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Les fusils de chasseurs modèle 1853 et 1856 par Clément BOSSON L'INTRODUCTION de la carabine fédérale. modèle 1851, pour l'armement des carabiniers fut fort bien accueillie en Suisse. Les carabiniers, bons tireurs, élite de l'armée, possédaient ainsi une arme légère, précise, au calibre réduit de 10,4mm, plus agréable à servir que l'ancienne carabine cantonale pesant 6 à 8 kg. Le carabinier a confiance dans son arme; ce sentiment encouragea les autorités militaires à rechercher le moyen de faire partager cette sécurité à d'autres éléments de l'armée. L'ARMÉE FÉDÉRALE Elle est décrite dans la "Loi fédérale sur l'organisation militaire de la Confédération suisse" du 8 mai 1850, qui prévoit à son article premier : "...Tout Suisse est tenu au service militaire. L'armée fédérale est formée des contingents cantonaux fournissant l'Elite (3 hommes sur 100 âmes de population suisse) dans laquelle le citoyen, déclaré apte, sert de vingt à trente-quatre ans- La Réserve compte les hommes de trente-quatre à quarante ans et la Landwehr dans laquelle on est incorporé jusqu'à quarante-quatre ans." LES EFFECTIFS Voici ceux au 31 décembre 1855. donc valables pour l'époque d'introduction du fusil de chasseurs:
Ce nombre est à mettre en regard des effectifs de :
Le bataillon est formé de 6 compagnies dont 2 de chasseurs, destinées à tirailler; le demi-bataillon compte une compagnie de chasseurs. Reprenons les chiffres: 8500 hommes armés de la carabine, 90 000 utilisant encore l'arme à canon lisse et balle ronde de 17,5mm - dont les experts militaires dans toute l'Europe reconnaissaient la faible efficacité - c'est le tiers de l'armée, soit les chasseurs dotés d'un fusil précis, qui renforçait très sensiblement sa puissance de feu. LE PREMIER FUSIL DE CHASSEUR Le principe de l'arme précise à longue portée - donc rayée - fut accepté des autorités fédérales par l'importante loi, du 27 août 1851, sur l'habillement, l'armement et l'équipement de l'armée qui prévoyait, à son article 38 : "... Les chasseurs devront être successivement et jusqu'à l'année 1857 au plus tard, armés de fusils rayés." Si les carabiniers reçoivent assez rapidement l'arme satisfaisante, la mise au point est plus lente à venir pour le fusil de chasseurs. Le 19 décembre 1853 - vingt-huit mois plus tard - l'ordonnance " concernant l'armement et l'équipement des chasseurs " fait connaître, en détail, le tableau des dimensions de l'arme :
Cartouches contenant :
La dotation, pour chaque homme, est de 60 cartouches et 78 capsules comme pour celle du carabinier. Relevons que le texte ordonnant le libellé à imprimer sur les paquets de cartouches est bien prudent quant à la date de mise en service de l'arme, soit "... pour fusils de chasseurs 18..."!!! La chronologie va nous montrer combien cette prudence, quant à une adoption définitive, est justifiée ! En mai 1852, les essais sont confiés à une petite commission formée de deux officiers et de l'administrateur du matériel qui vont s'assurer si un projectile conique, avec la capsule en fer et les rayures à profondeur variable, convient pour l'arme. En avril 1853, le Département militaire se renseigne sur les essais effectués dans les États voisins pour tirer des projectiles coniques au moyen de canons non rayés. On connaît ceux-ci depuis toujours et la conviction de beaucoup d'experts tend à la conservation de ce matériel. En octobre 1853, les spécialistes se prononcent et le 19 décembre le fusil de chasseurs est adopté; les modèles devront être présentés aux cantons, pour qu'ils passent commande, à la fin mars 1854. En fait, les fusils "type" parviennent aux autorités cantonales en juin 1854; l'accueil manque d'enthousiasme, la qualité du fusil n'est pas en cause mais bien les frais de l'opération. L'Assemblée nationale devant les hésitations cantonales demande, le 20 juillet 1854, au Conseil fédéral "...De faire procéder préalablement, aux frais de la Confédération, à des essais sur une grande échelle touchant la convenance d'adopter le fusil de chasseurs." Quelques variations dans les résultats sont constatées lors des essais, variations provenant de différences de qualité dans les armes fournies par divers constructeurs, ce qui amène la proposition logique de créer un atelier en Suisse "... Pour rayer et dresser des armes à feu portatives." L'arrêté de l'Assemblée fédérale, cité ci-dessus, refuse expressément une telle réalisation ; la Fabrique fédérale d'armes ne construira donc des armes suisses qu'à partir de 1871... La réticence générale s'appuie sur des détails de fabrications : difficulté de tirer sur deux rangs à cause du peu de longueur de l'arme, trou de cheminée trop petit dans le bas, grain de mire si tranchant qu'il blesse la main des hommes, départ trop dur ... Mais la