faites l’écho de leurs prédécesseurs du Conseil Fédéral de 1953 – à propos de la création du nouveau Mous­queton 51 à la place d’une distribution générale du Mousqueton 11, moins précis ; considérée sous l’angle purement militaire, la précision n’eût pas été déterminante. Mais, pour l’activité volontaire des sociétés de tir, elle joue un rôle tel que l’on ne crut pas pouvoir s’arrêter à cette solution. A la fin du 19è siècle déjà, 300 mètres étaient devenus un dogme suisse dont l’exclusivité fut critiquée par plusieurs des avo­cats les plus conscients du tir pratique au fusil.

Mais dans la seconde moitié du 20è siècle, les 23 000 cibles à 300 mètres de Suisse jouèrent un rôle déterminant lors de l’acquisition des armes individuelles militaires. Le conservatisme international en matière de tir et d’utilisation des stands qui, en Grande-Bretagne, a servi à séparer le tir de compétition du tir militaire, et qui, aux USA, a conduit à l’extravagante adap­tation du M16 pour servir le bizarre dessein de concourir sur la base du vieux programme de tir à 600 yards (soit environ 550 mètres) prévu pour le calibre 30, existe aussi en Suisse. Par chance peut-être, il a mieux servi la Suisse que d’autres.

Les innovations suisses reprennent l’offensive

« Branchés sur la mode du calibre 22 ultra léger, mais insatisfaits par les performances du 223 Remington, les Suisses développèrent le 5.56 Eiger. Avec une douille beaucoup plus lon­gue, bien qu’un peu plus fine que celle du 7.5 mm court, l’Eiger fut un curieux hybride qui con­centrait beaucoup de poudre derrière une balle légère. Cette cartouche offrait peu en matière de gain de poids comparativement au 7.5 mm court et fut décevante tant au niveau de sa puissance que de sa précision. Après quelques six années d’essais infructueux, la Fabrique fédérale de munitions abandonna le projet en 1977 et utilisa la même douille pour un redéveloppement de son ancien concept de cartouche de fusil d’assaut, cette fois-ci en 6.35 mm. Le projet de 6.35 mm – Neue Schweizer Kaliber – transformé en 6.45 après une modification du calibre – fut ensuite développé parallèlement à une variante de 223 standard que les Suisses choisirent d’appeler 5.6 mm. En 1978, le Groupement de l’Armement commanda 105 fusils tests de cha­que calibre à SlG et à la WF.

Sur la base de ses performances balistiques, le Neue Schweizer Kaliber apparut comme le mieux placé pour devenir le nouveau calibre militaire suisse de la fin des années 1970. Mais en 1981, l’on ordonna de concentrer tout développement ultérieur sur le 5.6 mm. La cause de ce soudain revirement fut l’apparition de la cartouche belge SS109, la nouvelle cartouche miracle qui allait faire mieux que le vieux 7.62 Otan lors de tests de pénétration et qui allait changer le caractère du développement des armes en 223. Cette nou­velle munition donna aux Suisses les moyens de poursuivre dans la voie du petit calibre qu’ils avaient favorisé durant les dix dernières années. Le gain de poids comparé au 6.45 fut la justification évidente de ce choix ; moins tangi­ble fut l’utilisation d’un standard international en matière de calibre qui réduisait les risques du pari de développer un calibre unique en même temps qu’une nouvelle arme, et satisfaisait un désir sous-jacent des Suisses pour l’indépen­dance sans l’isolation.

