Archives de l’auteur : Moret Jean-Charles

À propos Moret Jean-Charles

Fondateur de l'Association Pro Forteresse Co-fondateur de l'Association Fort Litroz

L’avant-poste de Pont-Saint-Louis – Menthon – Alpes Maritimes – France

Il s’agit d’une casemate construite au début des années 1930, faisant partie de la ligne Maginot alpine, servant à bloquer la route littorale en cas de guerre. Elle servait d’avant-poste à la ligne d’ouvrages située en retrait, un peu plus à l’ouest. Cet avant-poste est surtout connu pour avoir été utilisé pendant la bataille de Menton (combat de Pont-Saint-Louis) en 1940, bloquant la route du 10 au 27 juin malgré plusieurs attaques italiennes.

Description

L’avant-poste est en bordure de la route menant de Menton à Vintimille, l’ancienne RN 7 côté français qui devient la via Aurelia côté italien). La frontière franco-italienne, fixée en 1861, se trouve au débouché occidental du pont enjambant le ruisseau Saint-Louis (le rio San Luigi italien), avec l’avant-poste quelques mètres à l’ouest. Les abords ont été transformés après la Seconde Guerre mondiale, avec notamment l’élargissement de la route et le réaménagement du poste frontalier : la petite esplanade actuelle était occupée par l’ancien poste des douanes et celui de police

Barrage de route

Juste devant l’avant-poste, un barrage de route permettait d’interdire le passage de véhicules automobiles. Cette barrière en acier, de sept mètres de large, était ajourée pour empêcher un adversaire de se protéger derrière. Ce barrage était amovible, grâce à un treuil à manivelle, roulait dans un rail et se rangeait dans un local étroit bordant la paroi rocheuse, entre la casemate et la frontière. La barrière était complétée derrière elle par un petit champ de mines antichars (six obus de 105 mm chacun dans un trou creusé dans la chaussée, surmonté d’un piquet reliée à la fusée).

Une des particularités de l’avant-poste est qu’il a été creusé dans la falaise bordant la route, juste devant un virage de la route, ce qui permet à l’avant-poste de tirer dans l’axe de la route. En façade se trouve d’une part une porte blindée portant un FM, d’autre part un mur de béton armé percé de deux créneaux de tir. L’un était armé d’un fusil mitrailleur modèle 1924/29, l’autre d’un armement mixte pour jumelage de mitrailleuses (deux MAC 31) et un canon antichar de 37 mm (dit JM/AC 37). Ce dernier type de créneau est dit mixte, car le même poste de tir peut recevoir deux armes différentes, soit le jumelage de mitrailleuses soit le canon antichar, permutables entre eux à volonté. Ces ouvertures sont protégées par des cuirassements : des trémies à rotule obturant les créneaux. L’armement était complété par une goulotte lance-grenades.

Cette casemate (synonyme de blockhaus) était conçue pour être indépendante, avec à l’intérieur ce qui fallait pour que l’équipage tienne pendant plusieurs jours. Derrière la porte blindée et étanche se trouvait un couloir formant un angle droit, reliant deux pièces. La première fait environ 5 m2, avec dedans le ventilateur (fonctionnement avec des manivelles à bras ou à pédales avec une selle de bicyclette), le filtre à air (en cas d’alerte au gaz, l’air était pompé, filtré et maintenu en légère surpression) et les réserves d’eau potable (100 litres). La seconde est la chambre de combat, d’environ 7 m2, où se trouvaient le stock de munitions (les chargeurs de FM, les boîtes-chargeurs des mitrailleuses, les milliers de cartouches de 7,5 mm, ainsi que les centaines d’obus de 37 mm), un poste téléphonique et un autre de radio reliaient l’avant-poste à l’ouvrage de Cap-Martin, à 5 200 mètres plus à l’ouest. Les WC (publics) étaient à l’extérieur.

Il accueillait un total de neuf combattants fournis par un bataillon alpin de forteresse, ce qui correspond à l’effectif théorique nécessaire au service d’un jumelage de mitrailleuses (un chef de chambre de tir, deux caporaux-tireurs, deux chargeurs, deux pourvoyeurs et un mécanicien d’armement).

 

 

Le Fort d’artillerie Maginot de Sainte-Agnès (Alpes-Maritimes) – France

Description

Le village perché de Sainte-Agnès (à gauche) et les ruines de son château (sur le sommet), sont visibles depuis la route de Gorbio. Les galeries de l’ouvrage sont taillées dans la roche, ne laissant en surface que des blocs assez discrets (le bloc 2 est visible juste en dessous du château).

L’ouvrage a été construit en bordure du village de Sainte-Agnès, une petite agglomération perchée sur le versant occidental de la cote 766. Cet emplacement domine le littoral méditerranéen, juste au-dessus de Menton (cette dernière est à seulement quatre kilomètres au sud-est).

Position sur la ligne

L’ouvrage a but de défendre le territoire français contre l’armée italienne, débouchant des sentiers muletiers ou de la route côtière traversant la frontière franco-italienne. L’ouvrage faisait partie de la ligne Maginot, dans le secteur fortifié des Alpes-Maritimes. Ce secteur était subdivisé en cinq sous-secteurs : Sainte-Agnès se trouve dans celui le plus au sud, le « sous-secteur des Corniches », qui comprenait deux lignes successives de fortifications.

La plus puissante est appelée la « ligne principale de résistance ». Dans le sous-secteur des Corniches, elle se situe en retrait à cinq kilomètres de la frontière franco-italienne, le long des hauteurs bordant à l’ouest de la vallée du Careï, avec un succession d’ouvrages bétonnés, s’appuyant mutuellement avec des mitrailleuses et de l’artillerie sous casemates : les ouvrages du Col-des-Banquettes (EO 7), de Castillon (EO 8), de Sainte-Agnès (EO 9), du Col-de-Garde (EO 10), du Mont-Agel (EO 11), de Roquebrune (EO 13), de la Croupe-du-Réservoir (EO 14) et de Cap-Martin (EO 15). L’ouvrage de Sainte-Agnès croise ses feux d’artillerie avec l’ouvrage de Castillon à 4 km de distance au nord et avec celui de Roquebrune, à 3,2 km au sud. La continuité des tirs de mitrailleuses est assurée entre Castillon et Sainte-Agnès par le petit ouvrage du Col-des-Banquettes et entre Sainte-Agnès et Roquebrune par le petit ouvrage de Col-de-Garde, ainsi que par une série de blockhaus d’infanterie.

En avant de cette ligne principale, une seconde ligne a été construite pour donner l’alerte, retarder au maximum une attaque brusquée et couvrir un peu les trois communes se trouvant à l’est des ouvrages (du nord au sud Castillon, Castellar et Menton). Cette ligne est composée d’« avant-postes », qui sont beaucoup plus petits (et beaucoup moins chers) que les ouvrages de la ligne principale ; sur les 29 avant-postes alpins (AP), sept ont été construits dans le sous-secteur des Corniches. Six de ces avant-postes barrent les différents chemins descendant de la ligne de crêtes marquant la frontière : du nord au sud l’AP de la Baisse-de-Scuvion (à 1 154 m d’altitude, sous le mont Roulabre), l’AP de Pierre-Pointue (à 1 156 m), l’AP de Fascia-Founda (dans la Baisse de Faïche-Fonda, à environ 1 000 m d’altitude), l’AP de la Péna (sur le rocher de la Penna, à 727 m), l’AP de La Colletta (sur le chemin de l’Orméa, à 466 m), l’AP du Collet-du-Pillon (sur le chemin des Granges de Saint-Paul, à 400 m, aujourd’hui sous les remblais d’un terrain de sport) et l’AP de Pont-Saint-Louis (barrant la route littorale).

Souterrains

Articles détaillés : Ouvrage de la ligne Maginot et Installations souterraines.

Comme tous les autres ouvrages de la ligne Maginot, celui de Sainte-Agnès est conçu pour résister à un bombardement d’obus de très gros calibre. Les organes de soutien sont donc aménagés en souterrain, creusés au minimum sous douze mètres de roche, tandis que les organes de combat, dispersés en surface sous forme de blocs, sont protégés par d’épais cuirassements en acier et des couches de béton armé.