vraie raison - l'emploi tactique du fusil - éclate dans le texte de l'arrêté du 20 décembre 1854: "...considérant que l'emploi sur le terrain des bataillons d'infanterie est modifié par l'adoption du nouveau fusil de chasseurs ; que les dernières expériences de la guerre n'ont pas été mises à profit et que les essais et les comparaisons n'ont pas été faits sur une échelle assez considérable et en employant un nombre de troupes suffisant ; que le calcul des dépenses qu'occasionnera cette décision n'est pas suffisamment établi… " En conclusion, le nouveau fusil de chasseurs n'est pas accepté pour le moment, la question est renvoyée à un nouvel examen fédéral. Et voici pourquoi le fusil de chasseur, modèle 1853, est si rare ! ! ! L'examen qui avait été demandé au Conseil fédéral se fait attendre, les armes n'ayant été livrées qu'en automne 1855 "...A une époque trop avancée de l'année pour pouvoir commencer les essais. Ils auront lieu au printemps 1856." La commission des experts travaille alors très vite, l'affaire était pendante depuis 1851 et les pays d'Europe, surtout, adoptent le fusil rayé, la France étend à toute l'infanterie la décision prise pour la Garde impériale, l'Angleterre dote aussi son infanterie du fusil Enfield modèle 1853 - première arme bénéficiant d'une construction industrielle - la Prusse remet, en 1855, à l'infanterie de ligne, le fusil rayé, suivie par l'Autriche, la Belgique - qui vient de mettre au point le projectile du général Timmershaus - les Principautés allemandes fournissent aussi à leurs armées des fusils rayés. La Suisse ne peut donc s'exclure de cette tendance générale. Les essais furent menés en grand, simultanément sur les places de Bière, Aarau et Zurich "... ces essais... ont servi à constater de nouveau la supériorité et l'excellence de cette arme en elle-même et comparée à d'autres..." Le Conseil fédéral, dans ce message, fait observer que le modèle ayant servi à ces essais (1853) devrait être allongé de 3 pouces pour faciliter le tir par des détachements importants. Il continue "... Maintenant que tous les Etats ont considérablement augmenté le nombre de leurs troupes armées de fusil rayé, que les essais et comparaisons faits chez nous ont présenté des résultats très satisfaisants, que la Suisse possède une quantité de bons tireurs qui ne peuvent absolument pas être tous incorporés dans les carabiniers (c'est nous qui soulignons), le Conseil fédéral trouve urgent que la Confédération arme du fusil de chasseur modifié comme il a été dit plus haut (allongement de 3 pouces) au moins une compagnie de chasseurs par bataillon, de plus les compagnies de chasseurs des demi-bataillons et enfin une partie des compagnies non réparties dans l'armée fédérale : fusil dont la justesse n'est surpassée par celle d'aucune arme adoptée ailleurs, qui porte à une grande distance et dont la force de percussion exerce encore l'action destructive nécessaire à un quart de lieu de distance." La construction prévue est de 13 648 fusils et le terme de la livraison est fixé au 31 décembre 1860. L'Assemblée fédérale décide, les 23 et 25 septembre 1856, de suivre les conclusions du Conseil fédéral exprimées dans le message cité et adopte ainsi le fusil de chasseurs 1856. Cependant, l'introduction du fusil de chasseurs n'est pas acceptée partout avec enthousiasme. Il est relevé combien l'armement helvétique est influencé par les tireurs et ceux qui les représentent le mieux : les carabiniers. Pour ces derniers, leur arme les enchante au stand, le dimanche, et ces performances leur suffisent. Le fusil de chasseurs - certes la meilleure arme portative de son temps - n'est pas considéré par d'aucuns comme une arme de GUERRE. Pour ceux-ci, les soins et le service de l'arme dépassent les capacités du soldat moyen. On lui reproche la charge laborieuse du fait des cartouches longues et étroites, les difficultés du feu par salves à cause du peu de longueur du canon, le vent trop petit sensible à l'encrassement. Il faudra une notable évolution des opinions militaires pour que soit admis le fusil d'infanterie, modèle 1863, qui n'est autre qu'une conception évoluée du fusil de chasseurs. L'ARME Modèle 1853
Modèle 1856
Voici ce qu'on lit dans le rapport présenté pour l'année 1856 (p. 196) et qui explique les modifications apportées au modèle "... Les expériences avec des canons allongés ont donné au chronoscope de Hipp un temps plus court pour la durée de la trajectoire qu'avec les canons courts. La diminution du nombre des rayures a donné une trajectoire plus aplatie." MUNITION Poids de la balle de plomb : 17 grammes, à compression avec 2 rainures. Ce fusil de chasseurs, accepté avec réticence, montre pourtant le chemin vers le prochain fusil de l'infanterie, celui de 1863.
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