La guerre n’est pas un tir à la cible

La nouvelle GF 90 fut développée dans la ligne de la SS109, avec un projectile sensiblement plus lourdenviron 4,1 grammes contre 4,0 à la SS109 et environ 5,5 grammes pour la vieille M195 américaine – propulsé par une poudre dont la technologie de production est encore en cours d’acquisition. Les exigences en matière de péné­tration pour la GP 90 sont un casque d’acier et 25 mm de bois de sapin à 400 mètres, mais elle devrait dépasser la munition Otan, si vantée, dans cette performance. Lorsqu’on sait que l’on demanda à la SS109 de faire mieux que la SS77, en 7,62, pour ce qui est de la pénétration d’un casque US à 1100 mètres, et qu’on la dit même capable de réussir cet exploit absurde d’abstrac­tion à plus de 1 300 mètres, nous pouvons admettre que la nouvelle munition suisse à enve­loppe d’acier percera un casque à une distance supérieure à celle où il pourra être touché ou même vu. Ce qui est certain, c’est que la GP 90 est une munition extrêmement précise qui se comportera brillamment dans les stands à 300 mètres de Suisse. Avec un prototype d’arme de tireur d’élite dérivé du nouveau fusil d’assaut, la GP 90 a groupé dans un rayon de guère plus de 5 cm à 300 mètres, avec la moitié des coups dans un rayon de 2,5 cm. La Fabrique fédérale de munitions à Thoune a déjà une remarquable réputation Internationale pour la qualité de sa munition : et cela ne surprendra personne si SIG- Hämmerli peut se présenter au concours UIT avec un fusil chambrant le nouveau 5.56.

Mais, ainsi que le grommelait le colonel Wieland des autorités militaires suisses, en 1862 : « La guerre n’est pas un tir à la cible ». Tout en lais­sant de côté la question des qualités de résis­tance aux courants d’un projectile de calibre 22, même plus lourd, tiré en terrain montagneux plutôt qu’en stand, il subsiste l’éternelle ques­tion du «  stopping power » du petit calibre. Ce terme mal défini n’en correspond pas moins à une attente ; à la fin du siècle passé, l’efficacité du nouveau et « petit » calibre 30 fut considérée en fonction de celle de la génération précédente de fusils en calibre 45. Et l’on peut remonter ainsi jusqu’aux observations faites après les guerres napoléoniennes qui laissaient entendre que le mousquet français de calibre 17 mm avait moins de stopping power que le Brown Bess bri­tannique de 19 mm – le toujours digne de con­fiance calibre 12. Ce qui est certain, c’est que les qualités qui permettent à la GP 90 de si bien se comporter balistiquement jusqu’à 400 mètres et même au-delà, vont à l’encontre de l’instabilité de la balle, que l’on dit être la source du stop­ping power du vieux 5.56. La tendance, réputée, de la cartouche américaine M193 à tournoyer et à éclater à l’impact fut une autre raison du désin­térêt des Suisses vis-à-vis de la première géné­ration des cartouches en 5,56. Tenant tout particulièrement compte du rôle de la Suisse comme foyer de l’internationalisme humanitaire, la GP 90 fut conçue en respect des accords de La Haye et des décisions des Nations Unies de 1980.

La nouvelle cartouche suisse est exactement ce que l’on avait prévu qu’elle serait. La seule ques­tion qui subsiste, de même qu’avec la SS109, est de savoir si ces prévisions seront les bonnes. Si l’innovation technologique s’est faite l’écho des tendances de la mode lors de la mise au point de la GP 90, elle a en revanche servi une philo­sophie des plus conservatrices en ce qui con­cerne le nouveau fusil d’assaut suisse. Le Fass 90 devait en effet être tout à la fois d’un manie­ment plus aisé, aussi précis et meilleur marché que son prédécesseur.

Au meilleur prix

En Suisse, comme partout, les coûts de produc­tion ont toujours été un élément clé lors de l’introduction d’une nouvelle arme. Le modèle SIG du Fass 57 était moins cher que son rival de la Fabrique fédérale d’armes. Il se révéla en revanche trop coûteux à produire, passant d’un prix nominal de 570 FS l’unité il y a 30 ans à un coût théorique de 1242 FS. Quant aux armes refaites, elles ne sont qu’un intérim, temporaire­ment et techniquement viable, mais aussi insa­tisfaisant dans la mesure où la tradition veut que le milicien quittant le service garde son fusil. Le coût du Fass 90, conçu selon des méthodes de production moderne et se composant de 174 piè­ces contre 257 pour le Fass 57, fut calculé pour être de 40 % inférieur à l’unité à celui d’un Fass 57 refait.