La caserne de temps de guerre (avec 144 couchages), la salle des filtres à air, les PC, le central téléphonique, les magasins à munitions, les réservoirs d’eau, de gazole (27 000 litres, de quoi tenir trois mois) et de nourriture sont tous en souterrain, reliés entre eux par des galeries équipées d’une voie ferrée étroite de 60 cm où roulent des wagonnets poussés à bras (les caisses d’obus font de 80 à 105 kg). L’entrée est de plain-pied, comme l’accès au bloc 2, tandis que pour les blocs 3 et 4 il se fait par des puits avec escaliers et monte-charge.

En cas de coupure de l’alimentation électrique (du 210 volts alternatif, fournit par le réseau civil) nécessaire à l’éclairage et aux monte-charges, l’usine disposait de trois groupes électrogènes (un seul suffisait en régime normal), composés chacun d’un moteur Diesel SMIM 4 SR 19 (quatre cylindres, fournissant une puissance de 100 ch à 600 tr/min) couplé à un alternateur, complétés par un petit groupe auxiliaire (un moteur CLM 1 PJ 65, de 8 ch à 1 000 tr/min) servant à l’éclairage d’urgence de l’usine et au démarrage pneumatique des gros moteurs. Le refroidissement des moteurs se fait par circulation d’eau, fournie par une réserve de 66 000 litres, tandis que l’eau destinée à l’équipage est stockée dans trois grandes citernes, chacune de 30 000 litres, l’approvisionnement se faisant par une source captée.

Blocs

En surface, les sept blocs sont dispersés à l’est et au sud du village de Sainte-Agnès. Chaque bloc de combat dispose d’une certaine autonomie, avec ses propres magasins à munitions (le M 3 à côté de la chambre de tir et le M 2 en bas du bloc), sa salle de repos, ses PC, ainsi que son système de ventilation et de filtration de l’air. L’ensemble des blocs est ceinturé par un réseau de fils de fer barbelés, toute la zone est battue par les fusils mitrailleurs (des MAC 24/29 tirant 140 balles à la minute) installés dans les différents créneaux et cloches, se soutenant mutuellement. L’accès à chaque façade est bloqué par un fossé diamant, qui sert aussi à recevoir les débris de béton lors des bombardements. Étant donné que les positions de mise en batterie pour de l’artillerie lourde sont rares en montagne, le niveau de protection est moins important que dans le Nord-Est (les ouvrages construits en Alsace, en Lorraine et dans le Nord). Dans le Sud-Est (les Alpes), les dalles des blocs font 2,5 mètres d’épaisseur (théoriquement à l’épreuve de deux coups d’obus de 300 mm), les murs exposés 2,75 m, les autres murs, les radiers et les planchers un mètre. L’intérieur des dalles et murs exposés est en plus recouverts de 5 mm de tôle pour protéger le personnel de la formation de ménisque (projection de béton à l’intérieur, aussi dangereux qu’un obus).

Le bloc 1 se situe à la sortie sud du village, à 671 m d’altitude. C’est l’entrée de l’ouvrage, devant laquelle se termine la route d’accès. Il s’agit d’une entrée mixte, regroupant l’entrée du matériel, qui se fait par un pont-levis ajouré (où peut entrer un petit camion) et l’entrée du personnel, par une porte blindée. La façade est défendue par trois créneaux pour fusil mitrailleur (une MAC 1924/1929, pouvant tirer de 200 à 400 coups à la minute, l’alimentation se faisant par chargeurs droits de 25 cartouches) et une cloche LG (lance-grenades). Une fois passé le pont-levis, le début de la galerie sert de zone de déchargement pour un camion ou un convoi de mulets (en cas de déchargement pour un camion ou un convoi de mulets (en cas de fort enneigement), fermé par une porte blindée du côté du casernement et défendu par deux autres créneaux pour fusil mitrailleur. Les fusils mitrailleurs (FM) de l’ouvrage étaient chacun protégé par une trémie blindée et étanche (pour la protection contre les gaz de combat). Ils tirent la cartouche de 7,5 mm à balle lourde (modèle 1933 D de 12,35 g au lieu de 9 g pour la modèle 1929 C)5. Ces FM étaient des MAC modèle 1924/1929 D, dont la portée maximale est de 3 000 mètres, avec une portée pratique de l’ordre de 600 mètres. L’alimentation du FM se fait par chargeurs droits de 25 cartouches, avec un stock de 14 000 par cloche GFM, 7 000 par FM de casemate et 1 000 pour un FM de porte ou de défense intérieure. La cadence de tir maximale est de 500 coups par minute, mais elle est normalement de 200 à 140 coups par minute.

Le bloc 2 est juste à côté du bloc d’entrée, quelques mètres plus au sud. C’est une casemate d’artillerie flanquant vers le sud, concentrant une grande partie de la puissance de feu de l’ouvrage (c’est le bloc le mieux armé de toute la ligne Maginot). Par manque de place, les armes sont étagées sur trois niveaux, avec au niveau du sol quatre créneaux blindés pour deux canons-mortiers de 75 mm modèle 1931 (chacun capable de tirer 12 à 13 coups/minute à une distance maximale de 5,9 km) ainsi que deux lance-bombes de 135 mm (six coups par minute à maximum six km), au sous-sol deux créneaux pour mortier de 81 mm (cadence de 12 à 15 coups par minute à une portée maximale de 3 600 m), et à l’étage un créneau pour un jumelage de mitrailleuses (450 coups/minute chacune). La protection rapprochée du bloc est confiée à deux créneaux pour fusil mitrailleur, une cloche GFM (pour guetteur et fusil mitrailleur) et une cloche LG. Le bloc comporte aussi une cloche observatoire VDP (« vue directe et périscopique » ; indicatif O 12), avec en prime un poste optique à l’étage, avec deux créneaux orientés vers les ouvrages du Mont-Agel et de Roquebrune. Les embrasures des canons sont protégées par un cadre en acier serti dans le béton, avec blindage de dix centimètres d’épaisseur, avec au milieu un volet obturateur coulissant en guillotine, le tout surmonté par une visière en béton. Les mitrailleuses étaient des MAC modèle 1931 F, montées en jumelage (JM) pour pouvoir tirer alternativement, permettant le refroidissement des tubes. La portée maximale avec cette balle (Vo = 694 m/s) est théoriquement de 4 900 mètres (sous un angle de 45°, mais la trémie limite le pointage en élévation à 15° en casemate), la hausse est graduée jusqu’à 2 400 mètres et la portée utile est plutôt de 1 200 mètres. Les chargeurs circulaires pour cette mitrailleuse sont de 150 cartouches chacun, avec un stock de 50 000 cartouches pour chaque jumelage. La cadence de tir théorique est de 750 coups par minute, mais elle est limitée à 450 (tir de barrage, avec trois chargeurs en une minute), 150 (tir de neutralisation et d’interdiction, un chargeur par minute) ou 50 coups par minute (tir de harcèlement, le tiers d’un chargeur). Le refroidissement des tubes est accéléré par un pulvérisateur à eau ou par immersion dans un bac

Le bloc 3 se trouve au nord, sous les ruines du château. C’est une casemate d’artillerie flanquant vers le nord, avec au niveau du sol trois créneau pour deux canons-mortiers de 75 mm modèle 1931 et un jumelage de mitrailleuses, ainsi qu’en sous-sol deux mortiers de 81 mm. S’y rajoutent une cloche GFM, une cloche VDP et un poste optique orienté vers l’ouvrage de Castillon.

Le bloc 4 est en contrebas sur le versant oriental, équipé de deux créneaux pour fusil mitrailleur et d’une cloche VDP .

Les blocs 5 et 6 sont des petits blockhaus non reliés au reste de l’ouvrage, avec une protection moindre, chacun avec seulement un créneau pour fusil mitrailleur. Le bloc 5 est juste en dessous du bloc 2 et tire vers l’est, tandis que le bloc 6 est à l’extrémité nord, tirant vers le sud. Les deux améliorent la couverture du versant.

Les petits ouvrages d’infanterie du Col-de-Garde et du Col-des-Banquettes protègent respectivement les flancs sud et nord de Sainte-Agnès

Combats de 1940

Le Royaume d’Italie déclare la guerre à la République française et au Royaume-Uni le 10 juin 1940. Étant donné l’enneigement tardif pour la saison, les Italiens retardent leur attaque ; l’offensive ne commence qu’à partir du 20 juin, malgré le mauvais temps (interdisant les bombardements aériens).

