V§ LE LOCH – ALLEMAGNE

Tous les V1 possédaient une petite hélice à deux pales à l’avant du nez : le «Loch ». Il s’agit d’une pièce essentielle pour le fonctionnement du V1. Contrairement à ce que certains imaginent, cette minuscule hélice n’était pas entraînée par un moteur, mais actionnée directement par l’avance du missile dans l’atmosphère, sous l’effet du frottement de l’air.

Cette hélice était étalonnée pour effectuer 30 rotations par 100 m parcourus. Tous les 15 tours (soit une distance de 50 m), elle envoyait une impulsion électrique vers le compteur électrique (Zählwerk) logé dans le compartiment arrière de la cellule, de façon à mesurer la distance accomplie par le V1.

La fonction de cette hélice était triple :

  • déterminer l’armement du missile. Pour éviter tout accident, les détonateurs à fusées de la charge explosive étaient verrouillés durant la phase de préparation et de catapultage. Ils n’étaient armés par le compteur qu’après le lancement du V1 et lorsque celui-ci avait parcouru une certaine distance de sécurité  (de l’ordre de 60 Km pour le détonateur électrique EL AZ 106 et après 7 à 8 minutes de vol pour le détonateur mécanique ZA 80). Cela permettait de désamorcer la charge et de récupérer l’engin en cas de crash prématuré du V1 (il arrivait fréquemment que des engins retombent à proximité ou aux environs des rampes de lancement).
  • Déterminer l’activation du radio-télémétreur FuG 23 embarqué. Tous les V1 ne possédaient pas un tel appareillage. Seul un V1 sur sept catapultés était équipé d’un poste émetteur permettant de suivre la dernière partie du vol par radiogoniométrie. Cela permettait de contrôler la précision de la trajectoire et d’effectuer, le cas échéant, les corrections nécessaires sur les engins suivants. Pour éviter que l’ennemi ne détecte trop rapidement l’émission et ne la brouille, le poste émetteur n’était activé par le Loch que lorsque la bombe approchait de son objectif, à environ 50 km de celui-ci.

 Déterminer l’instant de la chute du V1. La distance séparant la rampe de lancement et l’objectif étant connue avec précision, le compteur électrique était réglé avant le départ. Il fonctionnait par décompte, sous l’effet des impulsions envoyées par le Loch. Lorsque le décompte affiché arrivait à zéro, le compteur provoquait automatiquement la chute de l’engin…

L’étalonnage de l’hélice du Loch ne fut pas une mince affaire et causa pas mal de problèmes aux savants de Peenemünde. Lors des premiers essais de tirs expérimentaux au-dessus de la mer Baltique, en 1943, de nombreux V1 retombaient trop rapidement, avant d’avoir atteint la cible désignée. Les techniciens se rendirent compte qu’ils avaient tout simplement oubliés de tenir compte de l’influence de l’altitude et des vents sur la vitesse de rotation de l’hélice. Des modifications furent donc apportées et la précision du V1 fut bientôt ramenée à des proportions plus acceptables. La précision obtenue était proportionnelle à la distance de l’objectif visé. Plus la cible était éloignée, plus la précision était faible (de l’ordre de 4 à 5 km pour une distance de 250 km). Elle resta néanmoins tributaire des conditions météorologiques régnant durant le vol, ce qui explique l’intercalation d’un V1 muni d’un poste émetteur tous les 7 engins, de façon à pouvoir corriger les paramètres des missiles suivants pour contrebalancer les influences météorologiques (changements de pression, de température ou de densité de l’air selon l’altitude ou la région, etc.). Cela explique pourquoi les Allemands choisirent toujours des cibles de grande ampleur, telles que de vastes agglomérations urbaines, des ports ou de grands centres industriels. Ils étaient ainsi pratiquement sûrs de faire mouche à tous les coups malgré la relative imprécision de leur « arme miracle »…

À propos Moret Jean-Charles

Fondateur de l'Association Pro Forteresse Co-fondateur de l'Association Fort Litroz