En termes de précision en stand, le Fass 90 pos­sède un léger avantage sur le 57, plaçant la moitié de ses coups dans un cercle d’environ 6 cm de diamètre à 300 mètres. La précision intrinsè­que de la cartouche à faible recul est combinée avec un canon lourd et une ligne de visée plutôt longue pour un fusil moderne. Les constructeurs ont préféré des instruments de visée métalliques à une visée télescopique, en raison notamment de la neige et de la buée qui se forme sur les len­tilles lors des changements de température. Le dioptre du Fass 90 peut être « zéroté » en dérive et en élévation puis simplement tourné pour obtenir une visée par cent mètres jusqu’à 400 mètres. Pour 200, 500 et 400 mètres, les orga­nes de visée se présentent sous forme d’un oeil­leton ; à 100 mètres, un cran de mire rend l’acquisition du but plus rapide. Les dioptres rotatifs sont par nécessité montés près de l’œil maître, mais il y a habituellement plus de dis­tance s’il s’agit d’une mire. Or, dans la peu ortho­doxe combinaison de SIG, les bords de la mire à 100 mètres apparaissent curieusement éloignés dans la vision périphérique de l’œil. Cette mire permet néanmoins une bonne précision. Le cran de mire facilite également l’utilisation d’un viseur de nuit à trois points, fonctionnant avec des pastilles C 14 sur le dioptre et au tritium sur le guidon de nuit rétractable,

Les résultats du Fass 90 en tir à la cible couché furent supérieurs à ceux du 57 ; mais la diffé­rence fut encore plus marquée lors des tirs de combat. C’est en effet en termes d’une amélio­ration de la maniabilité que le nouveau SIG s’est montré le vrai vainqueur. La réduction de l’encombrement en comparaison du 57, idée qui s’est retrouvée très marquée tant dans les vues populaires qu’officielles sur la question du nou­veau fusil suisse, n’est qu’une part du succès du Fass 90. Le nouveau SIG pèse environ 1,6 kg de moins que son prédécesseur. Mais le Fass 57 était une arme exceptionnellement lourde, et, en fait, le nouveau fusil d’assaut a simplement ramené le poids du fusil militaire suisse à celui du vieux Mousqueton 51 à culasse à action manuelle. Avec ses 4,1 kg à vide, le Fass 90 reste d’ailleurs l’un des fusils d’assaut les plus lourds de la génération des petits calibres. En longueur, il ne mesure qu’un petit 10 cm de moins que le 57. Mais on peut le raccourcir de bien 50 cm en rabattant la crosse ; cette crosse est un exem­ple de la qualité de conception qui fait du Fass 90 une arme si agréable à manier. La crosse se rabat sur la seule pression d’un bouton ; bloquée en position ouverte, elle est suffisamment rigide et solide pour satisfaire aux exigences d’un test consistant à tirer 600 grenades à fusil de 500 gr, depuis un sol en béton. L’on dit même qu’elle aurait résisté à plus de mille coups chez SIG. Bien que le sommet de la crosse soit aligné sur le canon, « à la mode », le fusil s’épaule aussi natu­rellement qu’une arme de sport. Et, toujours comme une arme de sport, et au contraire de fusils dont la forme est issue des seules préoc­cupations de techniciens concentrés sur l’idée abstraite d’un transfert en ligne droite du recul, comme le M16 ou l’Enfield SA80, le nouveau SIG a une ligne de visée proche du canon, près de 2,5 cm plus basse que celle du Fass 57. Ce profil plus bas est combiné avec un magasin plus court de façon à garder le tireur couché encore plus près du sol ; soit une cible 20 % plus petite qu’un sol­dat équipé du Fass 57. Et au contraire de cer­tains bullpups, le nouveau SIG ne présente aucun problème si le tireur doit changer son arme d’épaule pour tirer depuis un couvert, Les douilles sont en effet éjectées bien vers l’avant et ne gênent en rien un tireur gaucher. Quant au sélecteur de sûreté/feu, il est ambidextre et tombe commodément sous le pouce de l’une ou l’autre main,