L’ouvrage de Sainte-Agnès intervient dans la bataille à partir du 22 juin, dans un premier temps par des tirs des mortiers de 75 mm du bloc 3 l’après-midi et pendant la nuit sur le col du Razet pour empêcher les Italiens d’atteindre les avant-postes de Baisse-de-Scuvion et Pierre-Pointue. À partir du 23 juin, les lance-bombes de 135 mm du bloc 2 tirent contre des infiltrations italiennes qui entrent dans Menton. Le lendemain, les lance-bombes et mortiers de 81 mm poursuivent leurs tirs de harcèlement sur la plaine littorale.

L’artillerie de l’ouvrage tire un total de 1 201 obus de 75 mm, 234 obus de 135 mm et 80 de 81 mm jusqu’au 25 juin à 0 h 35, horaire d’application de l’armistice

Occupation et libération

La garnison française évacue l’ouvrage pendant les premiers jours de juillet, la partie alpine de la ligne Maginot se trouvant intégralement dans les 50 km de la zone démilitarisée en avant de la petite zone d’occupation italienne. En novembre 1942, l’occupation italienne s’étend jusqu’au Rhône (invasion de la zone libre), puis le 8 septembre 1943 les forces allemandes remplacent celles italiennes (conséquence de l’armistice de Cassibile).

Après le débarquement de Provence du 15 août 1944 et la libération de Nice le 28 août, les troupes allemandes s’accrochent aux montagnes de l’arrière-pays, profitant du relief et des fortifications françaises pour se protéger.

Dans les années 1950, l’ouvrage est remis en état, dans le contexte de la guerre froide, les fortifications alpines pouvant servir en cas d’invasion du Nord de l’Italie par les forces du pacte de Varsovie. En avril 1961, l’ouvrage est réoccupé par les militaires dans la crainte d’un débarquement dans le contexte du putsch des généraux à Alger.

L’ouvrage est resté dans le domaine militaire jusqu’en 1990, date à laquelle il fut transféré à la commune de Sainte-Agnès.

État actuel

La commune de Sainte-Agnès l’a transformé en musée ouvert au public. Un des trois groupes électrogènes a explosé en 1961 (à cause d’une erreur de carburant), puis a été démonté.

Musée Forte Ospizio – Col du Saint Gothard – Suisse

Définitivement abandonné par l’armée suisse en 1986, l’ouvrage de l’Hospice a été racheté par la Fondation Pro San Gottardo et transformé en musée. Splendidement restauré à neuf, tant intérieurement q’extérieurement, il constitue un merveilleux exemple de la fortification suisse antérieure à la Première Guerre mondiale. Les diverses positions défensives, en maçonneries de pierres de tailles,  sont toutes conservées et visibles, ce qui permet de compléter la visite du musée par un itinéraire extérieur fort intéressant, surtout par beau temps car on jouit d’une vue magnifique sur le col, le lac et l’hospice. L’intérieur du musée abrite une belle collection d’armes et d’uniformes suisses en relation directe avec l’ouvrage. Les créateurs du musée ont porté l’accent sur la période précédant et englobant la Première Guerre mondiale, ce qui complète de manière opportune l’offre existant en Suisse en matière de musées de la fortification.

L’ouvrage est ouvert au public durant la bonne saison, du début juin à fin octobre, en fonction des dates d’ouverture de la route du col (selon l’enneigement). Si vous empruntez l’axe du Gothard, faites un détour par le col et l’ouvrage au lieu d’emprunter le tunnel sous la montagne. Vous ne serez pas déçu, car la route est l’une des plus belles et des plus panoramiques de Suisse. Encore un petit conseil : sur le versant sud du col, prenez l’ancienne route pavée (parfaitement carrossable) au lieu d’emprunter la route actuelle : elle est beaucoup plus belle et surtout unique au monde, avec ses 30 virages en lacets panoramiques, rendus célèbre par l’un des films de James Bond…

B 9477 Forte Ospizio – Col du Saint Gothard – Suisse

Pour ceux qui seraient pressés ou qui ne s’intéresseraient qu’aux images, cet article est illustré par une très abondante galerie de photos que vous trouverez à la suite du texte.

Pour ceux qui seraient pressés ou qui ne s’intéresseraient qu’aux images, cet article est illustré par une très abondante galerie de photos que vous trouverez à la suite du texte.

Historique

Parallèlement au fort d’Airolo interdisant l’entrée sud du tunnel ferroviaire du Gothard, apparut rapidement, suite à l’Alliance germano-italienne (Triplice), la nécessité de fortifier le col lui-même, de façon à défendre le camp retranché de la cuvette d’Andermatt face à un agresseur venant du sud.

Premiers projets avorté (1885-1886)

Sur le col même, le projet initial prévoyait la construction d’un ouvrage fortifié sur un éperon rocheux situé à 400 m au S-E de l’Hospice. On entendait l’armer de 2 mitrailleuses et de 2 à 3 canons (calibres 3,7 ;  5,3 ou 8,4 cm) et de lui affecter une garnison d’une cinquantaine d’hommes. Cet ouvrage projeté était complété, au nord de l’Hospice, par une ligne de défense qui devait s’étendre des deux côtés de l’ancienne route, avec deux mitrailleuses et une à deux compagnies, en partie comme réserve en dehors des ouvrages. Le tout devait coûter 180’000 Frs de l’époque. En février 1886, on décida d’ajouter au projet la construction d’une tourelle cuirassée pour un coût évalué à 170’000 Frs. Jugés trop coûteux, ce premier projet ne vit malheureusement jamais le jour et fut remplacé par un ouvrage beaucoup moins ambitieux, l’ouvrage dit de l’Hospice. On l’appela tantôt « redoute », tantôt « fort », dénominations toutes deux  impropres. Finalement, on adopta le vocable vraisemblablement le plus approprié, celui d’ « ouvrage de l’Hospice ». Dans son état actuel, l’ouvrage, réalisée en grande partie en1893, résulte de 5 étapes de construction (1893, 1900, 1908, 1911 et 1918).<

 

La 1ère étape de construction

Pour des raisons d’économie budgétaire, on décida de construire un ouvrage de terre fermé sur la terrasse située entre le lac de l’Hospice et le pied du Monte Prosa. Les travaux débutèrent dès 1893 mais les modestes moyens financiers alloués obligèrent à se limiter au minimum. Pour faire le plus d’économies possibles, on choisit de construire une sorte de « redoute » qui ne répondait pas aux exigences classiques en matière de construction militaire, bien que le périmètre défensif défini permit de faire feu de tous les côtés. La défense rapprochée fut renforcée par 2 canons de 5,3 cm à tir rapide sur affûts cuirassés mobiles modèle 1887 et par l’installation de 2 obusiers cuirassés de 12 cm modèle 1891. Le combat pouvait ainsi être amorcé à plus grande distance. Dans son état définitif, l’ouvrage abritait également un magasin à munitions, un bureau de tir ainsi qu’un nombre restreint de casemates habitables, orientées vers le nord, qui tenaient lieu de casernements souterrains pour la garnison. Le résultat fut un compromis hybride et boiteux, à mi-chemin entre l’ouvrage permanent et l’ouvrage provisoire, qui souffrait de nombreux défauts tactiques et qui ne donna jamais satisfaction.

Les travaux, commencés en 1893, avancèrent rapidement, si bien qu’il put être remis à la garnison dès 1894, en même temps que les autres ouvrages de la 1ère étape de fortification du Gothard. Toutefois, dans son état originel, l’ouvrage ne formait pas un périmètre défensif  cohérent et fermé: il comprenait une partie basse abritant 2 obusiers de 12 cm sous coupole blindée modèle 1891, une autre où se trouvaient 2 canons de 5,3 cm à tir rapide sur affûts cuirassés mobiles modèle 1887, et enfin une troisième, en partie haute, consistant en une galerie pour 2 mitrailleuses Maxim modèle 1894. Le tout était complété par une série d’emplacements défensifs et de galeries formant un ensemble totalement éclaté. En 1900, l’armement fut complété par l’installation d’une coupole blindée d’observation, d’une épaisseur de 10 cm. En 1908, 2 canons de 5,3 cm sur affûts cuirassés mobiles modèle 1887 furent ajoutés dans la partie supérieure de l’ouvrage, pour compléter la défense rapprochée et combler une lacune du côté amont, portant ainsi à 4 le nombre de pièces à tir rapide.

 

Achèvement de l’ouvrage et renforcement de l’armement

C’est à partir de 1911 et durant le service actif dû à la Première guerre mondiale que l’ouvrage fut complété pour tenter de corriger les lacunes d’origine et en faire un ensemble plus ou moins cohérent. En 1911, la partie supérieure de l’ouvrage, toujours indépendante du reste, fut fermée par une galerie de fusillade sur le front nord, pour battre les pentes dominantes du Monte Prosa. Mais ce n’est qu’en 1918 que les parties inférieures et supérieures furent enfin reliées entre elles. La construction d’une caserne souterraine permit d’améliorer les conditions de logement et l’angle sud fut renforcé par une position d’infanterie située à l’extérieur du périmètre de l’ouvrage.

 

Mission et défauts de conception

L’ouvrage de l’Hospice devait, en particulier, assurer la liberté de mouvement nord-sud, protéger l’arrière du front sud et couvrir le col de manière à pouvoir résister seul, du moins brièvement, à des forces ennemies (italiennes) importantes. Dès l’origine, cette mission se révéla quasiment impossible à remplir vu les erreurs de conception et le manque de moyens financiers qui affectèrent le projet.

L’ouvrage était, en effet, dominé sur deux côtés par la montagne  (le Monte Prosa) et la cour intérieure pouvait être battue depuis les hauteurs; il était particulièrement exposé aux avalanches et était enseveli sous la neige durant 7 mois de l’année, rendant la vie à l’intérieure de l’ouvrage pratiquement impossible. Il disposait d’un champ de tir trop restreint et la puissance de feu des 2 obusiers cuirassés ne pouvait être pleinement exploitée, vu son encaissement. D’autre part, la position choisie manquait de visibilité, ce qui faisait que l’ouvrage ne pouvait guère assurer sa propre défense rapprochée en raison du manque d’obstacles à un assaut ennemi. Enfin, il ne pouvait, à lui seul, contrôler les passages secondaires situés de part et d’autre du col du Saint-Gothard, qui permettaient des mouvements de rocade. En 1903, le bureau de la forteresse d’Andermatt arriva à la conclusion que « les discussions concernant la fortification du sommet du col du Gothard ont tellement traîné en longueur qu’en fin de compte on en est arrivé, compte tenu du chantier, du mode de construction et de l’armement, à la construction la moins heureuse et la moins appropriée… » En résumé, l’ouvrage conçu était une aberration, tant du point de vue tactique que de son habitabilité (voir plus bas). C’est pourquoi, à partir de 1936, furent entreprises la modernisation vigoureuse des ouvrages fortifiés existants (mais pas de celui de l’Hospice !) et, surtout,  la construction de nombreux ouvrages neufs dans le massif du Gothard, pour renforcer les défenses établies et en faire le môle central du Réduit Alpin suisse. Ces nouveaux ouvrages furent réalisés sous roc (Sasso da Pigna, San Carlo, etc.).

 

Renforcement de l’armement (1923-1944)

Pourtant, l’ouvrage de l’Hospice resta tel qu’il était en 1918 et ne subit aucune transformation majeure. Si les mitrailleuses Maxim modèle 1894 furent remplacées par des mitrailleuses modèle 1911 entre 1923 et 1925, l’armement principal ne bénéficia guère de modernisation : 2 lance-mines à air comprimé de 10,5 cm modèle 1917 furent installés ; deux canons de 5,3 cm furent remplacés par 2 canons de 4,7 cm (modèle 1935 ou 1941), et une section de pièces DCA de 20 mm Oerlikon modèle 1937 fut installée sur les superstructures de l’ouvrage. L’inventaire s’enrichit temporairement d’une dizaine de mitrailleuses sur affût de DCA. Les moyens de communications de la garnison furent également améliorés : pour les liaisons internes, l’interphone se substitua aux tubes acoustiques d’origine, tandis que la radio et le téléphone remplacèrent l’héliographe et le télégraphe optique (panneaux de signalisation) pour les communications avec l’extérieur. Cette modernisation fut complétée par l’attribution de projecteurs, à partir de 1911, mais leur nombre resta modeste. L’ouvrage, jugé désuet, fut déclassé en 1947 et seule sa partie inférieure continua à être utilisée comme logement de montagne pour la troupe.

 

Vie quotidienne dans l’ouvrage.

Au début du 20e siècle, le confort dans l’ouvrage était spartiate et réduit à sa plus simple expression, même pour les critères de l’époque. L’humidité intérieure était telle qu’elle rendait les locaux à peine utilisables comme cantonnements. Il n’y avait pas de séchoir à vêtements, lacune importante pour un ouvrage de montagne censé être habitable à l’année. Les latrines étaient défectueuses car leurs canalisations débouchaient à l’air libre à proximité de l’ouvrage. On n’aménagea des douches qu’en automne 1918. L’espace disponible suffisait à peine à la moitié de la garnison. Le premier éclairage au moyen de lanternes à bougies était insuffisant. Ensuite, la garnison connut de nombreux problèmes avec les lampes à huile. On ne s’était pas suffisamment préoccupé de rendre l’ouvrage habitable en matière de chauffage, d’aération, de ventilation et d’alimentation en eau. La troupe dormait donc habituellement dans des cantonnements civils. En novembre 1914, on dut même loger la garnison dans l’église du village d’Airolo à la suite d’une intoxication due au monoxyde de carbone dégagé par les poêles de l’ouvrage. Les soldats dormaient chaussures aux pieds et dans leurs uniformes, la neige fondante mouillant les couvertures. C’est fort tardivement qu’on recouvrit le sol de béton de planchers en bois. La garnison vivait dans des conditions peu enviables, surtout l’hiver. En 1897, le chef d’arme de l’artillerie signale qu’il n’avait pu trouver l’ouvrage qu’avec difficulté, tellement il était enfoui sous la neige. Un des gardes était mort, l’équipe ne disposait presque plus de bois et la température, dans le local servant de bureau de tir, n’était que de 2° C au-dessus de zéro. De plus, ni le télégraphe, ni le téléphone ne fonctionnaient. Toutes ces conditions rendaient une occupation prolongée des abris impossible, voire dangereuse, même en période de paix…

Ce n’est qu’en 1906 que fut installé dans les casemates des obusiers cuirassés, un système de ventilation permettant d’expulser les gaz résultant de la combustion de la poudre. En revanche, les stocks de munitions furent toujours abondants. Pour les 2 obusiers cuirassés de 12 cm modèle 1891, on comptait 1500 obus explosifs et 1500 obus shrapnel. En ce qui concerne les canons de 5,3 cm à tir rapide, les stocks se montaient à 450 obus, 1200 shrapnels et 1450 boites à mitraille. L’ouvrage disposait également de 80 000 cartouches par mitrailleuse et de 750 par fusil, et les magasins à munitions contenaient près de 10 000 grenades à main.

Malgré des conditions parfois difficiles, la garnison s’exerça avec acharnement à accomplir la mission qui lui était dévolue et ne ménagea jamais ses efforts. Durant les cinquante et quelques années où il fut actif, l’ouvrage tira exactement 7816 coups avec ses 2 obusiers cuirassés (à titre d’exercice puisque la Suisse ne fut jamais attaquée au cours des deux guerres mondiales). Ces pièces firent feu dans toutes les directions et sur les buts les plus divers, les trajectoires courbes passant parfois par-dessus des maisons et des routes. Il y avait occasionnellement des dégâts aux propriétés civiles mais la population ne demandait que de très modestes dédommagements. En effet, la population accepta toujours avec compréhension les désagréments résultants des tirs d’exercice au canon et fit toujours bon accueil à la troupe. Depuis la Triplice et jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, les Suisses italophones ont en effet toujours redouté une action contre l’axe du Gothard et l’occupation du canton du Tessin par les Italiens, avec lesquels ils n’avaient aucune affinité…

Par chance, les fortifications du Gothard ont joué leur rôle dissuasif. Même Mussolini, qui avaient pourtant des visées sur le Tessin et les Alpes suisses, ne mit jamais à exécution ses projets d’expansion vers le nord . On sait pourtant que l’armée italienne avait fait des plans et étudié très sérieusement l’éventualité d’une invasion de la Suisse, conjointement avec les troupes allemandes. Ces plans ont été retrouvés après la guerre mais n’ont jamais été mis en application…

 

Visites

L’ouvrage est ouvert au public durant la bonne saison, du début juin à la mi octobre, en fonction des dates d’ouverture de la route et du déneigement de la route (variables d’une année à l’autre). L’entrée est payante. Par contre il est possible de visiter les dessus et le tour de l’ouvrage gratuitement

 

Pour le musée de Forte Ospizio vous trouverez un sujet qui complète celui-ci.