Des tests draconiens

Les qualités de maniement d’une arme peuvent être pré-conditionnées et, pour une génération future n’ayant connu que le bullpup, il pourrait en effet ne pas sembler bizarre que l’Enfield bri­tannique se manie comme une tronçonneuse. Mais, par rapport aux normes établies en matière de facilité d’emploi, le nouveau SIG est excellent. Son entière conception reflète les priorités d’une arme de tireur et pas uniquement celles d’un technicien. D’un point de vue technique égale­ment, le processus de développement helvétique est tel qu’il permet d’éviter les désagréables sur­prises qui ont accompagné la mise en service du nouveau fusil britannique. La Suisse a fait subir une gamme étendue de tests auprès de la troupe durant les deux dernières années, à 2 000 fusils de série zéro, afin de mettre en évidence tout pro­blème qui ne se serait pas manifesté lors des pre­miers essais, et ce, avant que ne commence la production en série. Et ces premiers essais furent des plus complets : à – 20° C par exemple, à près de 4 000 mètres d’altitude, au Jungfraujoch, un Fass 90 fut rempli de neige et laissé à geler ; un soldat dut, en ouvrant la culasse à coups de pieds, le rendre opérationnel en 50 secondes. L’ingéniosité de la conception appela l’ingénio­sité dans les tests : ayant développé un maga­sin en matière plastique qui résisterait à une chute, les Suisses testèrent son bon fonctionne­ment après l’avoir jeté d’une hauteur de 1,50 mètre, plein et sur ses griffes, 45 fois. Lors des essais initiaux, avec 40 fusils, 800 000 coups furent tirés sans aucun dérangement imputable aux magasins. Les fusils eux-mêmes furent con­çus pour durer un minimum de 15 000 coups dont 7 500 sans rupture de pièce. Certains tirè­rent jusqu’à 40 000 coups.

Le nouveau fusil suisse est le résultat d’une con­ception minutieuse, et constamment raffinée durant plus de 20 ans. SIG possédait le premier des fusils de sa nouvelle génération en 1967 déjà : le modèle 550-1 à culasse à ouverture retardée par des galets de verrouillage. La diffi­culté d’appliquer cet ancien système au petit calibre conduisit rapidement à un mode rotatif à emprunt de gaz avec galets, qui donna à son tour la culasse rotative à emprunt de gaz actuelle qui équipa les armes de la série 540 dès le début des années 1970. Le 540 en calibre 7,62 Otan a été choisi par les Chiliens et, en 5.56, fut lar­gement exporté dans les anciennes colonies françaises sous licence Manurhin. Lorsque les Français eux-mêmes connurent des problèmes avec les premiers Famas, ce sont des SIG, cons­truits par Manurhin, qu’ils envoyèrent à leur contingent Onu du Liban. Le développement du fusil militaire suisse, avec les différentes cartouches indigènes, se fonda, depuis 1973, sur les séries 541, dérivées du 540. Muni d’un canon plus lourd et d’une boite de culasse plus solide que son prédécesseur, c’est le SIG 541 (rebaptisé SG 550) que le Conseil Fédéral approuva, sous la dénomination de Fass 90, le 16 février 1985. Le Fass 90 est un standard d’excellence pour les fusils de sa génération. Mais la question reste ouverte de savoir s’il sera celui des armes futu­res, ou s’il restera dans les mémoires comme le meilleur des derniers descendants des armes d’infanterie conventionnelles. Le spectre du G 11, l’incursion d’Heckler & Koch dans le domaine des cartouches sans douille, hanta toute la durée du processus d’acquisition suisse. Mais, après une décennie pleine de promesses, le G 11 en est toujours au statu quo. Le pro­gramme ouest-allemand de recyclage du G 3 a permis d’éviter la crise de ré-équipement qu’a connue la Suisse avec le Fass 57, et a offert à la RFA le luxe d’attendre le millénaire. Et au cas où, et quand, les Allemands se décideraient finale­ment à abandonner le G 11, ils auront à leur dis­position toute la nouvelle génération des 5,56 pour faire leur choix. Et si le mérite détermine ce choix, SIG-Sauer pourrait bien être le gagnant. Quel que soit l’avenir du fusil à cartouches sans douille, il existe au-delà les projets de ce que les Américains appellent inélégamment l’« Advanced Individual Combat Weapon », un concept dans lequel les munitions à effet de zone ont pro­gressivement usurpé le domaine traditionnel du fusil. Mais, dans une certaine mesure, la techno­logie du futur est déjà là ; les plans suisses d’emploi tactique du Fass 90 en ont tenu compte puisqu’ils envisagent la prise en charge de cer­taines tâches par un lance-grenades de 60 mm.