B 9477 Forte Ospizio – Col du Saint Gothard – Suisse

Pour ceux qui seraient pressés ou qui ne s’intéresseraient qu’aux images, cet article est illustré par une très abondante galerie de photos que vous trouverez à la suite du texte.

Historique

Parallèlement au fort d’Airolo interdisant l’entrée sud du tunnel ferroviaire du Gothard, apparut rapidement, suite à l’Alliance germano-italienne (Triplice), la nécessité de fortifier le col lui-même, de façon à défendre le camp retranché de la cuvette d’Andermatt face à un agresseur venant du sud.

Premiers projets avorté (1885-1886)

Sur le col même, le projet initial prévoyait la construction d’un ouvrage fortifié sur un éperon rocheux situé à 400 m au S-E de l’Hospice. On entendait l’armer de 2 mitrailleuses et de 2 à 3 canons (calibres 3,7 ;  5,3 ou 8,4 cm) et de lui affecter une garnison d’une cinquantaine d’hommes. Cet ouvrage projeté était complété, au nord de l’Hospice, par une ligne de défense qui devait s’étendre des deux côtés de l’ancienne route, avec deux mitrailleuses et une à deux compagnies, en partie comme réserve en dehors des ouvrages. Le tout devait coûter 180’000 Frs de l’époque. En février 1886, on décida d’ajouter au projet la construction d’une tourelle cuirassée pour un coût évalué à 170’000 Frs.

Jugés trop coûteux, ce premier projet ne vit malheureusement jamais le jour et fut remplacé par un ouvrage beaucoup moins ambitieux, l’ouvrage dit de l’Hospice. On l’appela tantôt « redoute », tantôt « fort », dénominations toutes deux  impropres. Finalement, on adopta le vocable vraisemblablement le plus approprié, celui d’ « ouvrage de l’Hospice ». Dans son état actuel, l’ouvrage, réalisée en grande partie en1893, résulte de 5 étapes de construction (1893, 1900, 1908, 1911 et 1918).

La 1ère étape de construction

Pour des raisons d’économie budgétaire, on décida de construire un ouvrage de terre fermé sur la terrasse située entre le lac de l’Hospice et le pied du Monte Prosa. Les travaux débutèrent dès 1893 mais les modestes moyens financiers alloués obligèrent à se limiter au minimum. Pour faire le plus d’économies possibles, on choisit de construire une sorte de « redoute » qui ne répondait pas aux exigences classiques en matière de construction militaire, bien que le périmètre défensif défini permit de faire feu de tous les côtés. La défense rapprochée fut renforcée par 2 canons de 5,3 cm à tir rapide sur affûts cuirassés mobiles modèle 1887 et par l’installation de 2 obusiers cuirassés de 12 cm modèle 1891. Le combat pouvait ainsi être amorcé à plus grande distance. Dans son état définitif, l’ouvrage abritait également un magasin à munitions, un bureau de tir ainsi qu’un nombre restreint de casemates habitables, orientées vers le nord, qui tenaient lieu de casernements souterrains pour la garnison.

Le résultat fut un compromis hybride et boiteux, à mi-chemin entre l’ouvrage permanent et l’ouvrage provisoire, qui souffrait de nombreux défauts tactiques et qui ne donna jamais satisfaction.

Les travaux, commencés en 1893, avancèrent rapidement, si bien qu’il put être remis à la garnison dès 1894, en même temps que les autres ouvrages de la 1ère étape de fortification du Gothard.

Toutefois, dans son état originel, l’ouvrage ne formait pas un périmètre défensif  cohérent et fermé: il comprenait une partie basse abritant 2 obusiers de 12 cm sous coupole blindée modèle 1891, une autre où se trouvaient 2 canons de 5,3 cm à tir rapide sur affûts cuirassés mobiles modèle 1887, et enfin une troisième, en partie haute, consistant en une galerie pour 2 mitrailleuses Maxim modèle 1894. Le tout était complété par une série d’emplacements défensifs et de galeries formant un ensemble totalement éclaté.

En 1900, l’armement fut complété par l’installation d’une coupole blindée d’observation, d’une épaisseur de 10 cm. En 1908, 2 canons de 5,3 cm sur affûts cuirassés mobiles modèle 1887 furent ajoutés dans la partie supérieure de l’ouvrage, pour compléter la défense rapprochée et combler une lacune du côté amont, portant ainsi à 4 le nombre de pièces à tir rapide.

Achèvement de l’ouvrage et renforcement de l’armement

C’est à partir de 1911 et durant le service actif dû à la Première guerre mondiale que l’ouvrage fut complété pour tenter de corriger les lacunes d’origine et en faire un ensemble plus ou moins cohérent. En 1911, la partie supérieure de l’ouvrage, toujours indépendante du reste, fut fermée par une galerie de fusillade sur le front nord, pour battre les pentes dominantes du Monte Prosa. Mais ce n’est qu’en 1918 que les parties inférieures et supérieures furent enfin reliées entre elles. La construction d’une caserne souterraine permit d’améliorer les conditions de logement et l’angle sud fut renforcé par une position d’infanterie située à l’extérieur du périmètre de l’ouvrage.

Mission et défauts de conception

L’ouvrage de l’Hospice devait, en particulier, assurer la liberté de mouvement nord-sud, protéger l’arrière du front sud et couvrir le col de manière à pouvoir résister seul, du moins brièvement, à des forces ennemies (italiennes) importantes. Dès l’origine, cette mission se révéla quasiment impossible à remplir vu les erreurs de conception et le manque de moyens financiers qui affectèrent le projet.

L’ouvrage était, en effet, dominé sur deux côtés par la montagne  (le Monte Prosa) et la cour intérieure pouvait être battue depuis les hauteurs; il était particulièrement exposé aux avalanches et était enseveli sous la neige durant 7 mois de l’année, rendant la vie à l’intérieure de l’ouvrage pratiquement impossible. Il disposait d’un champ de tir trop restreint et la puissance de feu des 2 obusiers cuirassés ne pouvait être pleinement exploitée, vu son encaissement. D’autre part, la position choisie manquait de visibilité, ce qui faisait que l’ouvrage ne pouvait guère assurer sa propre défense rapprochée en raison du manque d’obstacles à un assaut ennemi. Enfin, il ne pouvait, à lui seul, contrôler les passages secondaires situés de part et d’autre du col du Saint-Gothard, qui permettaient des mouvements de rocade.

En 1903, le bureau de la forteresse d’Andermatt arriva à la conclusion que « les discussions concernant la fortification du sommet du col du Gothard ont tellement traîné en longueur qu’en fin de compte on en est arrivé, compte tenu du chantier, du mode de construction et de l’armement, à la construction la moins heureuse et la moins appropriée… » En résumé, l’ouvrage conçu était une aberration, tant du point de vue tactique que de son habitabilité (voir plus bas).

C’est pourquoi, à partir de 1936, furent entreprises la modernisation vigoureuse des ouvrages fortifiés existants (mais pas de celui de l’Hospice !) et, surtout,  la construction de nombreux ouvrages neufs dans le massif du Gothard, pour renforcer les défenses établies et en faire le môle central du Réduit Alpin suisse. Ces nouveaux ouvrages furent réalisés sous roc (Sasso da Pigna, San Carlo, etc.).

Renforcement de l’armement (1923-1944)

Pourtant, l’ouvrage de l’Hospice resta tel qu’il était en 1918 et ne subit aucune transformation majeure. Si les mitrailleuses Maxim modèle 1894 furent remplacées par des mitrailleuses modèle 1911 entre 1923 et 1925, l’armement principal ne bénéficia guère de modernisation : 2 lance-mines à air comprimé de 10,5 cm modèle 1917 furent installés ; deux canons de 5,3 cm furent remplacés par 2 canons de 4,7 cm (modèle 1935 ou 1941), et une section de pièces DCA de 20 mm Oerlikon modèle 1937 fut installée sur les superstructures de l’ouvrage. L’inventaire s’enrichit temporairement d’une dizaine de mitrailleuses sur affût de DCA.

Les moyens de communications de la garnison furent également améliorés : pour les liaisons internes, l’interphone se substitua aux tubes acoustiques d’origine, tandis que la radio et le téléphone remplacèrent l’héliographe et le télégraphe optique (panneaux de signalisation) pour les communications avec l’extérieur. Cette modernisation fut complétée par l’attribution de projecteurs, à partir de 1911, mais leur nombre resta modeste.

L’ouvrage, jugé désuet, fut déclassé en 1947 et seule sa partie inférieure continua à être utilisée comme logement de montagne pour la troupe.

Vie quotidienne dans l’ouvrage.

Au début du 20e siècle, le confort dans l’ouvrage était spartiate et réduit à sa plus simple expression, même pour les critères de l’époque. L’humidité intérieure était telle qu’elle rendait les locaux à peine utilisables comme cantonnements. Il n’y avait pas de séchoir à vêtements, lacune importante pour un ouvrage de montagne censé être habitable à l’année. Les latrines étaient défectueuses car leurs canalisations débouchaient à l’air libre à proximité de l’ouvrage. On n’aménagea des douches qu’en automne 1918. L’espace disponible suffisait à peine à la moitié de la garnison. Le premier éclairage au moyen de lanternes à bougies était insuffisant. Ensuite, la garnison connut de nombreux problèmes avec les lampes à huile. On ne s’était pas suffisamment préoccupé de rendre l’ouvrage habitable en matière de chauffage, d’aération, de ventilation et d’alimentation en eau. La troupe dormait donc habituellement dans des cantonnements civils. En novembre 1914, on dut même loger la garnison dans l’église du village d’Airolo à la suite d’une intoxication due au monoxyde de carbone dégagé par les poêles de l’ouvrage. Les soldats dormaient chaussures aux pieds et dans leurs uniformes, la neige fondante mouillant les couvertures. C’est fort tardivement qu’on recouvrit le sol de béton de planchers en bois. La garnison vivait dans des conditions peu enviables, surtout l’hiver. En 1897, le chef d’arme de l’artillerie signale qu’il n’avait pu trouver l’ouvrage qu’avec difficulté, tellement il était enfoui sous la neige. Un des gardes était mort, l’équipe ne disposait presque plus de bois et la température, dans le local servant de bureau de tir, n’était que de 2° C au-dessus de zéro. De plus, ni le télégraphe, ni le téléphone ne fonctionnaient. Toutes ces conditions rendaient une occupation prolongée des abris impossible, voire dangereuse, même en période de paix…

Ce n’est qu’en 1906 que fut installé dans les casemates des obusiers cuirassés, un système de ventilation permettant d’expulser les gaz résultant de la combustion de la poudre. En revanche, les stocks de munitions furent toujours abondants. Pour les 2 obusiers cuirassés de 12 cm modèle 1891, on comptait 1500 obus explosifs et 1500 obus shrapnel. En ce qui concerne les canons de 5,3 cm à tir rapide, les stocks se montaient à 450 obus, 1200 shrapnels et 1450 boites à mitraille. L’ouvrage disposait également de 80 000 cartouches par mitrailleuse et de 750 par fusil, et les magasins à munitions contenaient près de 10 000 grenades à main.

Malgré des conditions parfois difficiles, la garnison s’exerça avec acharnement à accomplir la mission qui lui était dévolue et ne ménagea jamais ses efforts. Durant les cinquante et quelques années où il fut actif, l’ouvrage tira exactement 7816 coups avec ses 2 obusiers cuirassés (à titre d’exercice puisque la Suisse ne fut jamais attaquée au cours des deux guerres mondiales). Ces pièces firent feu dans toutes les directions et sur les buts les plus divers, les trajectoires courbes passant parfois par-dessus des maisons et des routes. Il y avait occasionnellement des dégâts aux propriétés civiles mais la population ne demandait que de très modestes dédommagements. En effet, la population accepta toujours avec compréhension les désagréments résultants des tirs d’exercice au canon et fit toujours bon accueil à la troupe. Depuis la Triplice et jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, les Suisses italophones ont en effet toujours redouté une action contre l’axe du Gothard et l’occupation du canton du Tessin par les Italiens, avec lesquels ils n’avaient aucune affinité…

Par chance, les fortifications du Gothard ont joué leur rôle dissuasif. Même Mussolini, qui avaient pourtant des visées sur le Tessin et les Alpes suisses, ne mit jamais à exécution ses projets d’expansion vers le nord . On sait pourtant que l’armée italienne avait fait des plans et étudié très sérieusement l’éventualité d’une invasion de la Suisse, conjointement avec les troupes allemandes. Ces plans ont été retrouvés après la guerre mais n’ont jamais été mis en application…

Le musée actuel de l’ouvrage de l’Hospice

Définitivement abandonné par l’armée suisse en 1986, l’ouvrage de l’Hospice a été racheté par la Fondation Pro San Gottardo et transformé en musée. Splendidement restauré à neuf, tant intérieurement q’extérieurement, il constitue un merveilleux exemple de la fortification suisse antérieure à la Première Guerre mondiale. Les diverses positions défensives, en maçonneries de pierres de tailles,  sont toutes conservées et visibles, ce qui permet de compléter la visite du musée par un itinéraire extérieur fort intéressant, surtout par beau temps car on jouit d’une vue magnifique sur le col, le lac et l’hospice. L’intérieur du musée abrite une belle collection d’armes et d’uniformes suisses en relation directe avec l’ouvrage. Les créateurs du musée ont porté l’accent sur la période précédant et englobant la Première Guerre mondiale, ce qui complète de manière opportune l’offre existant en Suisse en matière de musées de la fortification.

L’ouvrage est ouvert au public durant la bonne saison, du début juin à fin octobre, en fonction des dates d’ouverture de la route du col (selon l’enneigement). Si vous empruntez l’axe du Gothard, faites un détour par le col et l’ouvrage au lieu d’emprunter le tunnel sous la montagne. Vous ne serez pas déçu, car la route est l’une des plus belles et des plus panoramiques de Suisse. Encore un petit conseil : sur le versant sud du col, prenez l’ancienne route pavée (parfaitement carrossable) au lieu d’emprunter la route actuelle : elle est beaucoup plus belle et surtout unique au monde, avec ses 30 virages en lacets panoramiques, rendus célèbre par l’un des films de James Bond…

Visites

L’ouvrage est ouvert au public durant la bonne saison, du début juin à la mi octobre, en fonction des dates d’ouverture de la route et du déneigement de la route (variables d’une année à l’autre). L’entrée est payante. Par contre il est possible de visiter les dessus et le tour de l’ouvrage gratuitement.

 

B 9477 Forte Ospizio – Col du Saint Gothard

B 9477 Forte Ospizio – Col du Saint Gothard – Suisse

Pour ceux qui seraient pressés ou qui ne s’intéresseraient qu’aux images, cet article est illustré par une très abondante galerie de photos que vous trouverez à la suite du texte.

Historique

Parallèlement au fort d’Airolo interdisant l’entrée sud du tunnel ferroviaire du Gothard, apparut rapidement, suite à l’Alliance germano-italienne (Triplice), la nécessité de fortifier le col lui-même, de façon à défendre le camp retranché de la cuvette d’Andermatt face à un agresseur venant du sud.

Premiers projets avorté (1885-1886)

Sur le col même, le projet initial prévoyait la construction d’un ouvrage fortifié sur un éperon rocheux situé à 400 m au S-E de l’Hospice. On entendait l’armer de 2 mitrailleuses et de 2 à 3 canons (calibres 3,7 ;  5,3 ou 8,4 cm) et de lui affecter une garnison d’une cinquantaine d’hommes. Cet ouvrage projeté était complété, au nord de l’Hospice, par une ligne de défense qui devait s’étendre des deux côtés de l’ancienne route, avec deux mitrailleuses et une à deux compagnies, en partie comme réserve en dehors des ouvrages. Le tout devait coûter 180’000 Frs de l’époque. En février 1886, on décida d’ajouter au projet la construction d’une tourelle cuirassée pour un coût évalué à 170’000 Frs.