La supériorité du feu

Face à cette tendance, le Fass 90, et le retour d’une génération d’armes à vocation de tir de précision, peut paraître anormal. Mais ils repré­sentent une approche différente d’un même but : accroître la probabilité de toucher. Le fusil d’assaut a toujours été le curieux hybride d’une philosophie de puissance de feu greffée sur une arme de précision. Et l’utilité concrète du feu automatique ne s’est certainement pas clarifiée au cours des ans. C’est plutôt devenu une sorte de fétiche ; faire le geste magique de tourner le sélecteur sur la série de trois coups est peut-être une excuse pour compenser la puissance d’arrêt insuffisante de la munition de petit calibre en multipliant les impacts, peut-être aussi une invo­cation aux dieux pour toucher sans viser alors que le premier coup, intentionnel, est hors de la cible. La seule certitude est qu’une telle rafale réduit un fusil à 20 coups comme le Fass 90 en un fusil à 7 coups, avec par conséquent moins de puissance de feu que le vieux Vetterli à 12 coups de 1869. Imparfaite comme outil de la théorie de la puissance de feu, et peut-être dépassée par les munitions à effet de zone, la tendance de développement récente des fusils militaires s’est tournée vers le vieux concept du tir individuel, de celui du soldat comme chasseur sur le champ de bataille. C’est un écart intrigant d’avec cette panacée militaire habituelle que représentent les technologies nouvelles, car c’est un concept qui dépend, en fin de compte, des qualités et aptitudes de l’homme qui se trouve derrière l’arme. Mais en Suisse, c’est une grande tradition.

Caractéristiques techniques

 

Type : Fusil d’assaut

Nom militaire suisse : Fusil d’assaut 90/Sturmgewehr 90

Nom des versions commerciales : SG 550 ; SG 551 (version à canon court)

Variantes commerciales : La version semi-automatique destinée à la vente civile est connue

sous le nom de Fass 90 PE en Suisse et SG 550 SP ; SG 551 SP pour l’exportation

Fabricant : Schweizerische Industrie Geselischaft, CH-8212 Neuhausen am Rheinfall. La

production destinée à l’armée suisse sera partagée avec la Fabrique fédérale d’armes

à Berne et d’autres industries

Nombre de fusils prévus pour l’armée suisse : 600 000

Concepteurs :  Brodbeck, Baumann

Fabrication : Canon et chambre à cartouches forgés en même temps ; large utilisation de la tôle d’acier emboutie pour la boîte à culasse ; la crosse, le manchon et la poignée-pistolet

sont en matière synthétique

Fonctionnement : Par emprunt de gaz, culasse fermée ; sélection du feu

Système de fermeture : Culasse rotative à deux tenons

Genres de feu : Coup par coup, série de 3 coups, rafale

Cadence de tir : 700-850 cps/min Calibre : 5,6/5.56 X 45

Rayures : 6 à droite, pas de 254 mm (178 mm dans la version exportation)

Système de visée : Dispositif de hausse comprenant un tambour pouvant être zéroté en dérive et en élévation avec 5 œilletons pour 200, 300 et 400 mètres et un cran de mire pour

100 mètres avec deux pastilles C-14 pour le tir de nuit. Guidon conventionnel et guidon de nuit rétractable avec un point au tritium

Base de mire : SG 550 : 540 mm ; SG 551 ; 446 mm

Autres variantes : Accepte les systèmes de visée télescopiques et nocturnes standard STAPIAG

Contrôles : Sélecteur de feu combiné avec la sûreté, de chaque côté de la boite à culasse,

au-dessus de la poignée-pistolet

Poids de détente : 3 kg

Alimentation : Par magasin en plastique teinté transparent à 20 coups, d’un poids de 95 gr.

Un chargeur de 30 coups est disponible pour l’exportation

Longueur totale : SG 550 ; 99,8 cm ; SG 551 ; 85, 3 cm

Longueur, crosse repliée : SG 550 ; 77,2 cm ; SG 551 ; 60,1 cm

Longueur du canon : SG 550 ; 52,8 cm ; SG 551 ; 36,2 cm

Poids avec un magasin vide : SG 550 ; 4,1 kg ; SG 551 ; 3,5 kg

Poids avec 6 magasins pleins (120 coups) : SG 550 ; 6 kg ; SG 551: 5,4 kg

 

Richard A.I. Munday – 1988