Jugés trop coûteux, ce premier projet ne vit malheureusement jamais le jour et fut remplacé par un ouvrage beaucoup moins ambitieux, l’ouvrage dit de l’Hospice. On l’appela tantôt « redoute », tantôt « fort », dénominations toutes deux  impropres. Finalement, on adopta le vocable vraisemblablement le plus approprié, celui d’ « ouvrage de l’Hospice ». Dans son état actuel, l’ouvrage, réalisée en grande partie en1893, résulte de 5 étapes de construction (1893, 1900, 1908, 1911 et 1918).

La 1ère étape de construction

Pour des raisons d’économie budgétaire, on décida de construire un ouvrage de terre fermé sur la terrasse située entre le lac de l’Hospice et le pied du Monte Prosa. Les travaux débutèrent dès 1893 mais les modestes moyens financiers alloués obligèrent à se limiter au minimum. Pour faire le plus d’économies possibles, on choisit de construire une sorte de « redoute » qui ne répondait pas aux exigences classiques en matière de construction militaire, bien que le périmètre défensif défini permit de faire feu de tous les côtés. La défense rapprochée fut renforcée par 2 canons de 5,3 cm à tir rapide sur affûts cuirassés mobiles modèle 1887 et par l’installation de 2 obusiers cuirassés de 12 cm modèle 1891. Le combat pouvait ainsi être amorcé à plus grande distance. Dans son état définitif, l’ouvrage abritait également un magasin à munitions, un bureau de tir ainsi qu’un nombre restreint de casemates habitables, orientées vers le nord, qui tenaient lieu de casernements souterrains pour la garnison.

Le résultat fut un compromis hybride et boiteux, à mi-chemin entre l’ouvrage permanent et l’ouvrage provisoire, qui souffrait de nombreux défauts tactiques et qui ne donna jamais satisfaction.

Les travaux, commencés en 1893, avancèrent rapidement, si bien qu’il put être remis à la garnison dès 1894, en même temps que les autres ouvrages de la 1ère étape de fortification du Gothard.

Toutefois, dans son état originel, l’ouvrage ne formait pas un périmètre défensif  cohérent et fermé: il comprenait une partie basse abritant 2 obusiers de 12 cm sous coupole blindée modèle 1891, une autre où se trouvaient 2 canons de 5,3 cm à tir rapide sur affûts cuirassés mobiles modèle 1887, et enfin une troisième, en partie haute, consistant en une galerie pour 2 mitrailleuses Maxim modèle 1894. Le tout était complété par une série d’emplacements défensifs et de galeries formant un ensemble totalement éclaté.

En 1900, l’armement fut complété par l’installation d’une coupole blindée d’observation, d’une épaisseur de 10 cm. En 1908, 2 canons de 5,3 cm sur affûts cuirassés mobiles modèle 1887 furent ajoutés dans la partie supérieure de l’ouvrage, pour compléter la défense rapprochée et combler une lacune du côté amont, portant ainsi à 4 le nombre de pièces à tir rapide.

Achèvement de l’ouvrage et renforcement de l’armement

C’est à partir de 1911 et durant le service actif dû à la Première guerre mondiale que l’ouvrage fut complété pour tenter de corriger les lacunes d’origine et en faire un ensemble plus ou moins cohérent. En 1911, la partie supérieure de l’ouvrage, toujours indépendante du reste, fut fermée par une galerie de fusillade sur le front nord, pour battre les pentes dominantes du Monte Prosa. Mais ce n’est qu’en 1918 que les parties inférieures et supérieures furent enfin reliées entre elles. La construction d’une caserne souterraine permit d’améliorer les conditions de logement et l’angle sud fut renforcé par une position d’infanterie située à l’extérieur du périmètre de l’ouvrage.

Mission et défauts de conception

L’ouvrage de l’Hospice devait, en particulier, assurer la liberté de mouvement nord-sud, protéger l’arrière du front sud et couvrir le col de manière à pouvoir résister seul, du moins brièvement, à des forces ennemies (italiennes) importantes. Dès l’origine, cette mission se révéla quasiment impossible à remplir vu les erreurs de conception et le manque de moyens financiers qui affectèrent le projet.

L’ouvrage était, en effet, dominé sur deux côtés par la montagne  (le Monte Prosa) et la cour intérieure pouvait être battue depuis les hauteurs; il était particulièrement exposé aux avalanches et était enseveli sous la neige durant 7 mois de l’année, rendant la vie à l’intérieure de l’ouvrage pratiquement impossible. Il disposait d’un champ de tir trop restreint et la puissance de feu des 2 obusiers cuirassés ne pouvait être pleinement exploitée, vu son encaissement. D’autre part, la position choisie manquait de visibilité, ce qui faisait que l’ouvrage ne pouvait guère assurer sa propre défense rapprochée en raison du manque d’obstacles à un assaut ennemi. Enfin, il ne pouvait, à lui seul, contrôler les passages secondaires situés de part et d’autre du col du Saint-Gothard, qui permettaient des mouvements de rocade.

En 1903, le bureau de la forteresse d’Andermatt arriva à la conclusion que « les discussions concernant la fortification du sommet du col du Gothard ont tellement traîné en longueur qu’en fin de compte on en est arrivé, compte tenu du chantier, du mode de construction et de l’armement, à la construction la moins heureuse et la moins appropriée… » En résumé, l’ouvrage conçu était une aberration, tant du point de vue tactique que de son habitabilité (voir plus bas).

C’est pourquoi, à partir de 1936, furent entreprises la modernisation vigoureuse des ouvrages fortifiés existants (mais pas de celui de l’Hospice !) et, surtout,  la construction de nombreux ouvrages neufs dans le massif du Gothard, pour renforcer les défenses établies et en faire le môle central du Réduit Alpin suisse. Ces nouveaux ouvrages furent réalisés sous roc (Sasso da Pigna, San Carlo, etc.).

Renforcement de l’armement (1923-1944)

Pourtant, l’ouvrage de l’Hospice resta tel qu’il était en 1918 et ne subit aucune transformation majeure. Si les mitrailleuses Maxim modèle 1894 furent remplacées par des mitrailleuses modèle 1911 entre 1923 et 1925, l’armement principal ne bénéficia guère de modernisation : 2 lance-mines à air comprimé de 10,5 cm modèle 1917 furent installés ; deux canons de 5,3 cm furent remplacés par 2 canons de 4,7 cm (modèle 1935 ou 1941), et une section de pièces DCA de 20 mm Oerlikon modèle 1937 fut installée sur les superstructures de l’ouvrage. L’inventaire s’enrichit temporairement d’une dizaine de mitrailleuses sur affût de DCA.

Les moyens de communications de la garnison furent également améliorés : pour les liaisons internes, l’interphone se substitua aux tubes acoustiques d’origine, tandis que la radio et le téléphone remplacèrent l’héliographe et le télégraphe optique (panneaux de signalisation) pour les communications avec l’extérieur. Cette modernisation fut complétée par l’attribution de projecteurs, à partir de 1911, mais leur nombre resta modeste.

L’ouvrage, jugé désuet, fut déclassé en 1947 et seule sa partie inférieure continua à être utilisée comme logement de montagne pour la troupe.

Vie quotidienne dans l’ouvrage.

Au début du 20e siècle, le confort dans l’ouvrage était spartiate et réduit à sa plus simple expression, même pour les critères de l’époque. L’humidité intérieure était telle qu’elle rendait les locaux à peine utilisables comme cantonnements. Il n’y avait pas de séchoir à vêtements, lacune importante pour un ouvrage de montagne censé être habitable à l’année. Les latrines étaient défectueuses car leurs canalisations débouchaient à l’air libre à proximité de l’ouvrage. On n’aménagea des douches qu’en automne 1918. L’espace disponible suffisait à peine à la moitié de la garnison. Le premier éclairage au moyen de lanternes à bougies était insuffisant. Ensuite, la garnison connut de nombreux problèmes avec les lampes à huile. On ne s’était pas suffisamment préoccupé de rendre l’ouvrage habitable en matière de chauffage, d’aération, de ventilation et d’alimentation en eau. La troupe dormait donc habituellement dans des cantonnements civils. En novembre 1914, on dut même loger la garnison dans l’église du village d’Airolo à la suite d’une intoxication due au monoxyde de carbone dégagé par les poêles de l’ouvrage. Les soldats dormaient chaussures aux pieds et dans leurs uniformes, la neige fondante mouillant les couvertures. C’est fort tardivement qu’on recouvrit le sol de béton de planchers en bois. La garnison vivait dans des conditions peu enviables, surtout l’hiver. En 1897, le chef d’arme de l’artillerie signale qu’il n’avait pu trouver l’ouvrage qu’avec difficulté, tellement il était enfoui sous la neige. Un des gardes était mort, l’équipe ne disposait presque plus de bois et la température, dans le local servant de bureau de tir, n’était que de 2° C au-dessus de zéro. De plus, ni le télégraphe, ni le téléphone ne fonctionnaient. Toutes ces conditions rendaient une occupation prolongée des abris impossible, voire dangereuse, même en période de paix…

Ce n’est qu’en 1906 que fut installé dans les casemates des obusiers cuirassés, un système de ventilation permettant d’expulser les gaz résultant de la combustion de la poudre. En revanche, les stocks de munitions furent toujours abondants. Pour les 2 obusiers cuirassés de 12 cm modèle 1891, on comptait 1500 obus explosifs et 1500 obus shrapnel. En ce qui concerne les canons de 5,3 cm à tir rapide, les stocks se montaient à 450 obus, 1200 shrapnels et 1450 boites à mitraille. L’ouvrage disposait également de 80 000 cartouches par mitrailleuse et de 750 par fusil, et les magasins à munitions contenaient près de 10 000 grenades à main.

Malgré des conditions parfois difficiles, la garnison s’exerça avec acharnement à accomplir la mission qui lui était dévolue et ne ménagea jamais ses efforts. Durant les cinquante et quelques années où il fut actif, l’ouvrage tira exactement 7816 coups avec ses 2 obusiers cuirassés (à titre d’exercice puisque la Suisse ne fut jamais attaquée au cours des deux guerres mondiales). Ces pièces firent feu dans toutes les directions et sur les buts les plus divers, les trajectoires courbes passant parfois par-dessus des maisons et des routes. Il y avait occasionnellement des dégâts aux propriétés civiles mais la population ne demandait que de très modestes dédommagements. En effet, la population accepta toujours avec compréhension les désagréments résultants des tirs d’exercice au canon et fit toujours bon accueil à la troupe. Depuis la Triplice et jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale, les Suisses italophones ont en effet toujours redouté une action contre l’axe du Gothard et l’occupation du canton du Tessin par les Italiens, avec lesquels ils n’avaient aucune affinité…

Par chance, les fortifications du Gothard ont joué leur rôle dissuasif. Même Mussolini, qui avaient pourtant des visées sur le Tessin et les Alpes suisses, ne mit jamais à exécution ses projets d’expansion vers le nord . On sait pourtant que l’armée italienne avait fait des plans et étudié très sérieusement l’éventualité d’une invasion de la Suisse, conjointement avec les troupes allemandes. Ces plans ont été retrouvés après la guerre mais n’ont jamais été mis en application…

Le musée actuel de l’ouvrage de l’Hospice

Définitivement abandonné par l’armée suisse en 1986, l’ouvrage de l’Hospice a été racheté par la Fondation Pro San Gottardo et transformé en musée. Splendidement restauré à neuf, tant intérieurement q’extérieurement, il constitue un merveilleux exemple de la fortification suisse antérieure à la Première Guerre mondiale. Les diverses positions défensives, en maçonneries de pierres de tailles,  sont toutes conservées et visibles, ce qui permet de compléter la visite du musée par un itinéraire extérieur fort intéressant, surtout par beau temps car on jouit d’une vue magnifique sur le col, le lac et l’hospice. L’intérieur du musée abrite une belle collection d’armes et d’uniformes suisses en relation directe avec l’ouvrage. Les créateurs du musée ont porté l’accent sur la période précédant et englobant la Première Guerre mondiale, ce qui complète de manière opportune l’offre existant en Suisse en matière de musées de la fortification.

L’ouvrage est ouvert au public durant la bonne saison, du début juin à fin octobre, en fonction des dates d’ouverture de la route du col (selon l’enneigement). Si vous empruntez l’axe du Gothard, faites un détour par le col et l’ouvrage au lieu d’emprunter le tunnel sous la montagne. Vous ne serez pas déçu, car la route est l’une des plus belles et des plus panoramiques de Suisse. Encore un petit conseil : sur le versant sud du col, prenez l’ancienne route pavée (parfaitement carrossable) au lieu d’emprunter la route actuelle : elle est beaucoup plus belle et surtout unique au monde, avec ses 30 virages en lacets panoramiques, rendus célèbre par l’un des films de James Bond…

Visites

L’ouvrage est ouvert au public durant la bonne saison, du début juin à la mi octobre, en fonction des dates d’ouverture de la route et du déneigement de la route (variables d’une année à l’autre). L’entrée est payante. Par contre il est possible de visiter les dessus et le tour de l’ouvrage gratuitement.

 

B 9477 Forte Ospizio – Col du Saint Gothard – Suisse

 

A6756 Ouvrage d’artillerie de Beglingen – Glaris – Suisse

Le fort d’artillerie de Beglingen se situe dans le canton de Glaris, à hauteur de Näfels, sur la droite de la Linth. Cet ouvrage couvre le canal de la Lindt et le lac de Zürich en direction de Rapperswil. C’est l’un des éléments du verrou de Näfels qui empêchait la pénétration dans le Réduit.

Un barrage antichars au travers de la vallée et le contre-ouvrage de Niederberg complètent le dispositif.

L’armement principal comprend:

deux canons de 10,5 cm flasque + 2 canon de 7,5 cm à flasque (les 2 canons de 7,5 cm furent supprimés en 1978 et remplacés par des lance-mines de 12 cm)

un canon 9 cm ach

trois mitrailleuses Mg 51.

A6756 Ouvrage d’artillerie de Beiglingen – Glaris – Suisse

Le fort d’artillerie de Niederberg se situe dans le canton de Glaris, à hauteur de Näfels, sur la droite de la Linth. Cet ouvrage couvre le canal de la Lindt et le lac de Zürich en direction de Rapperswil. C’est l’un des éléments du verrou de Näfels qui empêchait la pénétration dans le Réduit.

Un barrage antichars au travers de la vallée et le contre-ouvrage de Niederberg complètent le dispositif.

L’armement principal comprend:

deux canons de 10,5 cm (à l’origine: deux canons de 7,5 cm (supprimés dans les années 75)

un canon 9 cm ach.

trois mitrailleuses Mg 51

trois mitrailleuses Mg 51

A6740 Ouvrage d’artillerie de Niederberg – Glaris –  Suisse

Le fort d’artillerie de Niederberg se situe dans le canton de Glaris, à hauteur de Näfels, sur la rive gauche de la Linth.

Cet ouvrage couvre le Seeztal et le lac de Wallenstadt. C’est l’un des éléments du verrou de Näfels qui empêchait la pénétration dans le Réduit.

Un barrage antichars au travers de la vallée et le contre-ouvrage de Beiglingen complètent le dispositif.

 

Le Schilthorn – 2 970 mètres d’altitude – Alpes bernoises en Suisse  

L’accès au village de Mürren et au sommet du Schilthorn est impossible par la route. Pour s’y rendre depuis la vallée, il faut prendre une série de téléphériques dont le premier part de Stechelberg pour rejoindre Gimmelwald, puis Mürren. Depuis Mürren un second téléphérique mène à Birg, d’où un troisième rejoint le Schilthorn. Une autre manière de rejoindre Mürren consiste à prendre le téléphérique au départ de Lauterbrunnen jusqu’à Grütschalp, puis le train jusqu’à Mürren.

Au sommet du Schilthorn se trouve un restaurant panoramique tournant appelé le Piz Gloria, notamment utilisé, à la fin de sa construction, comme décor dans le film Au service secret de Sa Majesté de la série des James Bond. Le restaurant effectue un tour complet en cinquante-cinq minutes et permet de visualiser un cirque de montagne absolument extraordinaire en appréciant son repas.